Seigneur mon Dieu, tu m’as guéri

Thérèse a largement connu la souffrance au cours de sa vie, et d’une manière particulière pendant son enfance, ce qui eu des conséquences parfois très lourdes sur son comportement et sur son entourage. Elle souffrit la séparation de sa mère pendant treize mois et fut confiée à une nourrice pus vint la mort de sa maman alors qu’elle n’avait que quatre ans. Tout cela fera de Thérèse une personne inquiète, angoissée, en mal de mère, ayant du mal à vivre en société, mal dans son corps.

« Il faut vous dire, ma Mère, qu’à partir de la mort de Maman, mon heureux caractère changea complètement ; moi si vive, si expansive, je devins timide et douce, sensible à l’excès. Un regard suffisait pour me faire fondre en larmes, il fallait que personne ne s’occupât de moi pour que je sois contente, je ne pouvais pas souffrir la compagnie de personnes étrangères et ne retrouvais ma gaieté que dans l’intimité de la famille… » (Ms A, 13r)

Thérèse, mal remise de la disparition de sa mère, apprend l’entrée au Carmel de sa seconde mère, sa sœur Pauline. Thérèse est alors saisie d’une étrange maladie. Elle se tourne alors vers sa Mère du Ciel, la Vierge Marie :

« Ne trouvant aucun secours sur la terre, la pauvre petite Thérèse s’était aussi tournée vers sa Mère du Ciel, elle la priait de tout son cœur d’avoir enfin pitié d’elle… Tout à coup la Sainte Vierge me parut belle, si belle que jamais je n’avais vu rien de si beau, son visage respirait une bonté et une tendresse ineffable, mais ce qui me pénétra jusqu’au fond de l’âme ce fut le »ravissant sourire de la Sainte Vierge.« Alors toutes mes peines s’évanouirent, deux grosses larmes jaillirent de mes paupières et coulèrent silencieusement sur mes joues, mais c’était des larmes d’une joie sans mélange… Ah ! pensai-je, la Sainte Vierge m’a souri, que je suis heureuse… » (Ms A, 30r)

Malgré cette guérison, Thérèse restait fragile, en proie aux scrupules…

« Je me vis assaillie par la terrible maladie des scrupules… Il faut avoir passé par ce martyre pour le bien comprendre : dire ce que j’ai souffert pendant un an et demi, me serait impossible… Toutes mes pensées et mes actions les plus simples devenaient pour moi un sujet de trouble. » (Ms A, 39r)

De nouveau, au milieu de l’épreuve, Thérèse se tourne vers le Ciel, cette fois ci elle prie ses quatre frères et sœurs morts en bas âge avant sa naissance.

« Je me tournai du côté des Cieux. Ce fut aux quatre petits anges qui m’avaient précédée là-haut que je m’adressai, car je pensais que ces âmes innocentes n’ayant jamais connu les troubles ni la crainte devaient avoir pitié de leur pauvre petite sœur qui souffrait sur la terre. Je leur parlai avec une simplicité d’enfant, leur faisant remarquer qu’étant la dernière de la famille, j’avais toujours été la plus aimée, la plus comblée des tendresses de mes sœurs, que s’ils étaient restés sur la terre ils m’auraient sans doute aussi donné des preuves d’affection… Leur départ pour le Ciel ne me paraissait pas une raison de m’oublier, au contraire se trouvant à même de puiser dans les trésors Divins, ils devaient y prendre pour moi la paix et me montrer ainsi qu’au Ciel on sait encore aimer !… La réponse ne se fit pas attendre, bientôt la paix vint inonder mon âme de ses flots délicieux et je compris que si j’étais aimée sur la terre, je l’étais aussi dans le Ciel… » (Ms A, 44r)

Cependant Thérèse n’est pas transformée en profondeur…

« J’étais vraiment insupportable par ma trop grande sensibilité ; ainsi, s’il m’arrivait de faire involontairement une petite peine à une personne que j’aimais, au lieu de prendre le dessus et de ne pas pleurer, ce qui augmentait ma faute au lieu de la diminuer, je pleurais comme une Madeleine et lorsque je commençais à me consoler de la chose en elle-même, je pleurais d’avoir pleuré… Tous les raisonnements étaient inutiles et je ne pouvais arriver à me corriger de ce vilain défaut. Je ne sais comment je me berçais de la douce pensée d’entrer au Carmel, étant encore dans les langes de l’enfance !… Il fallut que le Bon Dieu fasse un petit miracle pour me faire grandir en un moment et ce miracle il le fit au jour inoubliable de Noël, en cette nuit lumineuse qui éclaire les délices de la Trinité Sainte, Jésus, le doux Enfant d’une heure, changea la nuit de mon âme en torrents de lumière. En cette nuit où Il se fit faible et souffrant pour mon amour, Il me rendit forte et courageuse, Il me revêtit de ses armes et depuis cette nuit bénie je ne fus vaincue en aucun combat, mais au contraire je marchai de victoires en victoires et commençai pour ainsi dire »une course de géant !… « » En cette nuit de lumière commença la troisième période de ma vie, la plus belle de toutes, la plus remplie des grâces du Ciel. En un instant l’ouvrage que je n’avais pu faire en dix ans, Jésus le fit se contentant de ma bonne volonté qui jamais ne me fit défaut. Comme ses apôtres, je pouvais Lui dire : « Seigneur, j’ai pêché toute la nuit sans rien prendre. » Plus miséricordieux encore pour moi qu’Il ne le fut pour ses disciples, Jésus prit Lui-même le filet, le jeta et le retira rempli de poissons. « (Ms A, 45rv)

Thérèse reçoit par touches successives des guérisons ponctuelles. Au Carmel, elle connaît d’autres épreuves…

« J’avais alors de grandes épreuves intérieures de toutes sortes (jusqu’à me demander parfois s’il y avait un Ciel.) Je me sentais disposée à ne rien dire de mes dispositions intimes, ne sachant comment les exprimer, mais à peine entrée dans le confessionnal je sentis mon âme se dilater. Après avoir dit peu de mots, je fus comprise d’une façon merveilleuse et même devinée… mon âme était comme un livre dans lequel le Père lisait mieux que moi-même… Il me lança à pleines voiles sur les flots de la confiance et de l’amour qui m’attiraient si fort mais sur lesquels je n’osais avancer… Il me dit que mes fautes ne faisaient pas de peine au Bon Dieu, que tenant sa place, il me disait de sa part qu’Il était très content de moi… » (Ms A, 80v)

A travers sa faiblesse et le secours progressif que Dieu lui apporte, elle fait l’expérience de la fidélité de Dieu et de son amour pour les petits et les souffrants qui lui font confiance. La sainteté peut fleurir dans une vie marquée de blessures profondes ou durables.

 » Petite Sœur chérie, oui j’ai tout compris… Je prie Jésus de faire luire sur votre âme le soleil de sa grâce, ah ! ne craignez pas de lui dire que vous l’aimez, même sans le sentir, c’est le moyen de forcer Jésus à vous secourir, à vous porter comme un petit enfant trop faible pour marcher.

C’est une grande épreuve de voir tout en noir, mais cela ne dépend pas de vous complètement, faites ce que vous pourrez, détachez votre cœur des soucis de la terre et surtout des créatures, puis soyez sûre que Jésus fera le reste, il ne pourra permettre que vous tombiez dans le bourbier redouté… " (LT 241)

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