Homélie du 7 février 2010 (5° dimanche du TO)

Messe du Carmel de Montmartre radiodiffusée sur France Culture

Chers auditeurs, chères auditrices, mes sœurs, mes frères, nous voici en ce 5e dimanche du Temps Ordinaire en présence d’une page toute simple de l’Évangile. Jésus va à la rencontre de ces pêcheurs du lac dans ce qui fait la banalité de ce travail. Jésus vient les rejoindre comme il vient à notre rencontre où que nous soyons, quoique nous fassions, il s’avance vers nous, vers chacun de nous. Cette rencontre de Jésus avec Simon est le modèle de toute rencontre. Cette page d’Évangile est d’une beauté déconcertante car elle met en lumière la manière dont Dieu vient à nous, comment, dans son infinie délicatesse, il nous cherche à l’image de la quête du Bien-Aimé et de la Bien-Aimée du Cantique des Cantiques.

Regardons tout d’abord la scène qui se présente à nous, elle est facile à imaginer, une grande foule qui se presse, qui a le désir d’écouter cet homme que l’on nomme Jésus. Nous sommes au bord du lac de Génésareth, là où Jésus prononcera les Béatitudes, là où il multipliera les pains. Ces gens sont nombreux, trop nombreux, si bien que Jésus va utiliser une barque pour ne pas se faire écraser par la foule et se faire entendre. Il le demande tout simplement aux pêcheurs qui sont là en train de laver leurs filets. Ces derniers, puisqu’ils ont terminé leur tâche, s’exécutent bien volontiers. Ils deviennent alors des témoins du discours de Jésus à la foule, ils sont embarqués dans cette aventure non seulement physiquement – dans la barque – mais spirituellement – ils n’ont d’ailleurs rien d’autre à faire que d’écouter Jésus qui prêche à la foule – ils vont ainsi cheminer avec l’enseignement de Jésus. Bien souvent dans nos vies, nous sommes nous aussi embarqués dans des aventures que de prime abord nous n’avons pas choisies mais qu’il nous faudra ensuite ratifier comme Simon-Pierre le fera en suivant Jésus. Invitation à découvrir dans les événements du quotidien, dans tout ce qui fait notre vie, Dieu à l’œuvre qui nous demande de le suivre. Ainsi, Jésus qui les a vus sur le rivage, sans avoir rien pris, va maintenant les entraîner encore plus loin : « Avance au large ». Il s’agit de ne pas seulement l’écouter mais aussi d’agir : une collaboration aussi petite soit-elle à l’œuvre de Dieu. Dieu ne fait rien sans l’homme, sans son désir de répondre à ses demandes, ne serait-ce que de lever son pied devant l’escalier de la perfection comme nous le rappelle sainte Thérèse de Lisieux dans ses conseils à Sœur Marie de la Trinité sa novice : « Consentez à être ce petit enfant ; par la pratique de toutes les vertus, levez toujours votre petit pied pour gravir l’escalier de la sainteté. Vous n’arriverez même pas à monter la première marche, mais le bon Dieu ne demande de vous que la bonne volonté. Du haut de cet escalier, il vous regarde avec amour. » (Conseils et Souvenirs).

Nous voyons bien comment Jésus est maître des événements, c’est lui qui dicte à ces pêcheurs les différentes actions qu’ils ont à accomplir. Et eux pris par cet homme dont ils ne connaissaient rien il y a de cela quelques instants vont s’exécuter. C’est Dieu qui a l’initiative, alors que nous croyons être bien souvent l’auteur de telle ou telle action, Dieu prend toujours les devants. Il en est de même pour la prière, nous ne pouvons prier que si Dieu est déjà là et nous attend. Oui, Dieu patiente à nos côtés. Simon-Pierre s’exécute alors et c’est la surprise, le miracle, tout se bouleverse, tout est chamboulé. On le voit à la réaction immédiate de Simon-Pierre : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur ». L’Évangile et la première lecture du livre d’Isaïe nous montrent de concert cette dimension de crainte de Dieu. Ne nous trompons pas, si l’effroi saisit Simon-Pierre, il va devoir ne plus avoir peur puisque le Seigneur va lui dire ensuite : « Sois sans crainte ». A cet instant, la vie de Simon-Pierre a basculé, mais là encore, Dieu dans sa grande bonté, son immense respect, va le laisser lui-même ratifier son choix. Dieu ne s’impose pas et surtout pas par la peur.

Cette page est un magnifique hymne à l’espérance, une espérance dont notre monde a tant besoin aujourd’hui. Simon-Pierre revient bredouille alors qu’il a pêché toute la nuit, il lui faut nettoyer les filets et rentrer auprès des siens, les mains vides. Vient cette rencontre avec le Christ qui va aller au-delà de tout ce qu’il pouvait espérer jusqu’ici. En effet, l’Évangile de ce jour se termine en nous disant : « Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent ». Le fruit de son travail (sa pêche) ainsi que son outil de travail sont laissés là sur la berge car Simon-Pierre a rencontré quelqu’un qui lui a ouvert d’autres horizons, son enseignement, sa présence l’ont convaincu de le suivre. Une espérance en lui est née. « Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance, et je n’en reviens pas. Cette petite fille qui n’a l’air de rien du tout. Cette petite fille espérance, Immortelle…La Foi est une Épouse fidèle. La Charité est une mère… L’Espérance est une petite fille de rien du tout qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière » nous redit Charles Péguy dans le Mystère du Porche de la deuxième vertu. Que cette Eucharistie nous réconforte dans l’espérance que le Seigneur vient à notre rencontre, qu’il est et demeure à nos côtés et qu’en lui nous pourrons réaliser de grandes choses. Amen.

fr. Christophe-Marie, ocd

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