Panem et circenses (Homélie dim. 18e TO)

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année B) : Ex 16, 2-4.12-15 ; Ps 77 (78) ;Ep 4, 17.20-24 ; Jn 6, 24-35

Panem et circenses, voilà ce que m’inspirent toutes les lectures de ce jour en lien avec l’actualité récente. Pour l’actualité, je ne me réfère pas à la canicule mais plutôt à la victoire de la France dans la coupe du monde de football, souvenez-vous c’était le 15 juillet dernier. La victoire, ou plutôt devrais-je dire notre victoire car c’est bien nous qui avons gagné, vous, moi, vraiment ? On y croit. Panem et circenses, littéralement « du pain et des jeux », c’est une expression latine utilisée dans la Rome antique pour dénoncer l’usage délibéré fait par les empereurs romains de distributions de pain et d’organisation de jeux dans le but de flatter le peuple afin de s’attirer la bienveillance de l’opinion populaire. Voilà en fait tout ce qu’il nous faut ou tout du moins, ce que l’on veut nous faire croire. Sans partir dans une diatribe de la société de consommation dans laquelle nous baignons, n’est-ce pas le meilleur qu’elle puisse nous offrir : de la nourriture en abondance et des loisirs, des stades, des parcs d’attraction ? Il y a en ce jour avec les différents textes d’Écriture tant la première que la deuxième lecture ainsi que dans l’Évangile, une interpellation sur nos motivations à nous lever ce matin. Jésus n’aurait aujourd’hui plus de travail ou tout du moins n’aurait pas eu autant de succès avec la concurrence féroce que lui auraient fait les drive, les livraisons à domicile ou encore Amazon… Vous l’avez entendu : « Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. » Il est lucide et ce n’est guère encourageant ou tout du moins, notre société civilisé n’a pas beaucoup changé, c’est un peu rassurant l’homme reste l’homme malgré les siècles qui passent.

Nous avons déjà commencé dimanche dernier à lire le chapitre 6 de l’Évangile selon saint Jean, chapitre que nous allons parcourir tout au long des dimanches du mois d’août. Il y a 8 jours, le Christ a accompli devant la foule la multiplication des pains, aujourd’hui il instruit la foule pour leur faire découvrir le pain de la vie : «  Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. » Quand Jésus parle du pain véritable, celui qui, lorsqu’on le mange fait qu’on n’a plus jamais faim, comme la samaritaine quand Jésus lui parlait de l’eau qui étanche toute soif, les juifs lui disent : « Donne-nous de ce pain ! » comme cela nous n’aurons plus besoin de travailler pour gagner de quoi manger. L’équivoque, le malentendu est constant. Il va jusqu’à ce point que, au moment même où Jésus vient d’accomplir ce miracle de la multiplication des pains, les Juifs lui disent : « Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et te croire ? Quelle œuvre vas-tu faire ? » pour attester la vérité des paroles que tu dis ? Ce signe, ils viennent de le voir. Ils l’ont, en quelque sorte encore entre les mains ou dans la bouche – la bouche pleine –, et déjà ils demandent un autre signe, ce qui montre qu’il n’y a pas de preuve possible pour celui qui ne veut pas ouvrir les yeux.

Jésus n’a rien d’autre à offrir que ce pain, ce pain de la vie, nulle exubérance, aucun signe ne s’impose, il ne peut emporter l’adhésion de la foule sans un acte de foi. La fin du chapitre 6 nous montrera d’ailleurs un grand nombre de disciples le quitter car ils voulaient un messie qui réponde à leurs aspirations et ils ont été incapables d’écouter, de comprendre ce que Jésus leur proposait. Il donne bien plus que nous ne pouvons espérer, c’est bien au-delà de nos attentes même les plus folles. Réfléchissez-y : il se donne en nourriture, il est le pain de la vie, il donne la vie au monde, que demander de plus ? Et nous sommes encore prêts à murmurer ?

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Qu’est ce qui nous réunit ce matin dans cette chapelle, qu’est ce qui nous motive à venir célébrer le Christ ressuscité si ce n’est ce pain de la vie offert pour nous : son Corps livré, son Sang versé ? Ce pain de la vie n’est pas un pain que l’on mange simplement, ce n’est pas une nourriture du corps, le pain de la vie, c’est la nourriture du cœur, c’est la présence de Dieu, la présence de Jésus en nous. Alors laissons les murmures, ne pensons pas trop à ce que nous allons manger ce midi et venons à la rencontre de celui qui est le pain de la vie, une vraie nourriture pour la vie éternelle car lui seul peut nous rassasier et lui seul peut nous étancher. Saint Augustin a cette phrase extraordinaire : « Quand tu me manges, ce n’est pas moi qui suis changé en toi, c’est toi qui es changé en moi ! ». Amen !

fr. Christophe-Marie , ocd - (Couvent d’Avon)