Homélie 2e dimanche de Pâques : Celui qui vient

donnée au Carmel de Lisieux

Textes liturgiques 2e dimanche de Pâques : Ac 2, 42-47 ; Ps 117, 1 ; 1 P 1, 3-9 ; Jn 20, 19-31

« Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur ». En la sainte nuit de Pâques a résonné l’annonce de la résurrection : « Exultez de joie, multitude des anges, exultez serviteurs de Dieu, sois heureuse aussi notre terre, irradiée de tant de feux, réjouis-toi, mère Eglise. O nuit de vrai bonheur, où l’homme rencontre Dieu ! » De la résurrection du Seigneur découle un enseignement sur la joie chrétienne dont le bienheureux pape Paul VI disait : « La joie chrétienne est de participer à la joie insondable, à la fois divine et humaine, qui est au cœur de Jésus glorifié. Il s’agit d’une expérience exaltante de libération et de restauration qui a pour origine l’amour miséricordieux de Dieu » (Cf Gaudete in Domino, 9 mai 1975).

Comment parler de la Résurrection ? Le verbe que Jean utilise pour dire la présence du Ressuscité, c’est : le verbe « venir » : « Jésus vient ». Il l’a annoncé durant le dernier repas : « Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous. D’ici peu de temps le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi » (Jn 14, 18-19). Jésus ne cesse d’être celui qui vient, il vient dans son Eglise, tout au long de l’histoire, il vient pour que nous l’accueillions. Accueillir Jésus c’est croire en lui. L’Eglise naît en permanence dans la communiante rencontre avec le Ressuscité. Saint Paul nous a transmis le cri de la communauté primitive qui parlait araméen comme Jésus. Marana tha ! « Notre Seigneur, viens  »(1 Co 16, 22).

Les chemins de rencontre avec le Ressuscité sont multiples. Parmi « beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples », l’évangile nous présente une première situation. Les disciples sont réunis. Ils se sont verrouillés dans la peur. Mais Jésus vient. Il donne la paix et la joie, et il confie la mission. Sa mission à lui, Jésus, devient celle de tous ses disciples : «  De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Rencontrer le Ressuscité, c’est devenir aussitôt disciples missionnaires.

Pour vivre la mission, Jésus nous donne l’Esprit Saint. « Il souffla sur eux et il leur dit : Recevez l’Esprit Saint ». Avant la Résurrection, « en effet, il ne pouvait y avoir l’Esprit, puisque Jésus n’avait pas encore été glorifié. » (Jn 7, 39) Quelle est la nouveauté que Dieu introduit dans l’histoire du monde quand nous recevons l’Esprit Saint ? La nouveauté, c’est le pardon : « A qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis. » Ayant au cœur la paix et la joie du Ressuscité, nous sommes envoyés dans le monde, mais ce monde, nous le voyons désormais autrement, d’un point de vue différent, «  avec des yeux de Pâques », capables de discerner dans le présent, avec toutes ses blessures, sa pauvreté et sa fragilité, l’avenir que Dieu a préparé pour nous en faisant toute chose nouvelle par la rémission des péchés. « Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né… Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. » (2 Co 5, 17. 19)

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Qu’est-ce que le pardon ? C’est l’expérience même de Jésus Crucifié comme le précise l’apôtre Paul : «  Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu.  » (2 Co 5, 21) Lorsque Jésus montre à ses disciples ses mains et son côté, il nous dit par ce geste : Regardez mes blessures. C’est par elles que vous êtes guéris. En effet, pour vous j’ai fait l’expérience radicale de la miséricorde, de l’amour de mon Père plus fort que la mort. C’est pourquoi je suis moi-même la source inépuisable de la miséricorde, de l’amour qui se montre continuellement plus fort que le péché. Le Christ de Pâques est l’incarnation définitive de la miséricorde, son signe vivant. (Cf. Jean Paul II, Dives in misericordia §8). Recevoir du Ressuscité le pouvoir de pardonner, c’est avoir part à la victoire du Christ sur le mal. Être envoyé comme le Christ dans le monde, c’est recevoir cette victoire comme une responsabilité, pour introduire et incarner dans notre vie la miséricorde divine.

Comment exercer cette responsabilité ? Le réalisme social de la miséricorde apparaît dans le portrait de la communauté primitive que nous propose le livre des Actes des Apôtres. Le pardon se concrétise dans le partage des biens. « Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun  ». La communion, qui définit la nouvelle relation entre les disciples du Ressuscité, «  consiste précisément dans le fait que les croyants ont tout en commun et que la différence entre riches et pauvres n’existe plus. A l’intérieur de la communauté des croyants il ne doit pas exister une forme de pauvreté telle que soit refusés à certains les biens nécessaires à une vie digne » (Benoit XVI, Deus caritas est. 20). Immense est la tâche qui nous est ici confiée. L’idéal qui jaillit du témoignage des apôtres ne va pas de soi. Mettons-nous à l’œuvre, afin de commencer à chanter, comme le fit Thérèse, ce que nous redirons éternellement : les miséricordes du Seigneur.

fr. Philippe de Jésus - (Couvent de Lisieux)