Profession de fr. Didier-Joseph de la Ste Famille

Frère Didier-Joseph de la Sainte Famille (Didier Caullery) s’est engagé pour toujours à la suite du Christ dans la Province de Paris des Carmes déchaux. La célébration a eu lieu 26 novembre 2011 en l’église Saint Pierre d’Avon. Une messe d’action de grâces sera célébrée en l’église Saint Géry de Valenciennes le 11 décembre.

Didier Joseph

Voici l’homélie de la profession solennelle ainsi que quelques photos :

Textes : Ex 3,1-6.9-12 ; 1Co 1,26-31 ; Ps 15 ; Jn 15,1-8

Cher Didier-Joseph, chers amis !

L’abbé Caullery était tout adonné au travail pastoral dans la ville de Valenciennes, quand le Seigneur lui apparut : « Didier, Didier ». Il dit : « Me voici ! ». Dieu dit alors : « Déchausse-toi et va, entre chez les carmes ! ». « Mais qui suis-je pour aller dans un tel Ordre, et que dira Monseigneur ? ». « De tout cela, je m’en occupe, toi, contente-toi de me croire : Je suis avec toi ! » Cela ne s’est certainement pas passé comme cela et le choix, par Didier-Joseph, de ce texte phare de l’Ecriture (même si l’épisode du « Buisson ardent » a une résonance particulière avec l’itinéraire qui l’a mené ici en ce jour) est plus qu’autobiographique. On choisit un texte de l’Ecriture, mais c’est toujours la Parole de Dieu qui nous choisit, en nous révélant le mystère infini de Dieu et en nous enjoignant d’y répondre. Je voudrais, à partir de ce texte, développer quatre points, quatre points cardinaux pour nous orienter dans cette célébration de la profession solennelle de notre frère Didier-Joseph de la Sainte Famille, quatre mots pour parler de Dieu : Dieu déroute ; Dieu appelle ; Dieu est fidèle ; Dieu donne, inlassablement.

1. Dieu déroute. Le déploiement d’un don.

« Nous ne savons, au sujet des voies de Dieu, qu’une seule chose : qu’elles sont déconcertantes. Il se peut que le moyen d’atteindre le plus vite au but soit un extraordinaire détour » [1]. Avec ce propos, nous touchons à un mot clef de l’épisode du Buisson ardent, le détour. Pourtant, mesurer pour aller au plus vite, au plus près et se lamenter sur les inefficacités, les détours de toutes sortes, voilà bien souvent notre manière de voir ! Or, ce sont souvent de tels détours qui nous font grandir et réaliser que Dieu est à l’œuvre dans nos vies, aussi étrange (de l’étrangeté d’un buisson qui brûle sans se consumer) que cela puisse paraître. Dieu nous déroute au sens strict du terme : ses mises en route sont souvent pour nous des changements de route ! C’est ainsi que, dans un premier temps, certains ont pu comprendre l’entrée de Didier-Joseph au Carmel, en terme de perte ou de déviation. Et pourtant lui, dans son cheminement par étapes, parle volontiers de déploiement progressif de ce qui était déjà donné en germe avant l’ordination presbytérale et qui a mûri à travers l’exercice du ministère (heureux apparemment vu les nombreuses personnes ici présentes), à l’école de Charles de Foucauld dans la fraternité « Jésus Caritas », à travers des épreuves (de santé, de famille et autres). L’expérience de la faiblesse, qui fait dire à saint Paul qu’« il n’a rien voulu connaître que Jésus-Christ, ce Messie crucifié », fait partie de ces détours ni recherchés, ni compris sur le champ, mais dont on découvre la fécondité, après coup. Détour et déploiement, tels sont deux aspects du travail de Dieu dans nos vies. Et sans doute faut-il, pour entrer dans la vie religieuse, la percevoir comme une rupture, c’est-à-dire au-delà de nos petits projets personnels mais plus encore faut-il la trouver en cohérence avec nos aspirations profondes. Acceptation d’une rupture et perception d’une continuité, il y a là un chemin de maturation que consacre une profession solennelle.

2. Dieu appelle. L’épiphanie d’un oui.

Deuxièmement, le récit du Buisson est un récit d’appel où, à la fois, Dieu se révèle et donne à Moïse de découvrir son identité. Ainsi en va-t-il de l’appel à la vie religieuse auquel, Didier-Joseph, tu réponds pleinement aujourd’hui. Le discours sur la Vigne consonne fortement avec l’expérience de la vie au Carmel. A la suite de Thérèse d’Avila, elle se propose de demeurer dans le Seigneur, dans sa Parole, tout spécialement par l’expérience de l’oraison silencieuse et de la lectio divina. Il y a, là encore, ce qui peut apparaître comme un détour, apparemment inutile, mais que nous croyons source de toute fécondité. C’est en puisant à cette source que prend sens notre apostolat. Une cohérence profonde unit le projet contemplatif et l’activité apostolique : écouter, dire et vivre la Parole, indissociablement ! Assurément, ton cœur de prêtre continuera à se donner, tout spécialement dans l’accompagnement et le témoignage de la miséricorde du Seigneur ! La vie fraternelle est le troisième pilier de notre vie religieuse. Tu en as perçu les richesses et les défis que tu exprimais récemment en terme de « solitude et de communion ». Tu as choisi le Mystère de la sainte Famille (sans doute aussi t’a-t-il choisi car tu le vis comme une révélation et une mission). Notre Père général le présente volontiers comme une icône de notre vie religieuse : accueillir le Christ pauvre dans un lieu où se vit l’amour, de manière cachée et inconnue… Passe pour le caché en ce jour, mais tu sais que l’amour seul est la mesure de tout acte et le cachet d’une vie réussie. Dans cette icône enfin se dit quelque chose des trois vœux qui caractérisent l’engagement religieux. Tu les vis déjà bien sûr et la profession ne fera que concrétiser certaines choses. Pour le dire un peu étroitement, après ta profession, par le vœu de pauvreté, tous tes livres seront tamponnés « Couvent des carmes » et tous les livres tamponnés « Couvent des carmes » seront à toi. Dans le vœu d’obéissance, tu vivras l’écoute et la volonté du Seigneur par des médiations, dont celles, parfois croisées, du Prieur et du Provincial. Par la profession solennelle, tu auras pleinement « voix au chapitre » car il faut être engagé définitivement pour assumer pleinement les choix que l’on pose ensemble. Enfin, le vœu de chasteté, a rapport, étymologiquement et humainement, avec la séparation, dont tu as déjà pu vivre la force et les aspérités. C’est Dieu, lui qui a créé en séparant, qui nous montre le chemin. « On n’aime bien qu’à distance. On n’aime bien qu’à bonne distance. De trop près on s’étouffe, de trop loin on se défait. En vérité cette bonne distance est infinie : c’est celle qui a cours en Dieu même, et entre nous dès là que nous aimons en Lui. » [2] Que ces vœux, que cette vie à la suite de Thérèse, à l’école de la Sainte Famille soient ta joie et la gloire du Père comme le dit notre évangile. La profession solennelle n’est pas ta première réponse à l’appel reçu. Pour beaucoup de tes proches, d’ailleurs, ton départ pour Avon avait été la rupture la plus marquante, même si pour nous, religieux, ce n’est qu’un temps préliminaire, fait de toute façon pour être quitté. C’est la première profession qui marque le vrai « oui », prononcé dans l’intimité et dont les années suivantes en sont comme le creuset. La profession solennelle est donc l’épiphanie d’un oui, sa confirmation et son fruit mûr. Elle marque un passage, du « je » au « nous ». L’histoire de la Province ne s’écrira plus sans la tienne et la tienne n’existera plus sans la nôtre.

3. Dieu est fidèle. La joie d’une promesse.

Troisièmement, Dieu est fidèle : « Je suis avec toi ». Plus qu’une date symboliquement forte, comme l’aurait été la fête de sainte Waudru, de saint Géry ou une fête carmélitaine, il se trouve que la profession de Didier-Joseph tombe le dernier jour de l’année liturgique, peu avant les premières heures de l’Avent. Un sens de la profession solennelle s’y dégage : elle marque un achèvement mais surtout un commencement, ouvert et inconnu. D’une certaine manière, après la profession solennelle, il n’y a plus rien à attendre, contrairement aux premières années de vie religieuse fortement balisées, si ce n’est Dieu. Attendre Dieu ou plutôt l’« inattendre » car, nous l’avons vu, Dieu fidèle est toujours inattendu. La vie religieuse est donc comme un grand Avent, un temps pour devenir fidèle à ses grands désirs dont celui de « commencer toujours », comme le dit Thérèse d’Avila. Que telle soit la joie de la promesse de notre frère Didier-Joseph !

4. Dieu donne. L’action de grâce de tout un peuple.

Enfin, Dieu donne inlassablement et nous invite à l’action de grâce. C’est bien le sens le plus important de cette célébration. « Dieu mon bonheur et ma joie ! » : la vie religieuse serait-elle sensée sans cela ? Rendons grâce donc de tout notre cœur, pour le « oui » que va dire Didier-Joseph, pour tous ceux qui partagent et perçoivent sa joie, pour tous ceux, présents ou absents (de cette église ou même déjà de ce monde) qui l’ont aidé sur son chemin. La saveur de notre vie est dans l’action de grâce ! Bonne et belle route Didier-Joseph ! Elle sera tienne, elle sera nôtre. Que le Seigneur inattendu et tant espéré, que le Seigneur qui appelle et qui conduit, que le Seigneur prodigue de tout don en soit le vrai guide ! AMEN

frère Guillaume, Prieur du couvent d’Avon

[1Jean Guitton, Dialogues avec Monsieur Pouget

[2François Cassingena, Etincelles (2004)

1 Procession 2 Entrée 3 Homélie 4 Homélie écoutée 5 Dialogue 6 Prostration 7 Profession 8 Action de grâces 9 Bénédiction 10 Eucharistie 11 Envoi 12 Sortie