Dans un même mouvement vers Dieu et vers les autres, il s’agit de donner sa vie. Cela ne va pas sans combats car nous résistons à l’œuvre de Dieu en nous ; et puis, nous ne sommes pas si sûrs que ces combats valent la peine d’être menés… Et pourtant, Jésus nous a dit : « Si le grain de blé ne meurt… » Regardons Thérèse se battre de toute la force de sa volonté et de sa Foi.
"Du Tout-Puissant j’ai revêtu les armesSa main divine a daigné me parerRien désormais ne me cause d’alarmesDe son amour qui peut me séparer ?A ses côtés, m’élançant dans l’arèneJe ne craindrai ni le fer ni le feuMes ennemis sauront que je suis reineQue je suis l’épouse d’un Dieu !O mon Jésus, je garderai l’armure.Que je revêts sous tes yeux adorésJusqu’au soir de la vie, ma plus belle parureSeront mes Vœux sacrés !O Pauvreté, mon premier sacrificeJusqu’à la mort tu me suivras partoutCar je le sais, pour courir dans la liceL’Athlète doit se détacher de toutGoûtez, mondains, le remords et la peineCes fruits amers de votre vanité.Joyeusement, moi je cueille en l’arèneLes palmes de la Pauvreté.Jésus a dit : " C’est par la violenceQue l’on ravit le royaume des Cieux. "Eh bien ! la Pauvreté me servira de LanceDe Casque glorieux.La Chasteté me rend la sœur des angesDe ces Esprits purs et victorieux.J’espère un jour voler en leurs phalangesMais dans l’exil je dois lutter comme eux.Je dois lutter sans repos et sans trêvePour mon Epoux le Seigneur des seigneursLa Chasteté c’est le céleste GlaiveQui peut lui conquérir les cœursLa Chasteté c’est mon arme invincibleMes ennemis par elle sont vaincusPar elle je deviens, ô bonheur indicible !L’Epouse de Jésus.L’ange orgueilleux au sein de la lumière« S’est écrié : » Je n’obéirai pas !« Moi je m’écrie dans la nuit de la terre »Je veux toujours obéir ici-bas"Je sens en moi naître une sainte audaceDe tout l’enfer je brave la fureurL’Obéissance est ma forte CuirasseEt le Bouclier de mon cœurDieu des Années, je ne veux d’autres gloiresQue de soumettre en tout ma volontéPuisque l’Obéissant redira ses victoiresToute l’Eternité.Si du Guerrier j’ai les armes puissantesSi je l’imite et lutte vaillammentComme la Vierge aux grâces ravissantesJe veux aussi chanter en combattantTu fais vibrer de ta lyre les cordesEt cette lyre, ô Jésus, c’est mon cœurAlors je puis de tes MiséricordesChanter la force et la douceurEn souriant je brave la mitrailleEt dans tes bras, ô mon Epoux DivinEn chantant je mourrai sur le champ de batailleLes Armes à la main !… " (PN 48)
« Je vous ai fait sourire, mon cher petit Frère, en chantant »mes Armes« , eh bien ! je vais vous faire sourire encore en vous disant que j’ai, dans mon enfance, rêvé de combattre sur les champs de bataille. Lorsque je commençais à apprendre l’histoire de France, le récit des exploits de Jeanne d’Arc me ravissait ; je sentais en mon cœur le désir et le courage de l’imiter, il me semblait que le Seigneur me destinait aussi à de grandes choses. Je ne me trompais pas, mais au lieu de voix du Cie m’invitant au combat, j’entendis au fond de mon âme une voix plus douce, plus forte encore, celle de l’époux des vierges qui m’appelait à d’autres exploits, à des conquêtes plus glorieuses et dans la solitude du Carmel j’ai compris que ma mission n’était pas de faire couronner un roi mortel mais de faire aimer le Roi du Ciel, de lui soumettre le royaume des cœurs. » (LT 224)
Elle a vécu ce combat dès son enfance à travers de nombreuses épreuves et Jésus intervient pour lui donner d’avancer sur le chemin.
« En cette nuit lumineuse qui éclaire les délices de la Trinité Sainte, Jésus, le doux Enfant d’une heure, changea la nuit de mon âme en torrents de lumière. En cette nuit où Il se fit faible et souffrant pour mon amour, Il me rendit forte et courageuse, Il me revêtit de ses armes et depuis cette nuit bénie je ne fus vaincue en aucun combat, mais au contraire je marchai de victoires en victoires et commençai pour ainsi dire »une course de géant ! En un instant l’ouvrage que je n’avais pu faire en dix ans, Jésus le fit se contentant de ma bonne volonté qui jamais ne me fit défaut. " (Ms A, 44v-45r)
Pour marcher, Thérèse ne se contente pas de souffrir, elle regarde vers Celui qui est pour elle le chemin de la Vie, Jésus.
« Ma Mère bien-aimée, je vous l’ai dit, mon dernier moyen de ne pas être vaincue dans les combats, c’est la désertion, ce moyen, je l’employais déjà pendant mon noviciat, il m’a toujours parfaitement réussi. (…) Ce n’était pas là de la bravoure, n’est-ce pas, Mère chérie, mais je crois cependant qu’il vaut mieux ne pas s’exposer au combat lorsque la défaite est certaine ? » (Ms C, 14v-15r)
Jésus donne à Thérèse de partager le combat des incroyants en l’invitant à « s’asseoir à la table des pécheurs ». Et elle ne se dérobe pas.
« Aux jours si joyeux du temps pascal, Jésus m’a fait sentir qu’il y a véritablement des âmes qui n’ont pas la foi, qui par l’abus des grâces perdent ce précieux trésor, source des seules joies pures et véritables. Il permit que mon âme fut envahie par les plus épaisses ténèbres et que la pensée du Ciel si douce pour moi ne soit plus qu’un sujet de combat et de tourment… Cette épreuve ne devait pas durer quelques jours, quelques semaines, elle devait ne s’éteindre qu’à l’heure marquée par le Bon Dieu et… cette heure n’est pas encore venue… » (Ms C, 5v)
« Ah ! que Jésus me pardonne si je Lui ai fait de la peine, mais Il sait bien que tout en n’ayant pas la jouissance de la Foi, je tâche au moins d’en faire les œuvres. Je crois avoir fait plus d’actes de foi depuis un an que pendant toute ma vie. A chaque nouvelle occasion de combat, lorsque mon ennemi vient me provoquer, je me conduis en brave, sachant que c’est une lâcheté de se battre en duel, je tourne le dos à mon adversaire sans daigner le regarder en face ; mais je cours vers mon Jésus, je Lui dis être prête à verser jusqu’à la dernière goutte de mon sang pour confesser qu’il y a un Ciel. » (Ms C, 7r) Copyright Cerf/DDB