La vocation religieuse

La famille de Thérèse tient une place prépondérante dans sa vocation religieuse. Non seulement elle est éduquée dans une foi profonde, mais elle y trouve encore une grande estime pour la vie religieuse. Ses parents n’ont-ils pas l’un et l’autre aspiré à s’engager sur cette voie ? Monsieur Martin avait fait une tentative sans lendemain chez les Chanoines du Grand Saint Bernard. Quant à Madame Martin, elle souffre de ne pas avoir pu être religieuse comme sa sœur aînée, visitandine au Mans.

Les cinq filles Martin seront marquées par ce désir de leurs parents et seront toutes moniales. En ce qui concerne Thérèse, Pauline va jouer ici un rôle de tout premier plan, car c’est à cette sœur aînée devenue sa seconde maman qu’elle s’identifie pleinement.

Doit-on alors réduire la vocation de Thérèse à son conditionnement familial ? La liberté avec laquelle Thérèse va peu à peu concrétiser cette vocation et lui donner une expression pleinement originale montre bien qu’elle fut en vérité un don de Dieu. Partant d’une réalité héritée de sa famille, elle élabore tout au long de sa vie une réponse de plus en plus personnelle à l’Amour de Dieu.

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A. Pauline, « mon idéal d’enfant »

Devant l’évêque de Bayeux, Thérèse déclare qu’elle a désiré être religieuse vers l’âge de deux ans :

« … j’ai désiré de me faire religieuse dès l’éveil de ma raison et j’ai désiré le Carmel aussitôt que je l’ai bien connu parce que dans cet ordre je trouvais que toutes les aspirations de mon âme seraient remplies. » (Ms.A 54 v°)

Comme elle avait entendu dire toute petite que Pauline serait religieuse, elle en avait conclu qu’elle aussi serait religieuse, tant elle admirait cette sœur aînée :

« Souvent j’entendais dire que bien sûr Pauline serait religieuse, alors sans trop savoir ce que c’était je pensais : « Moi aussi je serai religieuse. » C’est là un de mes premiers souvenirs et depuis je n’ai pas changé de résolution !… Ce fut vous, ma Mère chérie, que Jésus choisit pour me fiancer à lui … » (Ms.A 6 r°)

Thérèse attribue à Jésus lui-même le choix de cette sœur aînée pour la fiancer à lui. Elle reconnaît dans le rôle joué par sa sœur un véritable don de Dieu. Cela apparaît fortement à travers la place que Thérèse accorde à Pauline dans le récit de ses premières années d’enfance.

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B. « vous qui êtes deux fois ma Mère »

Dans la présentation que Thérèse fait de sa famille, elle commence par évoquer la double maternité de sa sœur Pauline à son égard :

« C’est à vous, ma Mère chérie, à vous qui êtes deux fois ma Mère, que je viens confier l’histoire de mon âme … » (Ms.A 2r°)

Elle achève cette présentation par le rappel de l’adoption de Pauline comme mère de substitution à la mort de Madame Martin :

« Nous étions ensemble toutes les cinq, nous regardant avec tristesse, Louise était là aussi et voyant Céline et moi, elle dit : "Pauvres petites, vous n’avez plus de Mère !… Alors Céline se jeta dans les bras de Marie disant « Eh bien ! c’est toi qui seras Maman. » Moi, j’étais habituée à faire comme elle, cependant je me tournai vers vous, ma Mère, et comme si déjà l’avenir avait déchiré son voile, je me jetai dans vos bras en m’écriant : "Eh bien ! moi, c’est Pauline qui sera Maman ! » (Ms.A 13r°)

Ce choix spontané de Pauline manifeste bien le lien privilégié de Thérèse avec sa deuxième sœur aînée.

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C. « la certitude d’un appel divin »

Pauline a joué un rôle de premier plan dans l’origine de cette vocation à un âge où Thérèse était incapable de comprendre ce qu’était la vie religieuse ; le même phénomène eut lieu en ce qui concerne le choix du Carmel ; Thérèse avait neuf ans lorsqu’elle apprit par hasard que Pauline allait bientôt y entrer ; ce fut un glaive qui lui transperça le cœur puisqu’elle allait être séparée de sa seconde mère ; mais en même temps, ce fut la certitude d’un appel divin :

« Je sentis que le Carmel était le désert où le Bon Dieu voulait que j’aille aussi me cacher… Je le sentis avec tant de force qu’il n’y eut pas le moindre doute dans mon cœur, ce n’était pas un rêve d’enfant qui se laisse entraîner, mais la certitude d’un appel divin ; je voulais aller au Carmel non pour Pauline mais pour Jésus seul… » (Ms.A 26 r°)

Ce sentiment ne fut pas l’effet d’une émotion passagère : Il ne la quitta plus. Là encore le rôle de Pauline fut déterminant ; mais peut-on alors parler d’un appel du Seigneur ? Thérèse évoque cette lumière intérieure qui seule la guidait ; l’exemple de sa sœur Pauline était, certes, le moyen par lequel Jésus éveillait en son cœur le désir d’être carmélite, mais cet exemple n’aurait servi à rien s’il n’avait rejoint un plus profond désir, le désir même de Jésus dans le cœur de Thérèse. Il s’agit d’un désir durable et profond dont elle prend conscience à travers l’exemple de Pauline. Thérèse a compris que de tels désirs sont la voix de l’Esprit de Jésus en nous, cet Esprit qui nous révèle ainsi la volonté du Père.

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D. L’idéal de la sainteté

A travers ses lectures spirituelles, sa vocation va se préciser ; le récit de la vie de Jeanne d’Arc en particulier a beaucoup marqué Thérèse ; c’est là qu’elle découvre sa vocation à la sainteté : Thérèse veut être une grande sainte ! Elle le sera à travers la vie cachée du Carmel, mais avec autant d’héroïsme que Jeanne.

Toute son éducation lui propose en fait un idéal élevé de perfection chrétienne. Elle en conçoit le désir de ne pas vivre à moitié sa consécration au Christ dans la vie religieuse, le désir de répondre par toute sa vie au désir de Jésus.

Ce désir n’est pas exempt d’illusions. L’importance des figures d’identification représentées par Pauline ou par des modèles de sainteté comme Jeanne d’Arc montrent que Thérèse n’a pas encore trouvé sa propre personnalité, sa propre voie. A l’âge de neuf ou douze ans, c’est bien excusable, mais l’objectif est placé dès le départ à un niveau élevé. Le chemin de découverte du réel de cette vocation, de cette voie personnelle va devoir passer par de douloureuses expériences de la faiblesse et de la fragilité humaine de Thérèse. La première de ces expériences survient justement à l’occasion de l’entrée de Pauline au Carmel.

Lorsque Thérèse écrit ses souvenirs d’enfance à la demande de Pauline, devenue sa Prieure au Carmel sous le nom de Mère Agnès, elle ne renie pas l’importance jouée par celle-ci dans son cheminement, bien au contraire. Elle y voit le signe de la grâce de Dieu qui a agit aussi à travers ses parents et l’ensemble de sa famille. Cette grâce est passée tout spécialement par la médiation de la Vierge Marie, aussi Thérèse commence-t-elle par s’agenouiller devant la statue familiale de la Vierge avant de commencer la rédaction de son récit. Cette statue de Marie va jouer un rôle fondateur dans l’histoire personnelle de Thérèse.

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