Je souffre beaucoup, mais est-ce-que je souffre bien ?

La paix que donne Jésus, signe de la joie pascale, est inséparable de la coupe que Jésus dut accepter de boire. Et ce mystère de souffrance et de joie, de mort et de résurrection, Jésus y convie tous ceux qui se font proches de Lui comme Thérèse.

« Je me trouve à une époque de mon existence où je puis jeter un regard sur le passé ; mon âme s’est mûrie dans le creuset des épreuves extérieures et intérieures ; maintenant comme la fleur fortifiée par l’orage je relève la tête et je vois qu’en moi se réalisent les paroles du psaume XXII. (Le Seigneur est mon Pasteur, je ne manquerai de rien. Il me fait reposer dans des pâturages agréables et fertiles. Il me conduit doucement le long des eaux. Il conduit mon âme sans la fatiguer… Mais lors même que je descendrai dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne craindrai aucun mal, parce que vous serez avec moi, Seigneur !…) » (Ms A, 3r)

Thérèse a été marquée par la souffrance. Elle a su comprendre que Jésus l’attendait là, dans des situations bien concrètes, et qu’il lui demandait d’accueillir le réel où était cachée sa volonté.

« Ne croyons pas pouvoir aimer sans souffrir ; sans souffrir beaucoup… notre pauvre nature est là ! et elle n’y est pas pour rien !… C’est notre richesse, notre gagne-pain !… Elle est si précieuse que Jésus est venu sur la terre exprès pour la posséder. Souffrons avec amertume, sans courage !… »Jésus a souffert avec tristesse ! Sans tristesse est-ce que l’âme souffrirait !…« Et nous voudrions souffrir généreusement, grandement !… Céline ! Quelle illusion !… Nous voudrions ne jamais tomber ?… Qu’importe, mon Jésus, si je tombe à chaque instant, je vois par là ma faiblesse et c’est pour moi un grand gain… Vous voyez par là ce que je puis faire et maintenant vous serez plus tenté de me porter en vos bras. » (LT 89)

« Voyons la vie sous son jour véritable… C’est un instant entre deux éternités… Souffrons en paix… J’avoue que ce mot de paix me semblait un peu fort, l’autre jour en y réfléchissant, j’ai trouvé le secret de souffrir en paix… Qui dit paix ne dit pas joie, ou du moins joie sentie… Pour souffrir en paix, il suffit de bien vouloir tout ce que Jésus veut… Pour être l’épouse de Jésus, il faut ressembler à Jésus, Jésus est tout sanglant. Il est couronné d’épines !… Mille ans sont à vos yeux, Seigneur, comme le jour d’hier qui est PASSE !… Etant sur les bords du fleuve de Babylone nous nous y sommes assis, et nous avons répandu des larmes en nous y souvenant de Sion… Nous avons suspendu nos harpes aux saules qui sont dans la campagne… Ceux qui nous ont emmenés captifs nous ont dit : » Chantez-nous un cantique agréable entre ceux de Sion « … Comment chanterions-nous les cantiques du Seigneur sur une terre étrangère ?… Non, ne chantons pas les cantiques du Ciel aux créatures… Mais comme Cécile, chantons dans notre cœur un cantique mélodieux à notre bien-aimé !… Le cantique de la souffrance unie à ses souffrances est ce qui ravit le plus son cœur !… Jésus brûle d’amour pour nous… Regarde sa Face adorable !… Regarde ces yeux éteints et baissés !… regarde ces plaies… Regarde Jésus dans sa Face… Là tu verras comme il nous aime. » (LT 87)

Quoi de plus difficile que le silence de Jésus lorsque la souffrance est là. Au sein de cette sécheresse, Thérèse comprend qu’elle doit sortir d’elle-même et s’ouvrir à un regard de foi.

Rien auprès de Jésus, sécheresse !… Sommeil !… Mais au moins c’est le silence !… le silence fait du bien à l’âme… Mais les créatures, oh ! les créatures !… La petite balle en tressaille !… Comprenez le jouet de Jésus !… Quand c’est le doux ami qui pique lui-même sa balle, la souffrance n’est que douceur, sa main est si douce !… Mais les créatures !… Celles qui m’entourent sont bien bonnes, mais il y a je ne sais quoi qui me repousse !… Je ne puis vous faire d’explication, comprenez votre petite âme. Je suis pourtant Bienheureuse, heureuse de souffrir ce que Jésus veut que je souffre, si il ne pique pas directement sa petite balle, c’est bien lui qui conduit la main qui la pique, Puisque Jésus veut dormir pourquoi l’en empêcherais-je ? je suis trop heureuse qu’il ne se gêne pas avec moi, il me montre que je ne suis pas une étrangère en me traitant ainsi car je vous assure qu’il ne fait pas de frais pour me tenir conversation !… Si vous saviez combien je veux être indifférente aux choses de la terre, que m’importe toutes les beautés créées, je serais malheureuse en les possédant, mon cœur serait si vide !… C’est incroyable comme mon cœur me paraît grand quand je considère tous les trésors de la terre, puisque je vois que tous réunis ne pourraient le contenter, mais quand je considère Jésus, comme il me paraît petit ! - Je voudrais tant l’aimer !… L’aimer plus qu’il n’a jamais été aimé !… « (LT 74) » Mon Fiancé ne me dit rien et moi je ne lui dis rien non plus sinon que je l’aime plus que moi, et je sens au fond de mon cœur que c’est vrai car je suis plus à Lui qu’à moi !… Je ne vois pas que nous avancions vers le terme de la montagne puisque notre voyage se fait sous terre, mais pourtant il me semble que nous en approchons sans savoir comment. La route que je suis n’est d’aucune consolation pour moi et pourtant elle m’apporte toutes les consolations puisque c’est Jésus qui l’a choisie. « (LT 110) » Mère chérie, vous le savez bien, le Bon Dieu a daigné faire passer mon âme par bien des genres d’épreuves ; j’ai beaucoup souffert depuis que je suis sur la terre, mais si dans mon enfance j’ai souffert avec tristesse, ce n’est plus ainsi que je souffre maintenant, c’est dans la joie et la paix, je suis véritablement heureuse de souffrir. " (Ms C, 4r)

Thérèse a passé le cap. C’est parce que Thérèse a suivi Jésus jusque là, sur cette route pascale, qu’elle a vu se transformer ses peines et ses souffrances en joie et qu’elle a pu dire aux derniers jours de sa vie :

« Je vois toujours le bon côté des choses. Il y en a qui prennent tout de manière à se faire le plus de peine. Pour moi, c’est le contraire. Si je n’ai que la pure souffrance, si le ciel est tellement noir que je ne voie aucune éclaircie, eh bien ! j’en fais ma joie… J’en fais… jabot comme des épreuves de papa qui me rendront plus glorieuse qu’une reine. » (DE 27 mai 6)

« Je ne souffre qu’un instant. C’est parce qu’on pense au passé et à l’avenir qu’on se décourage et qu’on désespère. » (DE 19 août 10)

« Ne croyez pas que lorsque je serai au Ciel je vous ferai tomber des alouettes rôties dans le bec… Ce n’est pas ce que j’ai eu ni ce que j’ai désiré avoir. Vous aurez peut-être de grandes épreuves, mais je vous enverrai des lumières qui vous les feront apprécier et aimer. Vous serez obligées de dire comme moi : Seigneur, vous nous comblez de joie par tout ce que vous faites. » (DE 13 juillet 16)

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