Jeudi Saint 2007 ; Jean 13, 1-17

« Faites de même »

Quelques heures seulement avant de souffrir et de mourir pour nous , Jésus, par trois fois, a dit à ses disciples : « Vous ferez cela ».

Les deux dernières fois, comme Paul le rappelle, c’est à propos de l’Eucharistie : Après avoir rendu grâces, Jésus rompit le pain, en disant : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi ». De même sur la coupe, après le repas : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; faites cela, chaque fois que vous en boirez, en mémoire de moi » (1 Co 11,24s). Et depuis le soir du Jeudi Saint, ce mémorial de Jésus, ce souvenir vivant de sa passion et de sa gloire, ce rappel de sa mort qui donne la vie, est au centre de la vie et de la mission de l’Église, au cœur également de notre vie de foi personnelle et de notre témoignage de baptisés.

« Faites cela en mémoire de moi » … En réalité, nous faisons bien ce que Jésus a fait, mais c’est encore lui qui agit. L’Église, la communauté de Jésus aujourd’hui et ici, par la main des prêtres saisit et rompt le pain ; par la voix des prêtres elle redit, dans un récit solennel, les paroles mêmes de Jésus ; mais c’est Jésus qui, par la puissance de son Esprit, se rend présent en nous et au milieu de nous sous le signe du pain et du vin ; c’est Jésus qui, par son Esprit, donne à chacun/e de traverser ces signes par la foi, et de le rejoindre, lui, ici et maintenant, comme le Sauveur, le Maître, l’Ami et le Frère ; c’est Jésus , invisible, souvent insensible, mais divinement présent avec sa merveilleuse discrétion, qui vient prendre notre vie telle qu’elle est, pleine de misères et d’espérance, pour en faire « une offrande vivante, sainte, agréable à Dieu » (Rm 12,1) ; c’est lui, Jésus, qui en nous donnant son corps fait de nous un seul corps, en dépit de nos égoïsmes, de nos replis sur nous-mêmes et de nos divisions.

Il y a donc un lien direct entre l’Eucharistie du Seigneur et l’unité des croyants, entre l’Eucharistie et la vie fraternelle ; et c’est ce que Jésus a voulu souligner en donnant aux disciples, au cours de la soirée d’adieux, le lavement des pieds avant l’Eucharistie. Lorsqu’il leur eut lavé les pieds, qu’il eut repris ses vêtements et se fut remis à table, il leur dit : « Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? C’est un exemple que je vous ai donné, afin que, com­me moi je vous ai fait, vous fassiez vous aussi ».

Voilà donc un autre geste de Jésus qu’il nous demande de refaire. Qui que nous soyons, quelles que soient notre histoire, nos possibilités, nos responsabilités, il nous faut, ici et maintenant, passer un tablier, er nous avancer humblement, en esprit de service et de pardon, vers tous ceux et toutes celles que Dieu nous demande d’aimer, ceux que nous avons choisis et ceux que nous avons trouvés sur le chemin.

Le Jeudi-Saint, c’est le jour où l’on pardonne à l’autre d’être différent/e ; c’est le jour où l’on accepte que l’autre cherche Dieu authentiquement par des voies qui nous déconcertent ; c’est le jour où l’on se remet à espérer pour l’autre tout ce dont on rêve pour soi-même. Au Jeudi-Saint, on laisse à la porte du Cénacle toute volonté de puissance, tous les restes de rancœur et d’agressivité, parce que, ce soir-là, « la nuit même où il fut livré », Jésus s’est avancé comme un serviteur, avec sa paix et son amitié, vers celui qui allait le trahir, et vers tous ceux qui allaient devenir ses témoins.

La force pour construire la paix là où nous sommes, pour repartir à neuf avec nos compagnons ou nos compagnes de route, ne la cherchons pas en nous-mêmes ; recevons-la en même temps que le corps du Christ, en même temps que le pardon de Jésus. Ici et maintenant, regardez, il s’approche de chacun/e de nous avec son linge et son bassin,et il redit à chacun/e :« Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi … Laisse-moi faire ; laisse-toi faire, puisque c’est ton tour ».

Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.