Homélie dim.18e TO : Transfiguration du Seigneur

donnée au Couvent d’Avon

Textes liturgiques (année A) :Dn 7, 9-10.13-14 ; Ps 96 ;(2 P 1, 16-19 ; Mt 17, 1-9

« II fut transfiguré devant eux » : Notre baptême nous entraîne dans un mouvement de Transfiguration. Les évangiles situent la Transfiguration presque aussitôt après la confession de Simon-Pierre à Césarée de Philippe (au pied du Mont Hermon, près des sources du Jourdain). Le premier des Apôtres, au nom des Douze, avait affirmé sa foi en Jésus Messie et Fils de Dieu. Certes, il y avait eu, entre temps, l’annonce de la passion, le reproche de Simon-Pierre et la dure réponse du Seigneur (point qui pouvait faire l’objet d’un commentaire insistant lors du 2e dim. Carême). Mais enfin, on peut dire que sur le fond, Pierre avait vu, intellectuellement, son Maître transfiguré (et entrevu / pressenti son origine divine). Il croyait donc, déjà, ce que celui-ci lui fait voir à présent sur le Tabor : sa Gloire. Pourquoi alors cette scène qui, d’une certaine façon, s’opposait à l’acte de foi pur ? Souvenons-nous, entre autre, de la parole que Jésus dira à Thomas, l’incrédule : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! ».

C’est aussi pour nous que cette scène a eu lieu. Nous avons besoin, comme il en fut des Apôtres, d’alimenter (de nourrir) notre foi. Et de ce point de vue, la Transfiguration du Tabor peut nous donner un enseignement très actuel ; je m’explique : aujourd’hui, avec les médias, nous comprenons mieux que par le passé, l’impact de l’image. Une connaissance purement cérébrale du mystère du salut (et il faut s’instruire) doit être complétée par celle qu’apporte les sens, la vue et l’ouïe, en particulier (puisque ici, même la Voix du Père se fait entendre). Nous concernant, nous n’avons pas eu le privilège d’être sur le Tabor, ce jour-là. Mais pensons-nous assez à l’importance de cette scène (cette icône à contempler) placée devant nos yeux, pour augmenter notre peu de foi, et pour progresser vers notre propre transfiguration, que celle de Jésus annonce en révélant sa gloire ?

Car en effet, nous sommes destinés à cette transfiguration. Ce que nous appelons la conversion du cœur (le temps du Carême, le sacrement de la réconciliation aident à cela) ce n’est rien d’autre qu’une transformation progressive de notre être pécheur, afin d’atteindre la « pleine stature de notre baptême », afin de devenir peu à peu semblable au Fils, devenu l’Aîné d’une multitude de frères et de sœurs (et d’une certaine manière, « Chef de cordée », « Tête de pont », entraînant dans son sillage cette foule immense de disciples à venir, l’Eglise). Car, se convertir, ce n’est point se renier, se déformer, « se défigurer » ou « tordre » sa personnalité (puisque Dieu nous a créés tels que nous sommes). Bien au contraire, la conversion opère une transformation de notre être défiguré par le péché… afin que peu à peu nous soyons transfigurés. « Défiguré » / « transfiguré » : « la défiguration » de notre être appelle donc sa « transfiguration ».

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« Il fut transfiguré » : appelé à faire une expérience mystique, spirituelle, comme les Apôtres. A la Transfiguration, les Apôtres Pierre, Jacques et Jean, ont fait une expérience mystique. De nos jours, où il n’est pas rare que des personnes, même incroyantes, rapportent d’étranges expériences spirituelles dont elles ont été sujettes ; et certains pourraient ne voir dans cette scène décrite par l’évangéliste qu’un phénomène de ce genre. Il est évident qu’il s’agit de tout autre chose, c’est le contexte (qui nous renvoie d’ailleurs à l’histoire biblique) qui le dit. La Transfiguration du Seigneur, en effet, s’inscrit dans une longue histoire qui a commencé avec l’appel adressé à Abraham, s’est poursuivie durant des siècles, au cours desquels Dieu a formé son peuple : et les deux grandes figures de l’Ancien Testament, Moïse et Elie, sont là, justement, sur le Tabor, pour en témoigner.

Dans la Nouvelle Alliance, la Transfiguration du Seigneur prend en quelque sorte le relais de la nuée lumineuse qui guidait le peuple élu dans le désert. Elle a éclairé les Apôtres, leur permettant de surmonter le « scandale » de la croix (la difficulté à croire en un Messie crucifié ! et non à un messie triomphant, politique). Pierre vivait encore de cette vision lorsqu’il écrivait le texte que nous avons dans la première lecture : non comme un beau souvenir sans plus, mais comme une réalité toujours actuelle car elle transcende le temps et l’espace (1) (et devient objet de méditation et de contemplation pour nous aujourd’hui). L’acte de foi (le nôtre) nous fait monter, nous aussi, sur le Tabor. Comme les Apôtres cependant il nous faut redescendre dans la plaine. Mais c’est également la foi qui nous dit que le Seigneur transfiguré y redescend avec nous (2). Sa présence à nos côtés est active, permanente (cf. « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ») : il œuvre à notre transfiguration. Y croyons-nous assez ? Jésus a besoin de cet acte de foi pour nous transformer, nous conformer (3) à sa vie de ressuscité. Oui, Seigneur Jésus, en ce jour de ta Transfiguration, accorde-nous cette grâce d’augmenter notre foi ; et transforme-nous, « transfigure-nous ». AMEN.

(1) … et arrive jusqu’à nous. Concrètement, la Transfiguration du Seigneur c’est l’annonce de la nôtre (nous offrant en quelque sorte de la pressentir), c’est l’appel à s’aventurer sur les pas du Christ, non pour nous déformer ou nous défigurer, mais pour nous laisser transformer et transfigurer par l’Esprit Saint, qu’il nous a précisément envoyé d’auprès du Père dans ce but. (2) … pour nous aider à réaliser cette transfiguration de nos vies. (3) … nous conformer, nous transformer : à terme, de transformation en transformation, nous allons ressembler à celui qui est « l’Aîné d’une multitude de frères ». Nous serons pleinement transfigurés, ayant atteint « la pleine stature du Christ » (Ephésiens 4, 13), toute l’amplitude que doit prendre notre baptême ; autre façon de définir ou présenter la sainteté.

fr. Gérard-Marie - (Couvent d’Avon)