Homélie d’Avon : 4e Dimanche de l’Avent

NAÎTRE DE L’ESPRIT SAINT

« Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ. » (Mt 1, 18) Huit jours avant de célébrer la fête de Noël, le quatrième dimanche de l’Avent, nous donne déjà de goûter la venue du Sauveur dans notre chair, de re-découvrir quelle est son origine : Il « vient de l’Esprit Saint. » (Mt 1, 20)

Ce passage de l’évangile selon saint Matthieu nous invite – et c’est l’un des rares passages à le faire – à contempler la figure de Joseph, Joseph dont nous ne connaissons aucune parole. Bossuet écrivait : « Il possède un Dieu Homme et n’en dit mot. »

Joseph ne parle pas, mais il agit. D’ailleurs l’évangile, s’il ne rapporte aucune parole de Joseph, nous montre son action. Il nous est ainsi donné de contempler les diverses attitudes de Joseph.

Matthieu insiste en disant qu’il était un « homme juste ». (Mt 1, 19) Cela signifie qu’il cherchait en permanence à s’ajuster au dessein de Dieu, à s’ajuster à la Parole de Dieu agissante dans sa vie et dans la vie du Peuple de Dieu.

Joseph constate que Marie est enceinte. Il semble bien, tel que le texte se présente à nous, qu’il sait que cet enfantement est l’œuvre de l’Esprit Saint. L’ange lui dira : « Certes, ce qui est enfanté en elle vient de l’Esprit Saint ». (Mt 1, 20) Joseph décide « de la répudier en secret. » (Mt 1, 19) Ce qui signifie, d’une certaine manière, que la répudiation ne sera pas connu des autres, mais seulement de lui qui va se retirer. Cela nous indique que Joseph ne veut pas être un obstacle à l’œuvre de Dieu. Il ne veut pas endosser la responsabilité, la “paternitéˮ d’une “œuvreˮ qui n’est pas la sienne. Cette noble et belle attitude de Joseph interpelle chacun et chacune d’entre nous. Sommes-nous suffisamment chastes dans nos relations les uns avec les autres pour laisser l’œuvre de Dieu s’accomplir et ne pas mettre la main dessus ? Avons-nous assez d’humilité pour ne pas nous attribuer une place, une responsabilité qui n’est pas la nôtre ? Savons-nous laisser l’œuvre de Dieu s’accomplir dans l’âme, dans le cœur, dans la vie de l’autre en nous tenant admiratifs et émerveillés à la juste distance ? Cette juste distance qui témoigne du respect inconditionnel de l’autre.

Joseph décide de s’effacer pour que l’action de Dieu puisse s’accomplir pleinement et que son origine n’en soit pas marquée.

Mais le Seigneur avait d’autres projets. Il envoie un messager pour parler en songe à Joseph et l’inviter à ne pas craindre de prendre chez lui Marie : « Certes, lui dit-il, l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint. » (Mt 1, 20) L’ange confirme l’origine extraordinaire et surnaturelle de cet enfant. C’est le “Fils de Dieuˮ, la “deuxième Personneˮ de la Trinité, le “Verbeˮ, qui prend chair dans le sein de la Vierge Marie. Mais cet enfant, il faudra qu’il ait un “pèreˮ humain. Il faudra quelqu’un pour l’introduire dans notre humanité, dans l’histoire des hommes : « Tu l’appelleras du nom de Jésus. » (Mt 1, 22) Fidèle à la tradition d’Israël, c’est Joseph qui donnera son nom à l’enfant. Comme Zacharie confirma que le nom de l’enfant qu’il avait eu avec Élisabeth devait s’appeler Jean, même si personne ne portait ce nom dans leur famille. (Cf. Lc 1, 60-63)

En même temps qu’il lui révèle le nom de l’enfant, l’ange lui en donne la signification : « Car c’est lui qui sauvera son Peuple de ses péchés. » (Mt 1, 21) “Sauverˮ, avec les deux significations de ce mot en hébreu. Bien sûr, “sauverˮ, c’est tirer d’un mauvais pas, d’une situation difficile et périlleuse. Mais plus encore, “sauverˮ, c’est faire vivre.

C’est cet enfant qui va nous communiquer la vie intra-trinitaire. C’est lui qui va nous communiquer cette circulation d’amour qui passe du Père au Fils et à l’Esprit et qui reflue sans cesse de l’une à l’autre des trois Personnes de la Trinité. C’est dans ce dynamisme de vie et d’amour que nous allons être introduits par la venue dans la chair de cet enfant qui par la puissance de l’Esprit Saint s’incarne dans le sein de la Vierge Marie.

En lui, s’accomplissent toutes les promesses de la Première Alliance. En lui, s’accomplit la promesse proclamée par Isaïe que nous avons entendue dans la première lecture : « Emmanuel, Dieu avec nous. » (Is 7, 14)

Dieu, depuis son dessein créateur, n’a cessé de vouloir se faire le compagnon des hommes et par l’incarnation de son Verbe, par l’incarnation de son Fils, il vient renouer ce qui avait été rompu par la désobéissance. L’apôtre Paul chante la venue du Verbe dans la chair dans sa Lettre aux Romains : « Selon la chair, il est né de la race de David ; selon l’esprit qui sanctifie, il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu… » (Rm 1, 3-4)

Vrai Dieu et vrai Homme, il vient nous rejoindre pour que nous devenions en lui les fils bien-aimés du Père. L’apôtre Paul affirme : « Pour que son nom soit honoré, nous avons reçu par lui grâce et mission d’apôtre. » (Rm 1, 5) Pierre dans les Actes des Apôtres dira que c’est le seul nom par lequel nous puissions être sauvés. (Cf Ac 4, 17)

Comme Paul, étant chrétiens, étant baptisés dans le Christ Jésus, c’est par le nom de Jésus que nous recevons la grâce et la mission d’apôtres. Frères et sœurs, découvrant que Jésus est fils de Dieu et fils de l’Homme, il nous appartient maintenant de le manifester au monde, de le faire savoir à nos contemporains. Il nous revient de dire par notre manière d’être et d’agir que tout homme est appelé en Jésus-Christ à devenir enfant bien-aimé du Père.

En ce quatrième dimanche de l’Avent, faisons nôtres les dernières paroles de la deuxième lecture : « Que la grâce et la paix soient avec vous tous, de la part de Dieu notre Père et de Jésus-Christ le Seigneur. » (Rm, 1, 7)

Que cette grâce et cette paix nous donnent de préparer la fête de Noël et d’accueillir véritablement cette Bonne Nouvelle dans nos cœurs pour nous-mêmes et surtout pour notre monde qui en a tant besoin.

Amen.

Fr. Didier-Marie Golay, ocd