28e Dimanche TO -C-

« L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. »

Dans la tradition biblique et la culture juive, nous le savons, la lèpre n’est pas une maladie comme les autres, car tout d’abord, elle condamne le malade à vivre en marge de la société. Et ce n’est pas avant tout par rejet de cette personne, mais bien pour se protéger de cette maladie mortelle et contagieuse. La législation du Lévitique en témoigne : « Le lépreux portera ses vêtements déchirés et ses cheveux dénoués […] et il criera : Impur ! Impur ! […] Tant que durera son mal il demeurera à part, sa demeure sera hors du camp » (Lv13,45). De plus, cette maladie a une interprétation spirituelle, la lèpre qui touche le corps témoigne de l’œuvre du péché dans le cœur de l’homme. C’est pourquoi celui qui est touché par cette maladie est identifié aussi à l’homme pécheur. Réprouvé par Dieu, le lépreux l’est aussi par les hommes qui se détournent de lui, on ne peut vivre avec lui, ni le toucher.

Pour ne pas encourir les rigueurs de la loi, et contrairement à son habitude, Jésus ne s’approche pas des 10 lépreux qui demandent leur guérison, et il peut encore moins les toucher. Jésus ne leur adresse même pas une parole d’encouragement, si ce n’est cette demande un peu incongrue de se rendre auprès des prêtres du Temple de Jérusalem pour constater leur guérison. Demande incongrue en effet, car ils ne sont pas encore guéris, ils ne le seront qu’en chemin. Mais sur la parole de Jésus, ils se mettent en route vers la vie de Sainte, et chemin faisant, il constate leur guérison. En obéissant à la parole de Jésus, les 10 lépreux ont fait preuve d’une certaine foi, d’une certaine confiance en sa parole, et ce n’est pas rien. Ils se sont mis en marche alors qu’ils constataient encore la lèpre sur leur corps. Il leur fallait tout de même une belle audace et confiance en Jésus pour lui obéir. Il y avait là une épreuve pour leur foi bien supérieure à celle qu’avait demandée le prophète Élisée au général syrien Naaman, qui devait simplement se baigner 7 fois dans le Jourdain.

Une fois constatée leur guérison, parmi les 10 lépreux, un seul fait marche arrière pour venir remercier Jésus, et glorifier Dieu à pleine voix. Et Jésus s’étonne avec une certaine déception que seul le samaritain ait eu cette réaction : « Est-ce que tous les dix n’ont pas été purifiés ? Et les neuf autres, où sont-ils ? On ne les a pas vus revenir pour rendre gloire à Dieu ; il n’y a que cet étranger ! ». L’obéissance à la parole de Jésus de la part des 9 autres lépreux qui continuent leur chemin vers le temple, cette obéissance n’a pas suffi à Jésus pour leur rendre hommage. À l’obéissance, Jésus a préféré le sacrifice d’action de grâces du samaritain. Et ce retour vers Jésus va comme achever le miracle de la guérison : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. » Ce retour dans l’action de grâces achève le miracle, car si tous sont purifiés de leur lèpre extérieure, les 9 anciens lépreux, qui recevront du prêtre du temple leurs certificats de guérison extérieure, ne recevront pas de Jésus cette parole qui constate la guérison intérieure.

La guérison de la lèpre s’achève par l’acte de foi et d’action de grâces pour l’œuvre de salut opéré par Dieu à travers la personne de Jésus. Le samaritain ne revient pas vers Jésus comme était revenu le général syrien Naaman vers le prophète Élisée en voulant s’acquitter d’une dette et faire un don en retour. Le lépreux revient en glorifiant Dieu à pleine voix, reconnaissant par là l’œuvre d’amour de Dieu pour lui. C’est par cet acte de foi que le samaritain accède à la plénitude du salut. Car si la lèpre a une valeur symbolique signifiant le péché qui ronge le cœur de l’homme, la seule guérison profonde et totale de la lèpre ne sera pas seulement la guérison du corps, mais celle du cœur et de l’esprit qui sait reconnaître sa faute et surtout l’auteur de la véritable guérison et purification du cœur, à savoir l’amour de Dieu manifesté en Jésus. Sans cet achèvement de la guérison par l’acte de foi en la personne de Jésus, Sauveur de l’homme, la guérison corporelle de la lèpre reste un demi-miracle.

Cet acte de foi et d’action de grâces est le seul véritable le cadeau que nous pouvons faire à Dieu en remerciement de ce qu’il fait pour nous, de son œuvre de salut. Nous ne pouvons offrir à Dieu ni or, ni argent, ni même les mérites de nos actions mais nos chants d’action de grâce, l’eucharistie de nos vies. Dans cet Évangile, Jésus nous montre quelle considération il a pour celui qui vient remercier Dieu. Cet épisode du lépreux purifié et qui revient dans la louange vers Jésus, nous aide à comprendre un des aspects de toutes nos messes. À chaque eucharistie, nous revenons vers Dieu pour lui rendre grâce, pour le remercier de ce qu’il a fait dans nos vies. Malgré toutes nos occupations, nous savons faire retour sur nous-mêmes, nous savons quitter le quotidien de nos existences pour rendre grâce à Dieu, le placer au centre de notre vie.

Célébrer l’eucharistie est une œuvre sacrée, non seulement parce que nous célébrons l’eucharistie de Jésus, son action de grâce, le mémorial de notre salut, mais aussi parce que le temps que nous prenons pour remercier le seigneur, c’est le seul véritable cadeau que nous pouvons lui faire. L’homme debout, guéri et purifié, l’homme eucharistique, qui sait rendre grâce à Dieu, c’est ainsi que Dieu est glorifié.

Fr. Antoine-Marie Leduc