Homélie dim.32° TO : Tenir sa lampe allumée

Textes liturgiques (année A) : Sg 6, 12-16 ; Ps 62 (63) ;1 Th 4, 13-18 ; 1 Th 4, 13-14 ; Mt 25, 1-13

Quelle est cette Parole que le Seigneur nous adresse en cette Eucharistie ? Dans les trois textes de l’Ecriture que nous venons d’écouter, il s’agit de nos rencontres avec le Seigneur, aussi bien ces rencontres au long de notre vie que l’ultime rencontre avec lui au terme de notre existence personnelle, dans la mort ou au terme de l’histoire.

Dans le livre de la Sagesse écrit avant la venue de Jésus Christ, la Sagesse est personnifiée. Resplendissante, elle se laisse contempler par ceux qui l’aiment et se laisse trouver par ceux qui la cherchent, qui pensent à elle et vont jusqu’à veiller à cause d’elle. Mais elle est aussi elle-même à la recherche de ceux qui la cherchent ; au détour des sentiers, elle leur apparait avec un visage souriant. Que mettre sous ce visage ? Dans le Nouveau testament, la Sagesse prend le visage de Jésus Christ. C’est lui la sagesse au sens le plus plein du terme, sagesse de la vérité de la vie dans sa relation à Dieu et aux hommes. S’il en est ainsi, nous n’échappons pas à la question. Quelle place tient Jésus Christ dans nos pensées ? Lui nous cherche, et nous ? Ai-je le désir de le connaitre, de m’unir à Lui ?

La prière du psaume répétée humblement, avec attention et amour, peut m’aider en ce sens. Dieu tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube, mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride altérée, sans eau. Je t’ai contemplé au sanctuaire, j’ai vu ta force et ta gloire. Ton amour vaut mieux que la vie, tu seras la louange de mes lèvres.

Saint Paul, lui, se réfère plus précisément à l’ultime rencontre avec le Seigneur lors de sa venue annoncée par l’Ecriture pour la fin des temps. Pour exprimer que cette venue, mystérieuse pour nous, concernera la communauté humaine et lui sera manifeste, l’apôtre recourt à des images et à un scénario classique dans la littérature juive de l’époque. Le Seigneur descendra lui-même du ciel, il viendra à notre rencontre, il viendra nous chercher, tous. Ceux qui seront déjà morts ressusciteront en premier et ceux qui seront encore vivants, - Paul se met parmi ceux-là -, seront emportés à la rencontre du Seigneur. Celle-ci aboutira à un résultat qui doit nous consoler de toute mort : que nous soyons vivants ou déjà morts lors de cette ultime venue du Seigneur, de toute façon nous serons pour toujours avec lui. Nous, c’est un collectif, ensemble, nous serons une communauté de sauvés qui vivra pour toujours avec le Seigneur. Une éternelle communion de vie entre nous et avec le Seigneur. Voilà ce qui nous attend, ce sur quoi s’ouvrira la fin des temps. En quelques mots, saint Paul nous dit l’essentiel de ce que sera notre vie dans la plénitude du Royaume, au ciel, après avoir franchi les portes de la mort. On comprend qu’il ajoute : «  Réconfortez-vous les uns les autres avec ce que je viens de vous dire ».

« Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure » - JPEG - 400.8 ko
« Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure »

Dans l’Evangile il est aussi question de la rencontre avec le Seigneur qui vient jusqu’à nous pour un évènement heureux, symbolisé par des noces. Mais le point d’attention se déplace pour se porter sur la nécessité de nous préparer sérieusement à cette rencontre ; il s’agit bien d’être prêt à tout moment, car le Seigneur tarde à venir et l’on ne sait pas à quel moment il arrivera, que ce soit celui de notre mort ou celui de son retour à la fin des temps. La finale le dit en très clair : « Veillez donc car vous ne savez ni le jour ni l’heure ». En dehors de ce point précis, la parabole est difficile à interpréter ; en fait elle donne lieu à des interprétations fort différentes. Le royaume des cieux est comparable à dix jeunes filles invitées à des noces. De quelles noces s’agit-il ? Que représentent ces jeunes filles invitées ? Et qu’il est étrange leur comportement ! Comme l’époux va venir de nuit, et on ne sait pas quand, elles ont toutes pris une lampe à huile pour pouvoir l’accueillir dans la lumière. Mais cinq d’entre elles n’ont pas pris d’huile en sorte que lorsque l’époux arrive enfin, elles sont incapables de l’accueillir. La traduction liturgique est très gentille en parlant de jeunes filles « insouciantes » distinguées des « prévoyantes ». En fait le texte de l’évangile dit de manière plus juste : jeunes filles « insensées, sottes ». Quel sens y avait-il en effet à prendre des lampes à huile, sans huile ? Les autres sont dites « sensées, avisées », mais que représente cette fameuse huile qu’il faut avoir en provisions pour être prête à accueillir l’époux ? On peut lui donner un sens spirituel et y voir le signe de la charité ou celui de la foi ou selon une signification habituelle dans les écrits juifs, les bonnes œuvres ?

Le plus clair et le plus important est donné en finale. Veillez-donc car vous ne savez ni le jour ni l’heure sans qu’il soit dit en quoi consiste précisément cette veille qui ne dispense pas de dormir comme l’on fait les jeunes filles prévoyantes. Qu’il s’agisse de notre rencontre avec le Seigneur à la fin des temps ou de celle qui aura lieu au jour de notre mort, tenons-nous en éveil pour accueillir celui qui dans sa bonté vient jusqu’à nous pour nous introduire dans le Royaume. Que notre cœur et notre pensée n’oublient pas de se tourner dans l’espérance vers cette rencontre du Seigneur. Oublier cette perspective serait folie, bêtise…. Mais comment l’oublier si nous aimons le Seigneur. De fait, la parabole nous pose une question. Est-ce que le Seigneur nous intéresse ? Avons-nous le désir de le rencontrer dans la pleine lumière ? Et s’il me semble que ce désir n’est pas vivant, je n’ai pas à me décourager mais à demander avec confiance à l’Esprit Saint qu’il éveille mon amour de Jésus, mon frère et mon Seigneur.

A travers la parabole, j’entends une autre question. Car elle a aussi une résonance apostolique en nous demandant de veiller, personnellement et en Eglise. Elle nous appelle à une attitude qui soit un signe pour les nombreuses personnes qui ne savent pas que, dans un regard de foi, la mort ne doit pas faire l’objet de crainte puisqu’elle est un passage vers la plénitude du Royaume. Le Seigneur Jésus, le premier né d’entre les morts, l’a traversée et nous y a précédés pour nous introduire dans son propre bonheur. Disciples de Jésus, nous avons vocation à être des lampes toujours allumées, pour témoigner d’une espérance inséparable de notre foi chrétienne.

fr. Dominique Sterckx - (Couvent de Paris)