Homélie dim. 14e TO : être libéré de la convoitise

donnée au couvent de Paris

Textes liturgiques (année B) : Ez 2, 2-5 ; Ps 122 (123) ;2 Co 12,7-10 ; Mc 6, 1-6)

« Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. » La succession des termes « patrie, parenté, maison » est une réminiscence de la vocation d’Abraham (cf. Gn 12,1) qui a consenti à des ruptures pour répondre à son élection. Dieu promet à Abraham une surabondance de bénédiction non pas seulement pour lui, mais pour tous ceux qui le béniront (cf. Gn 12,3). Le don de Dieu passe par l’élection, c’est-à-dire par une relation unique, personnelle et irremplaçable avec lui. Mais cette relation privilégiée est ouverte à tous ceux qui s’en émerveillent. Face à l’élection de quelqu’un, il y a en effet deux attitudes possibles : la joie ou la jalousie. Caïn a jalousé Abel au lieu de se réjouir de ce que Dieu prenait en compte le cadet méprisé et il s’est condamné à une vie malheureuse. A l’inverse, tous ceux qui se réjouissent de l’élection d’Abraham participent aux bénédictions qui lui sont données par Dieu afin que toutes les familles de la terre aient accès par lui à la bénédiction. Jésus, en qui le Père a mis tout son amour, est l’élu par excellence. La foi en Jésus, c’est-à-dire la reconnaissance de son élection comme fils unique de Dieu, offre à tous ceux qui croient la grâce de participer à son élection en devenant enfants de Dieu.

Comme Abraham, Jésus a quitté son pays, sa parenté et sa maison pour répondre à l’appel de Dieu. Il a fait l’expérience, lors de son baptême par Jean le Baptiste, d’une autre origine, non plus humaine, mais divine. Cela l’a conduit au désert, puis à l’annonce du règne de Dieu. Sa famille a bien tenté de le ramener au village, mais Jésus leur a opposé une fin de non-recevoir (Mc 3,21.31-35). A présent, il y revient de son plein gré pour leur apporter à eux aussi l’heureuse annonce du Règne de Dieu. Mais le choc de la nouveauté représentée par sa sagesse et ses miracles s’avère insupportable au regard de son origine humble, voire méprisable. Son métier de menuisier est certes honorable, mais cela ne le prédisposait pas à une telle sagesse. Quant à sa famille, ce sont des gens modestes. Ses frères, nommés avec précision, sont des inconnus à l’exception de « Jacques, le frère du Seigneur », qui jouera un rôle dans l’église primitive. L’expression « le fils de Marie » constitue une forme de moquerie. Le fait de référer la filiation à la mère et non au père n’avait lieu que pour une fille-mère. La mort de Joseph ne suffit pas à justifier une telle appellation, car même dans ce cas on continuait à signifier la filiation en référence au père. Le père est encore ignoré lorsque Jésus est désigné comme le charpentier et non comme le fils du charpentier. Jésus est un fils sans père, et en son temps, sa naissance n’avait-elle pas fait scandale ! Comment admettre alors qu’il soit élu par Dieu ? Jésus se voit dans l’impossibilité de faire des miracles à cause de leur manque de foi. Les habitants de Nazareth se privent ainsi de la bénédiction dont il est porteur en refusant de se mettre à l’écoute de sa sagesse et de reconnaître ses œuvres.

Les liens de parenté charnelle, lorsqu’ils sont marqués par la convoitise et le désir de posséder l’autre, empêchent la reconnaissance de son désir et de sa vocation. Advenir à sa liberté, nécessite alors de rompre avec son origine comme le déclare le livre de la Genèse à propos du mariage : « L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme. » (Gn 2,24) Il n’y a pas de nouveauté possible sans une forme de séparation, de rupture avec le passé. C’est un bien fait pour celui qui part, mais aussi pour ceux qui restent dans la mesure où ils y consentent, car ce dépouillement les ouvre au dynamisme toujours nouveau de la vie. Si la bénédiction de Jésus, le béni par excellence, s’étend à tous ceux qui la reconnaissent dans la foi, il en va de même pour toute bénédiction humaine : reconnaître la bénédiction de Dieu en chacun de nos frères et sœurs, en renonçant à toute forme de jalousie, c’est bénéficier à notre tour des dons que Dieu fait à notre prochain. L’Eglise est la communion de tous ceux qui, libérés de la convoitise et des rivalités, connaissent la joie de rendre grâce pour l’inépuisable richesse des bénédictions divines dans l’humanité. Libérés nous aussi de toute forme de jalousie, puissions-nous ainsi discerner ces bénédictions en notre prochain pour nous en réjouir. Nous grandirons ainsi dans la communion à la vie de Dieu dans le Christ Jésus, le fils unique et bien-aimé du Père, par qui nous vient toute bénédiction du Père des Lumières.

fr. Olivier-Marie Rousseau , ocd - (Couvent de Paris)

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