Homélie pour ND du Mt Carmel par le P. Général à Paris- 16 juillet 2011

au Carmel de Montmartre

A l’occasion d’un séjour au couvent de Paris, le P. Saverio Cannistrà, préposé général de l’Ordre des Carmes déchaux a prêché en français pour Notre Dame du Mont Carmel au Carmel de Montmartre.

Le P Général au Carmel de Montmartre
Le P Général au Carmel de Montmartre

Cette année nous célebrons la fête de Notre-Dame du Mont Carmel un samedi. Cette coïncidence me fait penser à la signification qu’a pris ce jour de la semaine : celui-ci, en effet, est traditionellement lié à la mémoire de la Vierge Marie, et d’une manière toute spéciale à la mémoire de Notre-Dame du Mont Carmel. Samedi est le jour qui précède et prépare Pâques, le jour où la vie de Jésus est cachée, invisible à nos yeux de chair. C’est un jour de silence et de recueillement, mais non un jour de ténèbres. L’espérance commence à éclairer le cœur de ceux qui sont restés dans l’attente ; eux-mêmes, d’ailleurs, ne savent pas exactement de quel type d’attente il pourrait s’agir. Que peut-il y avoir après la mort ? Quelle perspective pourrait offrir aux disciples un homme qui est mort crucifié ? La raison ne voit rien, mais le cœur aimant veille car, si Jésus vivant a changé l’existence humaine, en faisant d’elle le lieu où l’amour de Dieu se manifèste, de même, Jésus mort transformera également la mort. Jésus n’est pas anéanti par la mort : il est là face à la mort et dans la mort.

Au delà de ce mur d’invisibilité que représente la mort, deux personnes demeurent en communion avec Jésus : ce sont sa mère et son disciple bien-aimé. La relation entre ces deux derniers est créée par Jésus Lui-même. Pourquoi le Christ a-t-il voulu cela ? Pourquoi sa mère et son disciple sont-ils appelés à devenir mère et fils ? Je pense que de cette manière Jésus a voulu préparer le jour de sabbat, c’est à dire le temps de l’invisibilité de sa présence. Jésus est présent dans les cœurs de ces deux personnes qui l’aiment et qui partagent leur amour. L’amour de Jésus partagé crée une réalité historique nouvelle, une communion de mémoire et d’espérance, dans laquelle le Ressuscité pourra se manifester. De même que pour la naissance de Jésus, ceci a été fondamental (il s’agissait alors de la relation entre Marie et Joseph, époux et épouse), pareillement, pour la révélation de la résurrection de Christ et la naissance de l’Eglise, cette relation entre Marie et le disciple, entre la mère et le fils est également fondamentale. Dans la relation entre la mère et son fils, de quoi s’agit-il précisément ? Je dirais d’un seul mot : il s’agit de la transmission de la vie et de la manière de l’accueillir. La vie de Jésus, qui, dans la perspective spirituelle de l’évangile de Saint Jean, (avant de sortir vivant du tombeau), jaillit de sa croix et de son cœur transpercé, est accueillie tout d’abord par le cœur de Marie, qui la transmet à son tour au cœur du disciple aimé.

ND du Mt Carmel
ND du Mt Carmel

J’aime voir Notre-Dame du Mont Carmel, dans cette perspective, comme le premier témoin du Ressuscité. Mais son témoignage se place à un niveau différent de celui des apôtres. C’est moins le témoignage des yeux que le témoignage du cœur, qui, lui, n’a pas besoin de voir parce qu’il communique avec Jésus d’une façon différente. Nous savons que dans les Evangiles de la Résurrection on ne parle pas d’une rencontre entre Jésus et sa mère. Je pense qu’il ne s’agit pas d’un hasard ou d’un oubli. L’Ecriture parle aussi par ses silences. On peut connaître le Ressuscité en éprouvant sa résurrection dans le cœur. On pourrait dire que c’est l’expérience du samedi qui prépare le dimanche de la Résurrection ; c’est l’espérance qui prépare l’événement, ou bien la foi qui prépare la vision.

Dans la première lecture on parle du “petit nuage” qui précède la grosse pluie qui suivra. La tradition carmélitaine a voulu reconnaître dans ce petit nuage une figure ou un type de Marie. On peut comprendre la logique de cette interprétation : Marie est celle qui porte Jésus en elle-même et qui le donne aux autres. Si ceci est vrai pour l’Incarnation, c’est vrai aussi pour la résurrection. L’expérience intérieure que Marie fait de la vie du Christ crucifié et ressuscité devient fondement pour la foi de toute l’Eglise. Le disciple bien-aimé, avant d’être l’apôtre que l’on connaît, est appellé à devenir le fils de Marie pour apprendre d’elle qui est Jésus et ce que signifie avoir en soi sa vie. C’est bien cela également le sens de notre célébration d’aujourd’hui : accueillons Marie chez nous, devenons ses fils, et notre cœur deviendra capable d’accueillir la vie de Jésus pour la témoigner à notre monde.

P. Saverio Cannistrà, prep.gen.ocd

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