Homélie pour Ste Thérèse de Jésus - 15 octobre 2012

donnée au couvent de Paris

Textes liturgiques : Sg 7,7-14 ; Rm 8,14-17.26-27 ; Jn 4,5-15

« Seigneur, donne-la-moi, cette eau » La prière de la Samaritaine, Thérèse la faisait sienne, et nous-mêmes pouvons la faire nôtre. Une prière qui est comme la quintessence de la vie et de la prière chrétienne. Que cherchons-nous dans la prière sinon une réponse de vie de la part de notre Dieu ? Que ce Dieu qui est notre créateur et notre sauveur devienne aussi notre meilleur ami ? Thérèse ne pensait-elle pas ainsi la relation avec Celui qu’elle nommait Sa Majesté ?

Teresa de Jésus"Seigneur, donne-la-moi, cette eau" Cette simple prière est comme le résumé de ce bel Évangile. On y trouve la rencontre intime, intense, décisive pour une vie, entre deux personnes qui ont soif de vivre, d’aimer, d’être pleinement eux-mêmes, dans la vérité avec l’autre. Cette rencontre improbable entre un rabbi juif et une Samaritaine dit quelque chose de notre Dieu qui, à la fois, se révèle et se cache, notre Dieu qui reste un doux et beau Mystère.

A ses carmélites, la Madre écrit dans le livre des Demeures (1D 2,17) : « Comprenons, mes filles, que la véritable perfection est dans l’amour de Dieu et du prochain ; plus nous observerons ces deux commandements, plus parfaites nous serons. Toute notre règle et nos Constitutions ne tendent à rien d’autre, elles ne font que nous donner le moyen de mieux les observer. » Thérèse dit cela au début de son maître livre, les Demeures, œuvre que tous les membres de l’Ordre du Carmel déchaussé, thérésien, sont invités à lire et relire cette année. Une lecture exigeante et dynamisante qui nous aidera à mieux nous connaître nous-mêmes ainsi que les autres, qui nous aidera, nous soutiendra dans notre désir de faire la volonté de Dieu, de nous unir à Lui.

Thérèse était une femme de rencontres, de relations humaines fortes, vraies et fécondes. Elle aimait enseigner à ses filles et aimait être enseignée par le Seigneur et ses envoyés. Elle aimait particulièrement la sagesse. Dans la première lecture, il est possible de lire le texte en substituant Jésus au mot Sagesse. Le plus grand trésor que nous ayons est bien ce Jésus-Sagesse qui promet l’eau vive à la Samaritaine et à tous ceux et celles qui entrent et persévèrent dans un même chemin de rencontre, une rencontre qui transforme.

L’eau est un symbole de la vie, elle a une source, une origine, elle coule en s’adaptant au terrain qu’elle rencontre et qu’elle irrigue et féconde, on ne la retient pas longtemps, cette eau enfin aboutit dans cet autre monde qu’est l’océan. Cette eau vive que Jésus propose à la Samaritaine ne renvoie-t-elle pas à l’Esprit saint dont parle l’apôtre Paul, dans la deuxième lecture ? « Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu » L’Esprit Saint fait de nous des fils et des filles du Père, des enfants de Dieu, dont la vocation est de parler à Dieu, de converser avec Lui, dans la prière, et d’œuvrer par suite logique, comme une eau qui coule de source, d’œuvrer dans ce monde pour sa Gloire et le Salut des hommes.

Sur ces œuvres, ce qu’elles supposent d’engagement, Thérèse la mystique n’est pas muette, au contraire ! Le livre des Demeures en témoigne Voici ce qu’elle écrit dans les 7D 4,9 : « Je le répète, il ne suffit pas que vous preniez pour base la prière et la contemplation. Si vous ne travaillez à acquérir les vertus, si vous ne vous exercer à les pratiquer, vous demeurerez toujours des naines dans la vie spirituelle. Et encore, Dieu veuille que vous vous borniez à ne pas grandir ! Car, vous le savez, ne pas croître, c’est décroître. Et, en effet, quand l’amour est véritable, je regarde comme impossible qu’il se contente de demeurer stationnaire. » Et, comme si cela n’était pas assez clair, elle ajoute plus loin, au § 12 : « Que nos désirs et notre oraison n’aillent pas à jouir, mais à prendre des forces pour servir Dieu ! (…) Croyez-moi, pour donner l’hospitalité à notre Maître, pour le bien traiter et le nourrir comme il convient, il faut que Marthe et Marie se joignent ensemble. »

Marthe et Marie, ensemble, réconciliées et plus opposées comme le fait une interprétation rapide du texte évangélique ! Et finalement, Thérèse, quelques lignes plus loin, exprime dans une admirable synthèse la solution à cette difficulté que nous rencontrons sur notre route, celle de verser d’un côté ou d’un autre, le chemin de crête nous paraissant difficile à suivre : « Le Seigneur regarde moins la grandeur de nos œuvres que l’amour avec lequel nous les accomplissons. Si nous faisons ce qui dépend de nous, sa Majesté nous mettra de jour en jour à même de faire davantage. Pour cela, il faut ne pas perdre la foi dès les premiers pas, mais pendant la courte durée de cette vie (…) offrir intérieurement et extérieurement à Notre Seigneur le sacrifice qui est en notre pouvoir. Il l’unira, ce sacrifice, à celui qu’il offrit pour nous au Père sur la croix, et, sans regarder l’insignifiance de nos œuvres, il leur donnera la valeur méritée par notre amour. » (7 D 4,15) Quelle belle dynamique nous est ainsi enseignée !

« Seigneur, donne-la-moi, cette eau » L’eau vive que Dieu nous propose, c’est Lui-même, Il habite en nous, et nous avons à le chercher, à le trouver, à demeurer avec Lui. Ainsi nous recevons la force pour vivre et agir dans le monde, selon la mesure qui nous est donnée Certes, les difficultés ne nous sont pas épargnées, mais il faut ne pas perdre la foi dès les premiers pas Alors, courage, en nous unissant par le désir avec Dieu, nous œuvrerons dans l’amour et nous marcherons à la suite du Christ, humblement, avec nos pauvres moyens, tendant à nous unir à Lui, avec Thérèse et beaucoup d’autres… Amen

fr. Robert Arcas