Homélie dim.17e TO : Un cœur qui écoute

donnée au couvent de Paris

Textes liturgiques (année A) : 1 R 3, 5.7-12 ; Ps 118 (119) ; Rm 8, 28-30 ; Mt 13, 44-52

« Cette demande plut au Seigneur » : le récit de notre première lecture nous rapporte une prière faite par le roi Salomon, prière dont il nous est dit qu’elle est agréable à Dieu, et que, en conséquence, le Seigneur se plaît à l’exaucer. Penchons-nous un peu sur cette prière, afin d’en être éclairés pour notre propre relation au Seigneur, pour notre propre prière.

Il y a ce que la prière de Salomon n’est pas : il n’a pas demandé au Seigneur une longue vie, ni la richesse, ni la victoire sur ses ennemis. Autrement dit, sa prière ne se situe pas essentiellement au niveau matériel, et, plus important encore, sa prière ne porte pas sur sa propre petite recherche de bonheur : vivre longtemps, être riche, avoir la tranquillité et la sécurité. Sa prière, la voici : « Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ». Littéralement, lorsqu’il demande la grâce d’un cœur attentif, Salomon demande à Dieu de lui donner « un cœur qui écoute ». C’est, à double titre, une grâce relationnelle que Salomon demande ; il demande la grâce d’être en relation juste avec autrui. D’abord, il demande à être en relation intime avec Dieu : un cœur qui écoute, c’est un cœur qui se laisse façonner par la Parole de Dieu, dans laquelle se trouve la source de la sagesse. Dans la longue litanie du Psaume 118, le psalmiste chante avec jubilation ce bonheur d’être à l’écoute de la loi de Dieu, de laisser la Parole de Dieu modeler sa vie. Ensuite, la grâce que demande Salomon est orientée vers le service du peuple dont il a la charge : « Sans cela, comment gouverner ton peuple, qui est si important ? » En somme, cette prière de Salomon est parfaitement décentrée : au lieu de demander à Dieu des bienfaits pour lui et lui seul, Salomon demande la grâce d’un cœur qui écoute, la grâce d’être ajusté à la Parole de Dieu pour pouvoir servir avec justice le peuple de Dieu. Salomon ne considère pas Dieu comme le génie d’une lampe magique, qui va exaucer tous ses désirs. Il connaît le Seigneur comme le Dieu de l’Alliance, et il lui demande la grâce de grandir dans l’Alliance avec lui et avec ses frères et sœurs dont il a la charge.

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Demander la grâce d’un cœur qui écoute, cela nous prépare à entendre les paraboles de Jésus : ces petits récits bien frappés, qui nous parlent du Royaume de Dieu de façon mystérieuse, mais pas ésotérique ni hermétique. «  Le Royaume des Cieux est comme » : c’est un monde qui s’ouvre avec cette Parole en forme de parabole. Il ne faut pas chercher à s’en faire le propriétaire, ni à la décortiquer. Il faut commencer par l’écouter véritablement, par entendre ce qu’elle suscite dans notre cœur : surprise, joie, émerveillement… Le désir du Royaume mérite que l’on vende tous ses biens, que nous lâchions toutes nos certitudes (humaines, morales, intellectuelles, spirituelles) pour mettre au premier plan de notre vie la relation avec le Seigneur. Le désir de la perle du Royaume n’annule pas nos autres bons désirs, mais il les assume et les accomplit : c’est la perle des perles qui mérite que l’on relativise tout autre désir par rapport à ce désir-là. Finalement, demander la grâce d’un cœur qui écoute, c’est demander la grâce d’un cœur qui ressemble à celui de Jésus, un Cœur entièrement tourné vers le Père et totalement dévoué aux autres  : « Être configuré à l’image de son Fils, pour que ce Fils soit le premier-né d’une multitude de frères », comme l’a exprimé saint Paul dans notre deuxième lecture.

Au cours de cet été, frères et sœurs, demandons au Seigneur de nous faire, à nous aussi, la grâce d’un cœur qui écoute. Pour nous y disposer, il nous faut commencer par nous taire : impossible d’écouter Dieu et les autres quand on ne fait que parler (parler extérieurement ou cogiter intérieurement), quand bien même l’on dirait ou l’on penserait des choses très intelligentes et très spirituelles. Se taire pour écouter la Parole de Dieu, méditée dans les Écritures, non pas lue superficiellement, mais écoutée véritablement, pas à pas, humblement, en demandant la grâce de grandir dans l’intimité avec Jésus et d’entendre ce qui, dans notre vie, doit être ajusté pour plus de charité, pour plus d’amour de Dieu et du prochain. Se taire pour découvrir la présence de Dieu, dans la Création, dans les autres, dans notre propre vie : « Donne à ton serviteur, Seigneur, un cœur qui écoute  ».

fr. Anthony-Joseph de Sainte Thérèse de Jésus - (Couvent de Paris)