L’oraison un jeu de relation, Vida 8, 4-6.

Dans le texte suivant, regarder :

  • Qu’elles sont les personnes en présence ?
  • Ce qu’elles font ?
  • Quel est leur itinéraire.

L’ORAISON UN JEU DE RELATIONS

Vida 8, 4-6

4 Si j’ai donné tant d’étendue à mon récit, c’est je le répète, pour bien mettre en lumière la divine miséricorde et mon ingratitude ; c’est aussi pour montrer quelle grâce Dieu accorde à une âme, lorsqu’il met en elle la résolution bien arrêtée de s’appliquer à l’oraison, n’aurait-elle pas encore pour cela toutes les dispositions requises ; c’est enfin pour montrer que si l’âme persévère malgré les péchés, malgré les tentations, malgré les chutes de toutes sortes où le démon l’entraîne, Dieu, j’en suis convaincue, finira par la conduire au port du salut, comme il m’y a, il me semble, conduite moi-même. Plaise à sa Majesté que je ne m’égare pas de nouveau !

5 Bien des saints et des personnes de vertu ont écrit sur les avantages de l’oraison, je veux dire l’oraison mentale. Gloire en soit à Dieu ! Mais quand cela ne serait pas, si dépourvue d’humilité que je puisse être, je n’ai pas assez d’orgueil pour oser traiter semblable matière. Mon expérience me permet pourtant de dire cela. Quelques fautes que vienne à commettre celui qui a entrepris de s’adonner à l’oraison, qu’il se garde bien de l’abandonner : avec elle il aura les moyens de se corriger ; sans elle se sera beaucoup plus difficile. Qu’il repousse la tentation dont j’ai été assaillie moi-même de renoncer à l’oraison sous prétexte d’humilité. Qu’il croie que le Seigneur ne peut manquer à sa parole ; dès que nous nous repentons sincèrement et que nous prenons la résolution de ne plus l’offenser, il nous rend sa première amitié, il nous fait les mêmes grâces qu’auparavant, et quelquefois de beaucoup plus grandes, si notre repentir nous en rend dignes.

Quand à ceux qui n’ont pas encore abordé l’oraison, je leur demande, pour l’amour de Dieu, de ne pas se priver d’un si grand bien. Ici, rien à craindre et tout à espérer. En effet, quand bien même on ne ferait ni ces progrès, ni ces efforts vers la perfection qui méritent les goûts et les dons accordés aux parfaits, on apprendra au moins à connaître le chemin du ciel ; et si l’on persévère, j’attends tout de la miséricorde de Dieu. Personne, après l’avoir choisi pour ami, n’a été abandonné de lui. Selon moi, en effet, l’oraison mentale n’est pas autre chose qu’une amitié intime, un entretien fréquent, seul à seul, avec Celui dont nous nous savons aimés. Mais je suppose que vous ne l’aimez pas encore, car seule la ressemblance d’inclinations rend l’affection vraie, l’amitié durable, et Notre-Seigneur, nous le savons, n’a aucun défaut, tandis que nous sommes par nature vicieux, sensuels, ingrats ; or, vous vous jugez incapable de porter tant d’amour à Celui qui a des inclinations si éloignées des vôtres. Et bien ! que la perspective des précieux avantages dont son amitié sera pour vous la source, que la pensée du grand amour qu’il vous porte vous fassent surmonter la difficultés que vous éprouvez à rester longtemps en compagnie de Celui qui est si différent de vous.

6 O Bonté infinie de mon Dieu ! Que je te reconnais ici et que je me reconnais moi-même ! O délices des anges ! je voudrais, à cette vue, me fondre tout entière d’amour pour toi. Oui, c’est ainsi ! Tu souffres en ta présence celui que ta présence fatigue ! O mon Maître ! Quel excellent ami tu te montres à son égard ! De quelle bonté, de quelle patience, tu uses envers lui ! Tu attends qu’il se fasse à ta manière d’être, et durant tout ce temps tu supportes la sienne ! Tu lui tiens compte, Seigneur, des rares moments où il t’aime, et au premier mouvement de repentir tu oublies toutes ses offenses. J’en ai fait bien clairement l’épreuve ; aussi je ne comprends pas, ô mon Créateur, comment tout le monde ne cherche pas à s’approcher de toi par cette intime amitié. Que les méchants, qui te ressemblent si peu, s’approchent de toi pour que tu les rendes bons. Qu’ils te permettent de te tenir auprès d’eux, ne serait-ce que deux heures par jour, lors même que leur esprit s’égare loin de toi, emporté par mille préoccupations et mille pensées profanes, comme il m’arrivait bien souvent. En retour de l’effort que nous nous imposons pour rester quand même en si excellente compagnie, tu tiens compte de l’impossibilité où nous sommes dans les commencements, et parfois même dans la suite, de faire davantage, et tu défends aux démons de nous attaquer. Tu diminues de jour en jour leur pouvoir sur nous, et tu nous rends assez forts pour les vaincre. Non, non, Vie de toutes les vies, tu ne donnes la mort à aucun de ceux qui se confient en toi, de ceux qui te choisissent pour ami. En donnant la vie à notre âme, tu soutiens même la vie du corps et lui communiques de nouvelles forces.