Homélie de l’Épihanie : Voir l’Enfant-Dieu, avec les yeux de la foi !

donnée au couvent de Paris

Textes liturgiques (année A) : Is 60, 1-6 ; Ps 71 (72) ; Ep 3, 2-3 ; Mt 2, 1-12

Je me rappelle avoir vu à la télévision, il y a bien longtemps, peut-être 40 ans, un téléfilm, une fiction, retraçant l’histoire d’un mage d’Orient parti avec les autres à la suite de l’étoile qui les guidait vers le roi des juifs. Mais ce mage prit un autre chemin que les autres, et il vécut beaucoup d’aventures, et au terme d’un long détour, il arriva enfin à destination, à Jérusalem, pour voir Jésus mourir sur la Croix !Un scénario surprenant qui permettait de faire le lien entre Noël et Pâques, et d’aider à concevoir l’ensemble du mystère de l’Incarnation.

Les bergers de Bethléem, des juifs, sont les premiers adorateurs de Jésus, la nuit de Noël. Avec eux, nous sommes dans l’émerveillement et la joie de l’évènement inouï, mais nous ne pouvons pas nous identifier à eux. Les mages viennent à leur tour adorer l’Enfant-Dieu. Leur expérience a une autre portée, universelle, car elle ouvre la perspective. L’Épiphanie, la fête de l’apparition, de la manifestation du Sauveur aux yeux du monde, c’est-à-dire des nations, nous rejoint directement.Cette fête est la nôtre car nous sommes le peuple de la Nouvelle Alliance, comme le dit St Paul dans la deuxième lecture :« … toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. »

Dans cette fête, que nous célébrons aujourd’hui, nous sommes avec les mages, nous venons adorer l’Enfant-Dieu, et nous pouvons faire nôtre la prophétie d’Isaïe sur Jérusalem, dans la première lecture : « …tu seras radieuse et ton cœur frémira et se dilatera. »

Il dit aussi :« Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. »

Rappelons, cela est bien connu, que si le texte d’Isaïe parle de rois, ce n’est pas le cas de l’Évangile. Le roi, c’est l’Enfant que nous adorons dans la crèche.

  • Quelle ouverture représente cette fête ! En avons-nous conscience ?

Le monde dans lequel nous vivons est paradoxal, à la fois très ouvert par la liberté de circulation des hommes, des idées et des biens et en même temps un monde qui se fractionne, se « tribalise », des murs visibles et invisibles se construisent entre certaines communautés et nous voyons se dessiner de nouveaux empires aux rivalités menaçantes…

Le message de l’Épiphanie aide à l’ouverture, à la confiance, au dynamisme indispensable pour porter remèdes aux nombreux maux de notre époque. Isaïe a des mots extraordinaires : « Debout Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. » ; Isaïe, comme l’Evangile insiste sur la lumière et la capacité de voir : « Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. »

Les bergers et les mages ont donc vu, de leurs yeux, l’Enfant-Dieu et l’ont adoré.

  • Et nous, que nous est-il donné de voir ?

L’Évangile nous donne de voir et de méditer l’histoire de Dieu avec les hommes, l’histoire du Salut, l’histoire d’une relation dont nous sommes témoins et acteurs. Témoins d’abord quand nous écoutons la lecture de l’Évangile, acteurs ensuite quand nous entrons dans le texte pour accueillir son sens profond, l’amour de Dieu pour l’humanité, l’amour de Dieu en parole et en acte ! Telle est notre foi.

  • Oui, nous aussi nous pouvons voir l’Enfant-Dieu, avec les yeux de la foi !

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Le reconnaître comme celui qui nous donne accès au Père parce qu’il est le Fils, c’est comme lui offrir l’encens des mages pour honorer sa divinité !

De l’Enfant-Dieu dans une humble crèche à l’homme, encore jeune, mis en Croix, il nous est donné de voir Dieu incarné dans notre humanité, un Dieu étonnant, déconcertant qui suscite en nous l’action de grâce, par sa miséricorde qui permet nos retours à la vie après la traversée des épreuves. Voir et adorer Dieu, cela suppose donc de venir, de consentir à prendre la route de la foi, à prendre conscience et à accepter qu’une relation vraie avec ce Dieu, nous oblige à nous déplacer, à apprendre l’humilité, à s’engager dans une transformation, une conversion au Dieu Vivant.

La myrrhe offerte par les mages, était destinée aux soins mortuaires, et cela nous renvoie au mystère pascal, à la mort du Christ en Croix ! Jésus Christ est passé par la mort et en a triomphé par la Résurrection, car la Croix n’est pas la fin de l’histoire. Adorer Dieu, c’est entrer dans un chemin de vie, d’écoute de la Parole de Dieu, c’est dire non à l’esprit obscur, jaloux, menteur et assassin d’un Hérode, tentations qui peuvent nous traverser, plus ou moins, à un moment ou l’autre…

« …tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. »}

L’adoration se manifeste par ce simple et humble geste de prosternation. Finalement, à l’Enfant-Dieu, au Crucifié, au Ressuscité, au Vivant éternel, nous pouvons nous offrir nous-mêmes, lui donner notre confiance, notre foi, notre vie, ce sera comme l’or des mages destiné à reconnaître la royauté de l’Enfant !

Alors, nous aussi, par ce don total, nous éprouverons une très grande joie !

fr. Robert - (Couvent de Paris)