3e Dimanche de l’Avent C

« Que nous faut-il faire ? »

Deux grands témoins nous préparent aujourd’hui à la venue du Seigneur : le Baptiste et saint Paul vieillissant, dans sa lettre aux Philippiens. Ecoutons-les successivement pour réchauffer notre espérance à leur enthou-siasme.

Jean le Baptiste est l’homme de l’urgence et de la décision ; et ses consignes viennent réveiller les croyants : « Faites des fruits dignes de votre repentir », dignes du baptême de pénitence que vous venez de recevoir. En écho à cet appel, trois groupes viennent à lui avec la même question : « Que nous faut-il faire ? »

Aux gens ordinaires de la foule, Jean répond simplement : « partagez ! » ; et il vise en particulier le vêtement et la nourriture. Aux collecteurs d’impôts, le Baptiste n’impose pas de quitter leur travail, mais ils ne doivent pas chercher à s’enrichir en faisant payer aux gens plus que l’occupant ne demande. Les soldats non plus n’auront pas à renoncer à leur métier ; mais ils ne devront pas profiter de leur force et de leurs armes pour vivre aux dépens des habitants du pays ni pour calomnier et dénoncer sans scrupule.

C’est l’ascèse de tous les jours, au niveau de l’avoir et du pouvoir, mais ce n’est qu’une des facettes de la spiritualité du Précurseur, car son désir de probité et de générosité s’enracine, en profondeur, dans une humilité radicale devant Dieu, devant le plan de Dieu et devant Celui qui va le mettre en œuvre : « lui vous plongera dans l’Esprit Saint ». La toute première ascèse du Baptiste est de rester à sa place dans le dessein de Dieu, à sa place de précurseur du Messie ; mais pour lui, nous le savons, c’était beaucoup plus une joie qu’un effort : « il faut qu’Il croisse, et que moi je diminue ! ».

La grandeur d’âme du Baptiste sera de garder cette humilité et ce réflexe d’effacement même quand il verra Jésus choisir un style d’action tout différent du sien. Pour l’instant il se représente le Messie un peu à sa propre image : vannant le blé à la grande pelle et brûlant la menue paille dans un feu jamais éteint. En réalité ce Messie « plus fort que lui » mettra tous ses disciples à l’école de sa douceur.

Avec saint Paul notre ascèse de l’Avent, sans cesser d’être pratique et réaliste, va descendre dans notre cœur jusqu’à la racine de nos décisions et de nos comportements. Ce sera avant tout l’ascèse de la joie, de la joie ancrée dans la Pâque de Jésus et maintenue courageuse-ment, en dépit des épreuves et des incertitudes, familiales ou communautaires, en dépit également de nos désarrois personnels devant la maladie, l’incompréhension ou la solitude. Une sœur joyeuse, une maman joyeuse, joyeuse malgré tout, quel soleil dans la communauté, quelle espérance dans le cœur des enfants ! « Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je vous le redis, insiste saint Paul, réjouissez-vous ! »

Et il ajoute, pour faire bonne mesure : « n’entretenez aucun souci ». Ce sera l’ascèse de la confiance, si onéreuse pour nous qui voulons tout garder en mains, notre propre destin et celui de notre communauté. Le secret, selon saint Paul, est de tout demander, et de faire de Dieu le confident de tous nos besoins et de toutes nos craintes. Car nous passons notre vie à craindre, alors que « le Seigneur est proche », à portée de foi, à portée de prière.

Au fond, l’une des ascèses les plus nécessaires, pour notre cœur inquiet et trop souvent triste, est de laisser venir la paix de Dieu, cette paix qui, selon saint Paul, va « monter la garde » à l’entrée de notre cœur et maintenir nos pensées « dans le Christ Jésus ». Tant de négatif pénètre dans nos sentiments, dans nos souvenirs, dans notre regard sur demain ; tant de lassitude ou d’amertume se glisse parfois dans nos gestes ou dans nos paroles ; tant de retours sur le passé nous paralysent ou dévitalisent notre prière !

Le Seigneur est proche, le Seigneur vient. Déjà il nous a choisis, déjà il nous a appelés. Déjà chaque jour il nous ouvre sa vie. Comment pourrions-nous oublier d’être heureux ?

Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.