Homélies pour Ste Thérèse de Lisieux - 1er octobre 2009

donnée au Carmel de Montmartre

Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et le prêtre (01/10/09)

En cette année sacerdotale, alors que sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a tant prié pour ses frères prêtres, il est bon de nous laisser enseigner pour découvrir comment faire de cette année sacerdotale une année riche en grâces pour toute l’Église.

Nous nous souvenons tous de cet épisode où Thérèse encore adolescente (juillet 1887, elle a alors 14ans1/2) raconte que :

« Un Dimanche en regardant une photographie de Notre-Seigneur en Croix, je fus frappée par le sang qui tombait d’une de ses mains Divines, j’éprouvai une grande peine en pensant que ce sang tombait à terre sans que personne ne s’empresse de le recueillir, et je résolus de me tenir en esprit au pied de la Croix pour recevoir la Divine rosée qui en découlait, comprenant qu’il me faudrait ensuite la répandre sur les âmes. Le cri de Jésus sur la Croix retentissait aussi continuellement dans mon cœur : « J’ai soif ! » Ces paroles allumaient en moi une ardeur inconnue et très vive. Je voulais donner à boire à mon Bien-Aimé et je me sentais moi-même dévorée de la soif des âmes. Ce n’était pas encore les âmes de prêtres qui m’attiraient, mais celle des grands pécheurs, je brûlais du désir de les arracher aux flammes éternelles. » (Ms A, 45v).

Cette vocation missionnaire dirige peu à peu les prières de sainte Thérèse vers les prêtres. La jeune carmélite veut désaltérer son époux des personnes qui se perdent en les nourrissant de la parole du Christ, et sainte Thérèse voit dans l’Eucharistie le signe de cette mutuelle désaltération. C’est pourquoi elle écrit à plusieurs reprises qu’elle se sent une vocation de prêtre : « Je sens en moi la vocation de prêtre. Avec quel amour, ô Jésus, je te porterais dans mes mains lorsque, à ma voix, tu descendrais du Ciel. Avec quel amour je te donnerais aux âmes ! » (Ms B, 2v). Sainte Thérèse aura alors deux « petits frères » missionnaires : Maurice Bellière, parti en 1897 pour le noviciat des Pères blancs à Alger, et Adolphe Roulland, de la Société des missions étrangères de Paris. Elle leur écrit jusqu’au jour de sa mort et leur enseigne la « petite voie ». En priant pour ces prêtres missionnaires, la jeune carmélite accomplit à la fois sa vocation de prêtre et sa vocation de moniale. La prière au Carmel lui permet d’unir ces deux vocations : « L’unique fin de nos prières et de nos sacrifices est d’être l’apôtre des apôtres » (Ms A, 56r). Ces apôtres ne sont pas seulement les missionnaires, ce sont aussi « les simples prêtres dont la mission parfois est aussi difficile à remplir que celles des apôtres prêchant les infidèles » (Ms C, 33v). Il faut surtout prier pour les prêtres, tel est son leitmotiv. Le prêtre est l’homme de l’Eucharistie, celui qui révèle sous nos yeux le vrai sens de la mission : abreuver d’âmes le Christ assoiffé, en désaltérant les âmes elles-mêmes du sang du Crucifié. On retrouve ici l’intuition originale du fameux dimanche de juillet 1887.

En ce sens, tout prêtre est missionnaire et apôtre, particulièrement en cette fin de dix-neuvième siècle où croît un anticléricalisme militant. Sainte Thérèse voit se répandre le sang de son Bien-Aimé dans la plus grande indifférence, mais ne désespère pas. Elle ne doute jamais de l’efficacité de la prière ; elle prie sans relâche pour les personnes qui ne connaissent pas le Christ dont elle veut désaltérer son Époux, et pour le plus simple prêtre, le missionnaire par excellence, celui qui nourrit dans l’Eucharistie le Christ et les personnes. Cette prière incessante, infatigable, cette prière fidèle au monde, sainte Thérèse nous l’a promise au-delà de la mort. Il y a, bien sûr, son fameux « Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre ». Mais il y a aussi toutes les promesses que sainte Thérèse a faites à ses « petits frères ». Ainsi écrit-elle à l’abbé Bellière pour le consoler de sa mort prochaine : « je ferai plus qu’écrire à mon cher petit frère, je serai tout près de lui, je verrai tout ce qui lui est nécessaire et je ne laisserai pas de repos au bon Dieu qu’Il ne m’ait donné tout ce que je voudrai ! » (LT 253). Parce que sainte Thérèse a souffert de voir se perdre sous ses yeux tant de personnes, parce qu’elle n’a pas désespéré mais a prié dans la plus grande confiance, enfin parce qu’elle nous a promis d’être un intercesseur infatigable auprès de son Bien-Aimé, à notre tour, il faut nous confier à cette sainte qui a connu les enjeux modernes de la mission. Sainte Thérèse est née au moment où non seulement l’Afrique était terre de mission, mais où la France en devenait une. L’enseignement et la vie de sainte Thérèse nous invitent à la mission, chacun selon notre vocation propre, ayons la même confiance et la même audace. Amen.

P. Christophe-Marie, ocd