Quelques figures marquantes de la Province

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Père Louis de la Trinité (1889-1964)

Père Louis de la Trinité Il a droit à la première place comme restaurateur de la Province de Paris. Son adjoint depuis les origines, Élisée de la Nativité (Alford) a écrit sa biographie : Le P. Louis de la Trinité. Amiral Georges Thierry d’Argenlieu, DDB 1969. Voici les grandes étapes : Naissance à Brest, en 1889, dans la famille d’un Inspecteur général de la marine. Guerre de 14-18 dans cette arme. Entre au noviciat d’Avon. Profession en 1921. Vicaire Provincial en 1932, réélu en 1935 et 1938. En 39-40 Membre de l’État-major de la marine à Cherbourg. En juin s’évade du convoi qui le conduisait en Allemagne et passe en Angleterre où il rejoint de Gaulle. Vice-amiral, Gouverneur en Indochine. Grand chancelier de l’Ordre de la Libération, il reprend toute la vie religieuse à Avon en 1958. Il meurt chez les carmélites de Brest en 1964.

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Père Bruno de Jésus-Marie (1892-1962)

Bruno de Jésus-Marie Jacques Froissart, né à Bourbourg (59630) en 1892. Entre dans l’Ordre à Avon et fait profession en 1921. Conseiller Provincial en 1930.En 1931, il termine sa biographie de S. Jean de la Croix. Elle paraît avec une préface de son ami le philosophe Jacques Maritain et fera longtemps autorité en dehors du monde hispanophone. La même année il lance les nouvelles Études Carmélitaines et, s’entourant d’éminents scientifiques de diverses disciplines, en fait la référence unanimement respectée en Psychologie religieuse. En 1943, il publie son étude sur la Bse Marie de l’Incarnation : "La Belle Acarie". Sa présentation du personnage de Bérulle froisse les amis du fondateur de l’Oratoire. Puis en 1954 : "Le sang du Carmel ou la véritable passion des carmélites de Compiègne", en écho au "Dialogue des Carmélites" de Bernanos. Il meurt à Paris en 1962.

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Père Élisée de la Nativité (1900-1983)

Elisée de la Nativité Maltais né à Cospicua (1900), le jeune Joseph Alford se présente au Petit Noviciat de Marche (Belgique) en 1912. Doué d’une grande ouverture d’esprit il s’imprégna auprès des Pères français, alors en exil, de toutes les traditions anciennes de l’Ordre avec la conscience claire de devoir adapter la vie du Carmel à la modernité de l’après 1918. Homme irénique, tout en soutenant ouvertement les options de la Province, il demeura toujours pour les Pères du Midi le "bon Père Élisée". Les Études Carmélitaines publièrent quelques articles de lui sur les carmes théologiens du XIV au XVIIe siècle. Au Chapitre de 1945 il fut élu supérieur provincial. Il devait participer au gouvernement de la Province pendant de nombreuses années.

En 1963 il était appelé à mettre son expérience au service de la Province du Brabant. En 1954, lors de l’institution des Fédérations de Carmélites il avait pris en charge celle de Lisieux. Comme dans ses fonctions auprès des frères, il soutint les efforts pour harmoniser les Constitutions avec les directives de Vatican II. Libéré des charges administratives il put mener à bien sa biographie du P. Louis de la Trinité (1969), ses recherches historiques rassemblées sous le titre "Annales brèves des Carmes Déchaux de France" (1972-1983) et sa "synthèse rapide" sur les Missions des Carmes Déchaux (1977), même si la masse des documents à étudier limita beaucoup le domaine prospecté de ce vaste sujet.

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Père Jacques de Jésus (1900-1945)

Jacques de Jésus Son activité à la tête du Petit Collège d’Avon a été esquissée plus haut. De l’avis de tous, la grandeur de sa figure allait se révéler dans les camps d’extermination. Le P. Riquet a parlé de lui comme du prêtre le plus rayonnant dans le monde de la déportation. Les témoignages rapportés dans le livre que lui a consacré le P. Philippe de la Trinité ("Le P. Jacques, martyr de la Charité" 1947) rendent crédible ce jugement. Cinquante ans après sa mort un procès a été ouvert en vue d’une Béatification.

Pour une présentation plus complète du Père Jacques de Jésus

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Père Philippe de la Trinité (1908-1977)

Jean Rambaud était né à Grenoble en 1908. Sa mère était la soeur du futur Cal Julien. Il fit ses études à l’Université Grégorienne de Rome. En 1931, il prononce ses voeux au noviciat des Carmes de Lille. Prêtre en 1934. Dès 1936 il donne son premier article aux Études Carmélitaines - travail de jeunesse qui lui vaut d’être sermonné par son ancien maître, le P.Garrigou-Lagrange O.P.- Louis de la Trinité s’interpose, les choses s’arrangent. Après le départ du P. Louis pour Londres, Philippe exerce la fonction de supérieur provincial. Il est élu à cette charge en 1942.

Philippe de la Trinité A ce titre, il s’engage dans la Résistance et se tire sans dommage des interrogatoires du chef de la Gestapo après l’arrestation du P. Jacques. A la Libération il siège à l’Assemblée Consultative Provisoire et reçoit plusieurs décorations pour faits de guerre.

En 1952, il entre au Saint Office (Congrégation pour la Doctrine de la foi). Sa mission de garder l’intégrité des vérités catholiques l’amène à critiquer certaines expressions moins traditionnelles de théologiens comme H. de Lubac et P. Teilhard de Chardin. Dès 1953 l’Ordre avait tiré parti de sa venue à Rome pour lui confier la présidence de sa faculté romaine de Théologie. En 1957-59, cinq jours par semaine il travaillait pour l’Ordre, les deux autres jours pour le Saint 0ffice. A ce rythme, sa santé fragilisée par les austérités du couvent de Lille, se détériore définitivement. En 1960, il cesse l’enseignement. Au cours d’un voyage en France, il doit venir se reposer à Venasque. Il y meurt le jour de Pâques, 10 avril 1977.

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Père Lucien-Marie de S. Joseph (1906-1981)

Né à Lille en 1906, Lucien Florent fait profession en 1929. Prêtre en 1934, il exerce la charge de Prieur de Lille de 1939 à 1948. Il la reprendra de 1969 à 1978. Dans la Province de Paris, et plus tard dans l’Ordre, il est considéré comme un bon spécialiste de S. Jean de la Croix. On lui doit surtout une traduction des Œuvres Complètes du saint. En fait, il s’agit d’une modernisation de la traduction remarquable du carme Cyprien de la Nativité (XVIIe s.).

Lucien-Marie de St Joseph Aux Études Carmélitaines le P. Lucien a donné plusieurs contributions de 1937 à 1967. Le Dictionnaire de Spiritualité lui a confié le grand article sur le Docteur Mystique (1972). Ces études allaient de pair avec un intense ministère de retraites, de conférences, dans les séminaires, les abbayes, les monastères contemplatifs, les maisons mères de Congrégations religieuses. Sa direction spirituelle auprès des prêtres et des laïcs fut exceptionnellement recherchée.

Son dernier livre "la voie du Carmel" (1979) expose ses vues personnelles sur une adaptation de la vie de l’Ordre à des personnes non assujetties aux engagements canoniques habituels. L’accueil de l’Ordre fut généralement réservé. Le P. Lucien fut rappelé à Dieu au couvent de Lille le 28 mars 1981.

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Père Victor de la Vierge (1909-1990)

Victor de la Vierge Victor Sion était né en 1909 à Houplines (59116). Il entra au noviciat des Carmes de Lille et fit profession en 1932. Prêtre en 1936. Maître des novices en 1942, il exerça la charge en une époque où les vocations se présentaient nombreuses. En 1951, la maladie l’obligea à s’en faire relever ; elle lui sera à nouveau confiée de 1957 à 1965. Il met son expérience au service des responsables de formation dans un livre promis à une large diffusion : Le réalisme spirituel de Ste Thérèse de Lisieux (1956). Dès la première année l’ouvrage était traduit en allemand, anglais, italien et polonais.

Le rayonnement du P. Victor passait moins par les écrits que par les rencontres personnelles : son don d’écoute, de sympathie inconditionnelle, son optimisme inentamable lui valurent un prenant apostolat de direction spirituelle. En 1989 furent publiés, au éditions du Lion de Juda, 4 opuscules de lui toujours imprégnés de cette spiritualité de Thérèse dont il a vécu. Il "entre dans la vie" en 1990, au couvent d’Avon.

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Père Jean Salomon Franco (1914-1997)

Jean-Salomon Franco naît à Thessalonique, dans une famille juive espagnole, durant les fêtes de Hanouka de l’année 1914. C’est encore écolier, à Thessalonique, qu’il aborde aux rives de la poésie. Avidement, il dévore les poètes. Adolescent tourmenté autant que lecteur insatiable, bientôt la passion d’écrire le possède. Elle ne l’abandonnera plus. De ces débuts lointains, bien peu subsiste hormis des souvenirs.

Privé très tôt de ses parents, Jean-Salomon vient à Paris en 1931. Parti au Maroc en 1934, il se marie en 1935 à Marseille d’où il retourne au Maroc avec son épouse. Tous deux y séjourneront jusqu’à la mort de cette dernière, survenue en 1968.

Vers 1938 paraissent ’les Parfums de la terre’, dont les poèmes sont tous datés des années 1935-1937.

Puis un long temps Jean-Salomon se recueille. Et c’est dans le silence prolongé de cette demi-retraite que, comme le rappelait un jour l’un de ses amis, “il prend conscience de ses racines”. “Un fleuve de feu coule dans ses os” tandis que disparaissent, emportés par la tourmente nazie, tous les membres de ses deux familles dispersées à travers la Grèce et l’Europe.

Jean-Salomon Franco La poésie qui surgit alors - on est à la fin de l’année 1948 - surprend par sa puissance visionnaire. Dès 1950, Jean Poilvet-Le Guenn l’invite à collaborer aux Marches de France. Dans le même temps, c’est l’aventure du “Trocadéro”, la boutique du bouquiniste Franco, lieu fervent fréquenté surtout par des amis. A partir de 1951, quelques poètes et artistes casablancais prennent l’habitude de s’y réunir. Le 10 juin de cette même année, Jean-Salomon fonde avec eux les Amitiés poétiques et littéraires.

Pendant trois ans, Franco anime le groupe et, contre la tentation des uns ou des autres de sacrifier à la mondanité, au divertissement poétique, ou de s’isoler dans l’aristocratisme, lui imprime la marque de son influence. Naturellement discret, presque timide, indifférent à la renommée, mais d’une indépendance farouche, il se monte de fer dès qu’il s’agit de ce qu’il tient pour l’essentiel : la poésie comme “conscience de l’homme subie dans sa totalité”.

Dans cette voie, il n’est pas toujours suivi. Sa soif ardente aussi bien que les rythmes qu’il forge déconcertent. Si volontiers on reconnaît en lui un “mystique”, peu ont le courage de persévérer à ses côtés sur les rudes chemins où il s’engage. Seul et pourtant si proche. Poète de la douleur et de la communion des hommes dans la souffrance, et plus encore de la beauté, de l’espérance et de l’amour.

Né en Grèce, ce n’est pas la nature toutefois, mais le visage de l’homme qui le hante. Et son rayonnement. Et son mystère. L’homme et l’événement qui vient à sa rencontre, l’événement qui le forme, qui le recrée, qui le révèle. Rien d’anecdotique ni de descriptif dans cette poésie hantée que l’homme obsède. Mais le cri d’une passion “inassouvible” dont le cœur est en Dieu.

Parfois la violence étonne de cette passion que la Bible et les Écritures juives ont nourrie, de cette passion qu’oppresse une angoisse, celle de l’humaine fragilité. Les mots nous giflent, les métaphores nous blessent, les cadences insolites nous dérangent. Comment y échapper ? Car cette poésie qui nous désempare n’est pas obscure. Dès qu’on se livre à elle, elle s’offre même avec une cruelle limpidité. Mais cette poésie ne cède pas toujours à la véhémence. Il lui arrive de murmurer. Et souvent elle ne dédaigne pas l’humour.

En 1954, Jean-Salomon reçoit le baptême dans l’Église catholique. A la fin de l’été 1968, il entre au noviciat des Carmes de la province de Paris, à Bordigné, où il fait profession en 1969. Il fait ensuite à Angers des études de théologie, au terme desquelles il est ordonné prêtre. Il continue là, au couvent de La Plesse, d’écrire des poèmes et anime même un groupe de poésie. En 1974, les éditions du Carmel publient de lui un recueil Par les sentiers de Dieu.

En 1975, il quitte la Plesse pour devenir ermite dans un petit village du Maine et Loire, Chanzeaux, où il accueille tous ceux qui viennent chercher ses conseils.

En 1984, on lui demande de rejoindre le couvent de Lille. C’est pour lui un moment difficile. Il a 70 ans et arrive dans une région qu’il ne connaît pas, loin de tous ses amis. Il va y faire sa place. C’est la dernière étape de sa vie. Il exerce là un ministère, anime des groupes bibliques éclaire ceux qui le désirent … sans oublier les amis qui éditent de petits cahiers, où l’on peut retrouver quelques uns de ses derniers écrits des recueils de poèmes (les sources de la tendresse, une étoile dans le puits, Marie…)’ des contes (Contes d’ici et d’ailleurs), des pièces de théâtre (Le Roi Saul, Simon-Pierre, l’Apôtre Pierre…).

Le 9 septembre 1997, parti en ministère, il s’écroule dans la rue, victime d’une crise cardiaque. On ne pourra le ranimer.

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