Obsèques du P. Daniel de la Résurrection (Michel Ferrand)

Le père Daniel (août 2009)
Le père Daniel (août 2009)

Le Provincial fr. Olivier-Marie de la Croix,

les frères carmes déchaux de la Province de Paris,

sa famille et ses amis,

vous font part du décès du

Père Daniel de la Résurrection (Michel Ferrand)

Notre frère a rejoint son Seigneur dans la soirée du 19 janvier 2011, à l’âge de 86 ans. Il avait été hospitalisé cinq jours auparavant et sa santé s’est détériorée extrêmement rapidement

Ses obsèques ont été célébrées à St Pierre de Montmartre samedi 22 janvier à 10h30. Son corps est inhumé dans le caveau des frères au cimetière de Passy.

Rendons grâce à Dieu pour sa vie et tout ce qu’il a apporté à l’Ordre du Carmel. Nous le confions à votre prière, lui et sa famille.

Homélie des obsèques à St Pierre de Montmartre

Textes : Proverbes 2,1-9 ; Ps 26 ; Luc 10,38-42

Père Daniel pour ses frères et amis, Michel pour sa famille nous a quittés vite, très vite. Il a été fidèle à lui-même jusqu’au bout, dimanche 9 janvier, il y a donc moins de deux semaines, nous étions en sortie communautaire, tous ensemble à Pontoise, les 11 frères, il était là avec certes un mal de jambes mais qui ne l’a pas empêché de participer à tout. Ainsi, pour le dîner il n’était pas le dernier à être enjoué. Il a encore fait les courses huit jours avant de mourir, toujours sur le pont, prêt à affronter toutes les circonstances même lorsque la Butte Montmartre était sous la neige cet hiver…

Nous voici tous réunis autour de lui, sa famille qu’il a su choyer – étant lui-même fils unique il a élargi très vite le cercle, ses amis avec une grande fidélité et un souci de tous tout particulièrement des plus isolés, le Carmel à travers nos sœurs, les frères et l’OCDS (l’ordre séculier) pour lesquels il a beaucoup donné, fait des kilomètres sans compter surtout en voiture et sur la fin un peu plus en train sur ordre de son prieur !

La première lecture que nous avons évoquée est comme un écho de ce que le Père Daniel essayait de vivre au mieux. Ce livre des Proverbes, un livre de sagesse, tout comme il l’était, parlant peu mais toujours à propos. On le plaisantait en disant Abba Daniel dis-nous une parole. C’est tout le sens de cette première lecture : « Mon fils, si tu acceptes mes paroles ». Il y avait chez notre frère une exigence dans la manière d’être, le style de vie, il aimait les belles choses, il aimait que l’on fasse bien les choses. C’était un homme intègre au sens fort et noble du mot. Je me permets de citer un passage de son homélie qu’il a prononcé ici, dans cette église, lors de son jubilé de sacerdoce (60 ans) le 26 juin dernier qui convient tout à fait à notre texte, il parlait des Béatitudes : « C’est tout un programme et c’est parfaitement d’actualité parce que l’honnêteté, la fraude, répandre le sang innocent, la pauvreté, les paroles mauvaises, les épreuves, la miséricorde… » Oui, comme le souligne les Proverbes, la sagesse nous vient de Dieu, elle est une grâce reçue plus qu’une grâce acquise. Si nous sommes fidèles à cette sagesse notre comportement aura figure exemplaire dans le monde que nous vivons et nous serons ainsi témoins du Christ face aux injustices, aux mensonges et aux faux-semblants.

Ainsi, cette sagesse que nous livrent les Proverbes nous conduit tout naturellement à la figure de saint Joseph qu’il affectionnait tout particulièrement. Il y a sans nul doute un peu de saint Joseph dans notre frère, tout d’abord son humilité. Je lui laisse une nouvelle fois la parole car cette homélie est un peu comme une relecture de vie et un testament : « Nous sommes porteurs du Christ et puisque nous sommes porteurs du Christ, nous le transmettons, nous ne pouvons pas ne pas le transmettre. On le transmet non pas en paroles, les paroles sont faibles et trompeuses, on le transmet à notre insu d’une façon cachée, je n’ose pas dire humble parce que vous pourriez croire que je suis humble mais je ne le suis pas. » C’est tout lui, un témoignage de la présence du Christ sans trop de bavardages et se laisser façonner par le Christ pour qu’il transparaisse en nous.

Je ne sais pas si il aurait été d’accord que l’on choisisse ce texte d’Évangile, je crois cependant que nous y retrouvons bien sa personnalité. Je m’explique : le Père Daniel a eu un côté Marthe très développé en ayant véritablement le cœur sur la main et ne refusant aucun sacrifice pour rendre service. Tout faire pour accueillir les moindres demandes, que ce soit comme économe provincial, pour les missionnaires de l’Ordre tout entier et ils sont nombreux, nourrir ses frères de communauté et nous sommes infiniment reconnaissants pour tout ce qu’il a fait. Nous voyons déjà qu’il n’est plus là, ce sera dur d’être à la hauteur. Pour la petite anecdote, il fallait que je fasse bien attention à ce que je disais comme prieur, cela pouvait vite avoir force de loi presqu’à mon insu. Ainsi, en parlant un jour du pain que nous mangions, j’ai parlé alors de machine à pain sans intention particulière et ni une ni deux, le père Daniel s’est transformé en boulanger avec la brioche du dimanche qu’il ne cessait d’améliorer !

Il vivait à la perfection le toujours prêt des scouts, toujours prêt à servir, à rendre service. En même temps, il a choisi l’Ordre du Carmel, un Ordre qui est certes apostolique pour les frères (pour les sœurs aussi mais d’une autre manière) mais qui insiste aussi beaucoup sur la dimension contemplative, sur la dimension de prière avec notamment les deux heures d’oraison chaque jour. Vous voyez ainsi poindre la tension inhérente à toute vocation carmélitaine qui fut tout particulièrement un lieu de combat pour notre frère. Choisir le Carmel, c’est tout à la fois prier et servir, c’est prendre soin de ceux qui nous sont confiés et les porter dans la prière. Nous pouvons ici retrouver notre figure de saint Joseph que sainte Thérèse de Jésus (d’Avila) a choisi comme maitre d’oraison, le Père Daniel a sans nul doute puiser auprès de ce saint la manière et l’art de converser avec Dieu.

Pour conclure, car il faut bien conclure, je vais reprendre la finale de son homélie de jubilé qui a des accents très thérésiens, mais cette fois de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (de Lisieux), le Père Daniel ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : « Je ne sais pas combien de temps je vais encore rester dans ce bas monde mais ma mission ne sera jamais terminée et vous en serez les bienfaiteurs ». Amen.

fr. Christophe-Marie, prieur du couvent de Paris
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