Homélie 3° dim. TO : Où rencontrer Jésus ?

Textes liturgiques (année A) : Is 8, 23b ; Ps 26 (27) ; 1 Co 1, 10-13 ; Mt 4, 12-17

Pourquoi ? Oui, pourquoi l’évangéliste Matthieu a-t-il précisé que la ville de Capharnaüm où Jésus vint habiter se trouve « au bord de la mer de Galilée, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. » Les personnes auxquelles il s’adresse le savent très bien et l’évangile n’est pas un guide touristique. Il dit que c’était pour que le lecteur voit accomplie la parole du prophète Isaïe qu’il cite et que nous avons entendue dans la première lecture. Mais pourquoi ce recours à Isaïe ? Dans le récit des premiers évènements du ministère de Jésus, Matthieu a suivi l’évangile selon st Marc qui le précède, ici il s’en distingue nettement. Le texte du prophète est très important à ses yeux. En quoi ce texte énigmatique peut-il intéresser les personnes auxquelles Matthieu s’adresse ? En quoi peut-il aussi nous concerner ?

Avec Isaïe, nous sommes au 8e siècle avant Jésus Christ. De Jérusalem le prophète il délivre une parole pour « le pays de Zabulon et de Nephtali », c’est-à-dire à une partie de la Galilée. La région vient d’être annexée à l’empire assyrien et selon la politique du conquérant les tribus qui y habitaient ont été en partie déplacées pour faire venir d’autres populations, étrangères à la foi au Dieu de l’Alliance. Le pays est devenu la « Galilée des nations » aux multiples religions. Aux yeux d’Isaïe, le peuple de Dieu « marche dans les ténèbres, ses habitants demeurent au pays de l’ombre », et ces ténèbres ne sont pas seulement celles de l’oppression de la puissance étrangères et qu’elle introduit ; plus lourdes encore, ce sont les ténèbres intérieures qui pèsent sur le cœur des habitants. Car malgré l’intervention des prophètes Amos et Osée, depuis longtemps et à la suite de leurs rois, ils ont été infidèles à l’Alliance, en pratiquant les cultes païens et en oubliant les exigences de la justice prescrite par la Loi. Leur cœur du peuple de Dieu s’est enténébré.

C’est à eux que le prophète fait une annonce incroyable : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière et sur les habitants du pays de l’ombre une lumière a resplendi… ». Le prophète était tellement sûr de ce qu’il disait au nom de Dieu qu’il annonçait comme déjà réalisé ce qui devait advenir. Non pas « le peuple verra », mais déjà « le peuple a vu ». En fait l’annonce ne portait pas sur un événement historique précis, la fin de l’occupation étrangère, car celle-ci a duré durant des siècles, durant les occupations assyrienne, babylonienne, perse, grecque, romaine. Elle visait les ténèbres intérieures. Mais quelle pouvait être la lumière qui visiterait ces ténèbres ? Que pouvait comprendre Isaïe de la vérité dont l’Esprit du Seigneur lui donnait l’intuition ? Peu sans doute, comme il en a été avec les autres grands prophètes, car ce n’était pas nécessaire.

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Aux yeux de l’évangéliste Matthieu qui s’adresse à ses contemporains, vers les années 70 quelques dizaines d’année après la mort de Jésus, la prophétie est capitale. La lumière annoncée, c’est quelqu’un, ce Jésus qui a quitté Nazareth, où il avait vécu jusque-là, pour annoncer la venue du royaume de Dieu, « il vint habiter à Capharnaüm, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali », dans la « Galilée des nations ». Il n’a pas choisi pas d’aller en Judée, à Jérusalem là où la foi était plus pure et où l’on méprisait la Galilée considérée comme terre païenne. Il s’est fait proche de ce qui était est le plus éloigné de Dieu en Israël.

En lui s’accomplit bien la prophétie. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ». Cette lumière est la présence de Dieu au milieu des hommes sous une forme inimaginable : Dieu lui-même s’est fait homme en Jésus de Nazareth. La lumière est la vie d’un homme qui marche et qui appelle : « convertissez-vous car le royaume des cieux est tout proche ». Le royaume de Dieu, royaume de lumière, de paix, d’amour, est tout proche parce qu’il est présent en Jésus. Encore faut-il l’accueillir et pour cela se convertir, d’une conversion qui consiste d’abord à oser croire à sa parole et à devenir son disciple en écoutant et en mettant en pratique son enseignement tel que Mattieu va le rapporter dans le sermon sur la montagne.

Avant cela il a tenu à citer le texte d’Isaïe Il a même modifié le texte originel pour en accentuer le sens. La lumière qui dans le texte d’Isaïe a resplendi « sur les habitants du pays de l’ombre », devient chez lui « lumière sur ceux qui habitent dans le pays et l’ombre de la mort ». En Jésus, une lumière se lève pour les situations humaines les plus obscures, pour les zones humaines les plus éloignées de la vraie vie avec Dieu, là où il n’y a plus lieu d’espérer et où semble déjà régner la mort. La suite de l’évangile donnera à comprendre que cette lumière au pays de la mort se donne à rencontrer en Jésus, crucifié et ressuscité.

Où rencontrer Jésus ? Aujourd’hui il s’approche de nous dans les Ecritures quand nous les écoutons avec foi, dans les sacrements, dans les petits de ses frères que nous aurons aimés et servis comme Mattieu le signifie au chapitre 24 de son évangile, dans la scène du jugement dernier et aussi dans ses témoins, petits ou grands, qui rayonnent sa présence. Mais la reconnaissance de sa présence requiert toujours l’engagement de la foi. Quel que soit le jugement que nous pouvons porter sur nous-mêmes, quelles que soient les ténèbres qui peuvent assaillirent notre cœur, nous sommes appelés à oser croire à la parole de Jésus, qui le manifeste avec ses actes comme notre frère et notre Seigneur. Elle demande aussi du temps pour que se développe une relation vivante. Temps pour la prière, la lecture de la Parole de Dieu, la célébration des sacrements, et pour l’attention aux petits.

« Le Seigneur est ma lumière et mon salut », cette phrase du psaume 26 est à inscrire dans notre cœur et à y chanter. Elle chantera notre expérience.

fr. Dominique Sterckx - (Couvent de Paris)