Homélie 4e dimanche de Pâques : 3 obstacles à toute vocation

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques 4e dimanche de Pâques : Ac 2, 14a.36-41 ; Ps 22 (23) ; 1 P 2, 20b-25 ; Jn 10, 1-10

« Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. » Le Seigneur Jésus nous appelle à la vie. Mieux il est venu nous donner sa vie. Oui, mais nous n’en voulons pas toujours. Si nos parcours vocationnels sont parfois si sinueux, ce n’est pas que Dieu se plaît à nous faire passer par des chemins détournés ; mais c’est plutôt notre propre cœur qui est si tortueux que le Seigneur doit s’y adapter en permanence. Dieu appelle hier comme aujourd’hui mais nous nous enfermons dans nos surdités  ; nous faisons obstacle à son appel. Les textes liturgiques d’aujourd’hui nous aident à dévoiler trois obstacles en nous et entre nous qui empêchent ou ralentissent l’appel de Dieu dans nos vies. Ils concernent la liberté, la place du Christ et notre écoute.

obstacle vocation

Le premier obstacle à l’appel de Dieu est notre peur que le Seigneur ne respecte pas notre liberté, cette idée qu’Il pourrait faire effraction dans notre vie et décider de notre avenir sans nous et notre consentement. Or Jésus est clair : « Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. » La différence entre le Christ et les voleurs et autres marchands d’illusions est que lui ne force pas le passage. « Je me tiens à la porte et je frappe » dit l’Agneau dans l’Apocalypse, lui qui attend patiemment qu’on lui ouvre la porte de notre cœur. Et celui qui a fait ce choix de le laisser entrer dans sa bergerie intérieure a expérimenté combien le Seigneur l’a fait sortir de lui-même pour le guider vers de verts pâturages, vers des paysages inconnus et bien plus beaux que ce qu’il pouvait imaginer.

Dieu n’est donc pas un danger pour notre liberté personnelle ; au contraire, dans le Christ, il vient libérer notre liberté, souvent étriquée, pour la conduire vers le vrai bonheur, vers une manière de vivre bien plus riche que notre imagination, si souvent conditionnée par les stéréotypes de notre temps. Le Christ Jésus ne nous propose pas une petite vie bien rangée et maîtrisée ; il veut nous donner la vie en abondance ; une vie qui jaillit et déborde ; une vie qui fait éclater tout ce qui en nous est étroit et mesquin. Mais, encore une fois, Jésus reste sur le seuil de la porte de notre cœur : il attend que nous lui donnions le droit d’entrer. Rassurons-nous … ou plutôt réveillons-nous : il ne changera pas nos vies sans nous !

Le deuxième obstacle à la réalisation de notre vocation nous est donné par une autre image de l’évangile. Jésus ne parle plus de lui-même avec l’image du pasteur mais avec le symbole de la porte : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé. » Jésus est le point de passage obligé pour aller vers Dieu. Il est « le chemin, la vérité et la vie. » (Jn 14,6) Il n’y a pas d’autre accès au Dieu véritable que par son Fils en qui il nous a tout donné. Ceci a des conséquences qui ne concernent pas que ‘la religion’, comme si on pouvait isoler Dieu dans un coin de notre vie : il y aurait notre vie privée, notre vie professionnelle, nos engagements associatifs et notre pratique religieuse. Non, nous dit Jésus : c’est toute notre vie qui doit passer par le filtre de l’Evangile. Une vie privée qui n’est pas évangélisée, un travail qui n’est pas bousculé par le ferment évangélique, des engagements non ouverts à la lumière du Christ, tout cela ne peut pas nous mener sur le chemin d’un vrai bonheur, unifiant et durable. Notre vie, déjà consacrée par le baptême, ne s’accomplit qu’en Dieu, sa source et son but : et la porte par laquelle notre existence doit passer est bien celle qu’est Jésus.

C’est d’ailleurs le sens de toute pratique jubilaire qui nous fait passer par la porte sainte. Cette centralité du Christ est vraie pour tout baptisé, quel que soit son état de vie. Parfois, dans certaines familles, on fait tout pour que les enfants ne songent pas à une vocation consacrée ; c’est une grave responsabilité que d’agir ainsi et de croire qu’un chemin vécu dans le célibat pour Dieu n’est pas un chemin de bonheur. Mais surtout, cette attitude va souvent de pair avec une conception minimaliste et mondaine du mariage : il s’agit de vivre comme les autres. Or le mariage chrétien est un vrai engagement devant Dieu, un chemin exigeant fondé dans l’amour du Christ. L’amour humain ne s’accomplit que dans celui de Jésus. Quel que soit notre chemin de vie, cessons donc de croire que nous pourrons le réaliser pleinement sans passer par la porte du Christ. Ou alors nous irons de désillusion en désillusion !

Le troisième et dernier obstacle est notre surdité intérieure. Nous ne nous donnons pas assez les moyens d’apprendre à reconnaître en nous la voix du bon berger, de celui qui appelle chacun de nous par son nom. Notre intériorité est souvent emplie de voix, de pensées, de bruits multiples de sorte qu’il y règne une grande cacophonie. Mais comment pouvons-nous mener notre vie de manière libre et responsable si nous ne sommes pas maîtres de notre cœur ? Comme y invite fortement le Pape François dans beaucoup de domaines, nous devons nous exercer à l’art du discernement. C’est tout un chemin pour apprendre à écouter ce qui se passe en nous, du plus sensible au plus profond, afin de repérer ce qui nous porte à la vie et ce qui nous conduit dans des impasses. Nous ne pouvons pas faire l’économie de cet apprentissage si nous voulons vraiment répondre à l’appel de Dieu, si nous souhaitons mener une vie qui soit digne de notre vocation d’enfants de Dieu.

En ce dimanche de prière pour les vocations, demandons donc au Bon Berger de venir éclairer ce qui en nous fait obstacle à son appel aujourd’hui : décidons de l’accueillir librement pour qu’il nous mène très loin dans son Royaume ; choisissons de faire passer toute notre vie par la porte de l’Évangile, sans rien laisser de côté afin que toute notre vie soit transformée ; enfin, ouvrons l’oreille du cœur pour ordonner notre bergerie intérieure et repérer la voix du Maître. Ce n’est que par cette conversion personnelle et collective que Dieu pourra appeler librement dans toutes les vocations et que son Règne pourra enfin se réaliser. Ne mettons pas en échec le désir de Dieu.

fr. Jean-Alexandre de l’Agneau - (Couvent d’Avon)