15e Dimanche T.O.-A-

Le pourquoi des paraboles

Ce sont les disciples qui posent la question à Jésus ; et ils ne disent pas :« pourquoi parles-tu en paraboles ? », d’une manière générale, mais :« pourquoi leur parles-tu en paraboles ? », à eux, à ces gens distincts de nous ? Dans la question même sont typées ainsi deux attitudes vis-à-vis de la parole de Jésus, mais les disciples s’interrogent surtout sur la pédagogie de Jésus : pourquoi leur parles-tu ainsi, pourquoi cette différence de traitement ?

Jésus, dans l’Évangile de Matthieu, donne successivement deux réponses :

La première redouble notre embarras : « Parce qu’à vous il a été donné [par Dieu] de connaître les mystères du Royaume de Dieu ; mais à ceux-là, ce n’a pas été donné [par Dieu] ». Jésus justifie sa manière de faire en se référant à l’initiative de Dieu . Est-ce de la part de Dieu une décision arbitraire ? - Non pas ; et Jésus s’explique immédiatement :« Car quiconque a, on lui donnera et il aura surabondance ; mais quiconque n’a pas, même ce qu’il a lui sera enlevé. »

Si Dieu accorde aux uns et refuse aux autres la connaissance des mystères du Royaume, c’est que les premiers « ont » déjà quelque chose dont les autres sont dépourvus ; ils ont, eux, ce que les autres aussi devaient avoir et sont coupables de ne pas posséder. La décision divine n’est donc pas tyrannique, elle constitue déjà un jugement.

Mais que faut-il donc avoir au départ, qu’est-ce que Dieu attend des auditeurs de Jésus ?

La deuxième réponse du Maître va le préciser :« Voilà pourquoi je leur parle en paraboles : parce qu’ils voient sans voir et qu’ils entendent sans entendre ni comprendre ». Jésus ne vise pas ici la simple incapacité de voir et d’entendre, mais le refus d’entrer avec le cœur dans ce qu’ils entendent, et c’est bien cette attitude de refus qu’il lit dans le prophète Isaïe :« Le cœur de ce peuple s’est épaissi, ils sont devenus durs d’oreille, ils ont fermé les yeux ».

Le langage de Jésus peut paraître tranchant ; c’est un appel à la responsabilité, mais qui contient une offre magnifique de miséricorde :« … je les aurais guéris ! », dit Dieu par la voix d’Isaïe. C’est bien pour guérir et sauver que Jésus vient au nom de Dieu . C’est pour guérir et sauver qu’il parle en paraboles, pour que chacun/e accepte de voir, laisse pénétrer en lui ce qu’il entend, pour que chacun/e « comprenne avec le cœur ». Et le signe visible de cette conversion, c’est que le disciple commence à porter du fruit, comme Jésus l’expliquera plus loin en commentant lui-même la parabole du semeur :« Celui qui été ensemencé dans la bonne terre, c’est celui qui entend la parole et comprend : alors il porte du fruit ».

Jésus n’oppose donc pas deux groupes, ceux qui ont la chance de croire et ceux qui ne sont pour rien dans leur incrédulité. Il souligne simplement que chacun est responsable de son ouverture comme de son aveuglement, et qu’il ne tient qu’à nous d’être de ses disciples. Au fond, la frontière entre la foi et l’incrédulité, même si elle dessine bien deux groupes d’hommes, passe surtout à l’intérieur de chaque cœur humain.

Suis-je incrédule, dur d’oreille et dur de cœur ? Suis-je au contraire disciple de Jésus, heureux de voir, heureux d’entendre, heureux de scruter l’Évangile, heureux de laisser résonner chaque parole de Jésus dans le silence du désert, dans la « solitude sonore » de la prière ?

La question m’est posée, « rien que pour aujourd’hui », elle me restera posée jusqu’au jour de la rencontre, me rappelant chaque jour l’enjeu de ma liberté, me renouvelant une offre de guérison, ensemençant chaque jour ma vie pour les fruits du royaume.

L’Esprit de Jésus est là, désormais, pour m’introduire en pauvre, en converti, dans les paraboles de Jésus, pour me les faire comprendre avec le cœur.

Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.