Homélie 5e Dimanche de Pâques : croire et vivre de notre foi

donnée au Carmel de Lisieux

Textes liturgiques 5e dimanche de Pâques : Ac 6, 1-7 ; Ps 32 ; 1 P 2,4-9 ; Jn 14,1-12.

Frères et sœurs,

Ce matin, je voudrais avec vous reprendre rapidement les quatre lectures que nous venons d’entendre. Je dis bien quatre, car entre ce que nous appelons la « première » lecture et la « seconde » lecture, il y a la proclamation du Psaume. Or les Psaumes font partie de la Parole de Dieu. Quand Jésus ressuscité ouvre le cœur des disciples d’Emmaüs à la Parole de Dieu, il évoque : la Loi (la Torah), les Prophètes et les Psaumes (Cf. Lc 24,44).

Reprenons donc successivement chacune des lectures et laissons-les nous interroger sur notre manière de vivre aujourd’hui notre foi, notre relation à Jésus et à Dieu.

Les Actes des Apôtres évoquent la mise en place de divers ministères au sein de la première communauté chrétienne. Les Apôtres vont s’adjoindre des « serviteurs », des diacres pour le service des plus démunis de la communauté. Ainsi se manifeste la fécondité de la parole. Au sein de l’Église, quelle est la part de service que j’accomplis ? Comment puis-je mieux participer à la vie de la communauté chrétienne, à son rayonnement ?

Le Psaume 32, nous invite à l’action de grâce et à l’espérance. Dans notre prière personnelle, familiale, communautaire quelle place faisons-nous à l’action de grâce ? Nous savons demander, intercéder auprès du Seigneur, mais savons-nous le remercier ? Savons-nous nous émerveiller de son œuvre créatrice, de l’Alliance qu’il nous propose et de son salut offert à tous ?

Dans la Première lettre de saint Pierre, nous sommes invités à être des «  Pierres vivantes de la demeure spirituelle » (1 P 2,5), pierres vivantes posées sur la pierre angulaire qu’est le Christ. Puis saint Pierre nous rappelle que nous sommes « une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut… » (1 P 2,9). Tout cela advient gratuitement, sans aucun mérite de notre part. Mais si nous sommes choisis c’est pour accomplir une mission, c’est pour témoigner. Saint Pierre nous le redit : c’est « pour que vous annonciez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1 P 2,9). Sommes-nous conscients, frères et sœurs, que Dieu nous a appelés, nous a choisis ? Sommes-nous conscients que ce choix est en fait une responsabilité, une mission qu’il nous confie ? Comment dans le concret de nos vies répondons-nous à cet appel du Seigneur ? Comment remplissons-nous la mission qu’il nous confie ?

Pour l’évangile de ce jour, il nous faut d’abord le remettre dans son contexte. Ce « discours » de Jésus suit le lavement des pieds des disciples et précède de peu la Passion du Seigneur. Dans ces circonstances graves, il encourage ses disciples : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi  » (Jn 14,1).

Aujourd’hui encore, parfois, devant des situations personnelles ou familiales, devant les conjonctures françaises, européennes ou mondiales, notre cœur est bouleversé. Et Jésus nous invite à être des hommes et des femmes de foi : « Croire ». Croire en Dieu, croire en Jésus et c’est fondés, enracinés dans la foi que nous pourrons traverser les bouleversements de nos vies et du monde. Savons-nous, frères et sœurs, nourrir notre foi, par des temps de lectures, par des temps de prières, par une vie sacramentelle ? Oui pour une part, puisque nous sommes réunis ici autour de l’autel. Et en même temps, il nous faut sans doute encore progresser dans l’approfondissement de notre foi, de notre relation au Seigneur.

Disciples de Jésus, nous sommes invités à vivre au niveau théologal de Foi, d’Espérance et de Charité au cœur de notre monde ; inviter à poser un regard de foi sur ce monde et à y œuvrer comme disciples de Jésus. Jésus qui affirme à Philippe : « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie ; personne ne va au Père sans passer par moi » (Jn 14,6). Jésus ouvre pour nous de nouvelles perspectives. C’est lui et lui seul qui peut nous conduire, nous mener au Père. Il est non seulement l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, comme l’indique le cierge pascal, mais tout l’itinéraire se vit avec lui, en lui et par lui.

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Il est la Vérité et nous oblige à faire la vérité sur nos vies. Jésus ne nous enferme jamais dans nos erreurs, dans nos péchés, dans nos actes mauvais, mais il nous demande de les reconnaître avec humilité et de les lui donner avec confiance pour qu’il puisse dans ces lieux de mort, nous donner la vie en abondance.

Et cette Vie qu’il veut nous donner en abondance, c’est la vie qu’il reçoit lui-même du Père. Il veut nous voir devenir à notre tour fils et filles bien-aimés du Père. Jésus ne nous attire pas à lui, mais il veut nous entraîner dans le mouvement profond qui est le sien et qui conduit, qui ramène au Père. Jésus évoque alors l’intimité qu’il vit avec son Père : « Je suis dans le Père et le Père est en moi » (Jn 14,11).

Nous entrons dans la profondeur du mystère et nous sommes sans voix devant les perspectives qui s’ouvrent à nous. Mais, frères et sœurs, cette réalité vécue par Jésus, Fils de Dieu, est devenue nôtre par la grâce de notre baptême.

La Trinité Sainte a fait sa demeure au plus intime de notre être à ce moment-là. Et chaque Eucharistie, chaque célébration de la miséricorde divine vient vivifier en nous cette vie trinitaire. Si bien que nous pouvons dire d’une certaine manière que Dieu est en nous et que nous sommes en Lui. En contemplant le Christ Jésus, nous contemplons ce que le Père veut que nous devenions.

Que cette Eucharistie nous donne force et courage, Qu’elle nous enracine dans la Foi, l’Espérance et l’Amour Pour qu’au cœur de ce monde, nous suivions le Christ Jésus, Chemin, Vérité et Vie et que nous le laissions nous conduire au Père.

Pour cela offrons-nous par lui, avec lui et en lui.

Amen.

fr. Didier-Marie de la Trinité - (Couvent de Lisieux)