Textes liturgiques : 1R 18,42-45 ; Ps 14 ; Ga 4,4-7 ; Jn 19,25-27

Prendre chez soi Marie : cet appel, il est adressé à tous les chrétiens. Puisque chacun d’eux peut s’identifier au disciple anonyme que Jésus aimait. Mais ceux du Carmel y ont répondu à leur manière. Sur le Mont Carmel, ils ont commencé à prendre Marie comme Patronne et Protectrice, la souveraine qui veille sur sa terre et protège ses habitants. Progressivement au cours du temps, ils ont expérimenté que Notre-Dame du Mont Carmel s’avérait être aussi pour eux une mère. Une mère qui prend soin de ses fils et qui les éduque jusqu’à ce que le Christ soit formé en eux. Deux symboles l’expriment bien : celui de la nourriture et celui du vêtement.

La Règle reçue par les ermites du Carmel place comme activité principale la méditation jour et nuit de la Parole de Dieu. Méditer la Parole, c’est la prendre à la manière d’un pain et la ruminer pour en goûter toutes les saveurs et la faire descendre dans nos profondeurs. Celui qui accueille chez lui la Vierge Marie se donne les moyens de gagner beaucoup de temps dans cet art de la méditation. Marie est en effet décrite par l’évangéliste Luc comme la femme qui sait méditer le sens des évènements en les laissant résonner avec la Parole présente en son cœur (Lc 2, 19.51). Marie, telle une bonne mère, nous aide à nous nourrir avec des aliments solides et bénéfiques. Elle fortifie en nous la capacité d’écoute et d’accueil de la Parole par la grâce du silence. Celui qui donne l’hospitalité à Marie dans sa vie fera l’expérience d’une intériorité nouvelle. La Femme intérieure l’aidera à ordonner tout ce qui l’habite et le travaille afin que son être profond grandisse jusqu’à la stature du Christ. L’autre symbole est celui du vêtement. La tradition carmélitaine du don du scapulaire est riche de sens. Marie, telle une mère, s’occupe de vêtir ses enfants. Elle ne fait pas que les nourrir intérieurement. Elle les équipe aussi pour la vie en leur donnant un vêtement pour les protéger de toute agression extérieure ou intérieure. Quand l’enfant est encore petit, c’est la maman qui choisit comment il sera habillé. Ainsi pour ceux du Carmel, qui comme des tout-petits choisissent de se laisser vêtir par leur mère. Nul enfantillage en cela ; mais un acte de confiance : Marie sait ce qui nous aidera à revêtir le Christ par toute notre vie. D’ailleurs ce scapulaire reçu de la mère est aussi un tablier qui nous invite à travailler, donc à prendre nos responsabilités. Marie nous forme pour être de bons ouvriers de l’évangile et non des enfants gâtés et capricieux. Voilà donc la grâce mariale du Carmel : simple et discrète, quelque chose de l’ordinaire des jours. Une mère qui prend soin de ses enfants en les nourrissant et en les habillant. C’est elle qui nous équipe et nous prépare pour nous élancer sur les pentes abruptes du Mont Carmel jusqu’à la montagne véritable qu’est le Christ. Entraîne-nous Vierge Marie, sur tes pas, nous courrons ! Amen

Fr. Jean-Alexandre de l’Agneau, ocd - (couvent d’Avon)