Nouvelles de Bagdad, février 2008

Extrait du N° 48 d’Avenir du Carmel, hiver 2008, bulletin d’information de la Province de Paris des carmes déchaux.

1- La vie quotidienne

A ce jour, le gouvernement irakien n’a pas encore trouvé l’équilibre lui permettant de diriger le pays depuis avril 2003.

  1. Sous Saddam, il y avait un parti unique (parti Baath) ; aujourd’hui on en dénombre au moins 600, chacun voulant éliminer les autres y compris par la force.
  2. L’influence des pays étrangers est manifeste. Lorsqu’on arrête des suspects, au moins 50% d’entre eux sont de nationalité étrangère.

Malgré cela, peu à peu, la police et l’armée ont pu trouver des moyens et des personnes détenant une relative autorité (ex : les chefs de tribus), pour se protéger et sécuriser certaines zones. C’est, par exemple, ce qui s’est passé dans Ramadi, département frontalier avec l’Arabie saoudite, la Jordanie et la Syrie, où la route principale reliant Amman à Bagdad et Damas à Bagdad, est maintenant plus sûre qu’elle ne l’a été depuis longtemps, y compris la nuit. A Bagdad, depuis le mois du juin environ, la moitié des quartiers est devenue sécurisée. C’est le cas de Dora. Ce district de la capitale est divisé en sept quartiers : « Mécanique, Asie, Rue 60, Assyriens, 120, Abou Tshir et Hor Rijab ».

Aujourd’hui, des familles chrétiennes qui avaient dû émigrer au nord du pays ou dans les pays frontaliers pendant un an ont retrouvé leurs maisons. Pendant toute cette période le quartier était extrêmement dangereux. Après un mois de combat entre l’armée irakienne (soutenue par les Américains) et les terroristes, les conditions de sécurité se sont améliorées, permettant le retour de ces familles.

2- La vie de l’Eglise

Eglise bombardée à Bagdad
Eglise bombardée à Bagdad

En août 2004 des églises ont été bombardées et depuis, les chrétiens sont de plus en plus menacés, au point que des prêtres, religieux(ses) comme des laïcs sont régulièrement kidnappés, rançonnés, voire même assassinés. Dans le meilleur des cas, lorsqu’ils sont relâchés, ces chrétiens quittent Bagdad pour aller vers le nord ou ailleurs, dans l’espoir de trouver la paix. Ceci a pour conséquence le dépeuplement des paroisses de leurs fidèles et de leurs prêtres ; également le transfert du séminaire de la faculté de Babel appartenant à l’Eglise Chaldéenne - la plus ancienne église du pays – de Bagdad vers la région Kurde considérée comme moins dangereuse. Ainsi, M. Abou Soundousse, frère de M. Abou Samir (qui a quitté le quartier « Mécanique » il y a plusieurs mois) dit : « La faculté de théologie « Babel » est encore occupée par les Américains et la plupart des habitants de ce quartier sont encore des étrangers qui se sont appropriés les maisons abandonnées par leurs anciens propriétaires. Où sont alors mes voisins, mes amis ? J’ai préféré prendre ce qu’il me restait et quitter définitivement ma maison… D’autre part, le séminaire Simon-Pierre, qui jouxte la faculté de théologie Babel, est devenu quartier général des Américains. »

On note une progression de l’influence de groupes de confession protestante arrivés avec les troupes américaines qui les protègent plus que tout autre église. En outre, ces groupes disposent de moyens financiers qui leur permettent « d’attirer » certaines personnes.

3- La vie au couvent

Les frères de Bagdad avec notre provincial lors de son passage au Liban
Les frères de Bagdad avec notre provincial lors de son passage au Liban

Dans ce contexte difficile, notre communauté essaie de trouver un équilibre. Lors de mon retour à Bagdad en octobre 2004, le Père Provincial m’avait nommé maître des postulants (au nombre de cinq à ce moment-là). Avec eux et en lien avec notre petite communauté, nous avons essayé de mener une vie normale au sein du couvent, partageant notre temps entre différentes activités : vie de prière communautaire, apprentissage du Français, retraite à l’intérieur du couvent pour mes frères postulants ; avec eux aussi, sport (football, volley-ball, etc.) à l’extérieur du couvent.

Durant cette période, j’ai été amené à mettre en place une action pastorale en faveur des vocations dans les bourgs et les villages du nord de l’Irak ; évidemment, en accord et à la demande des évêques et des prêtres de cette région. Cette animation, qui durait une quinzaine de jours se déroulait ainsi : un jour entier dans la paroisse d’un village comportant des temps de prière, de témoignage, suivis de questions. A chaque fois, participation de cent à cent cinquante jeunes très en attente du partage de notre vécu, des caractéristiques de la vocation carmélitaine. Ainsi, notre insistance sur la prière dans notre vie et notre apostolat suscitait beaucoup de questions. Prier leur semble « naturel », mais comment cet appel à la prière, suscité par l’Esprit Saint, peut-il se transformer en relation vivante et personnelle avec le Christ ? D’autres questions avaient trait à la particularité de notre habit religieux. C’est une très belle expérience apostolique pour moi. Après un an, n’ayant plus en charge la formation des postulants, a -*Retraite pour les laïcs et les religieuses (ex : avec le mouvement « Charité et Joie », rencontre de groupes d’Irak à laquelle 250 jeunes de 18 à 25 ans ont participé, exceptés ceux de Bagdad et de Bassora, absents à cause de l’insécurité).

  • Célébration de l’Eucharistie à l’extérieur, les mardis et jeudis (dans la maison de retraite tenue par les sœurs « Missionnaires de la Charité » de Mère Teresa).
  • Animation de la paroisse latine de l’évêque lorsque celui-ci est absent (célébration des mariages, baptêmes, obsèques, confessions, accompagnement spirituel).
Fr. Thomas du couvent de Bagdad
Fr. Thomas du couvent de Bagdad

Je suis venu en France en septembre 2007 ; mais j’ai dû retourner à Bagdad pour une question de visa. J’espère revenir l’année prochaine pour approfondir mes études. Merci de rester unis à notre pays par votre prière.

Frère Thomas (couvent ND de Fatima, Bagdad)

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