17e Dimanche T.O.-C-

Rejoindre Jésus en prière

Jésus en prière était certainement impressionnant.

On le sentait habité par la présence du Père, heureux, extraordinairement heureux, et paisible. Les disciples, qui le voyaient passer de longs moments dans cette intimité avec Dieu, devinaient que Jésus vivait là une expérience très intense, et que c’est là surtout qu’ils devaient chercher à le rejoindre.

Ils ne se trompaient pas, car la contemplation de Jésus en prière nous mène droit au cœur du mystère de l’Incarnation.

Pourquoi, en effet, Jésus priait-il ? pourquoi avait-il besoin de prier ? Non parce qu’il était le Verbe de Dieu, mais parce qu’il était le Verbe de Dieu vivant dans notre chair.

Au sein de la Trinité, bien avant qu’il y ait des hommes pour y réfléchir, l’échange d’amour est total entre le Père et le Fils : le Père s’exprime parfaitement dans son Verbe, dans son Fils éternel ; et le Fils reflète parfaitement le Père, il est son Image totale et lui rend amour pour amour, dans l’Esprit Saint qui est le lien vivant de cet amour.

En Jésus Verbe incarné, ce dialogue d’amour du Père et du Fils se poursuit sans interruption, et Jésus voit son Père, d’une vision claire, immédiate, paisible comme l’éternité. Mais cela se passe, en Jésus, à une profondeur que personne ici-bas ne pourra jamais sonder ; cela se vit au-delà des mots et des sentiments, en ce creux inaccessible de la personne de Jésus où la divinité assume l’humanité.

Cependant, parce qu’il est non seulement vrai Dieu mais vrai homme, parce qu’il a une intelligence d’homme capable de s’émerveiller et un cœur d’homme capable de vibrer et de souffrir, Jésus en tant qu’homme a besoin de traduire dans les sentiments de son cœur et les mots de son intelligence cette union totale et incessante avec le Père qu’il vit au plus profond de lui-même, en ce point insaisissable où l’éternité rencontre le temps et où Dieu, en lui, s’est fait homme.

Et c’est cela, la prière de Jésus : c’est l’amour du Verbe incarné pour son Père qui remonte du fond mystérieux de sa personne et se charge peu à peu des résonances d’un cœur humain et de tous les cris de l’humanité souffrante et espérante ; c’est l’émerveillement éternel, éternellement naissant, du Fils devant le Père, qui jaillit du niveau le plus secret et le plus indicible de la vision directe, et qui se revêt avec allégresse des pauvres mots de nos langages humains.

La prière de Jésus, c’est l’affleurement, dans son humanité, des richesses de sa vie de Fils de Dieu. C’est aussi le moment où Jésus, Fils de Dieu en situation d’homme, amène sous les yeux de son Père toutes les données, heureuses ou tristes, de son expérience, tout le souci de sa mission, toute sa souffrance de se voir incompris ou rejeté, toute sa joie devant les merveilles que le Père accomplit dans les cœurs pauvres, et son impatience de voir son propre feu allumé sur la terre.

Ainsi, dans la vie de Jésus, les moments de prière sont des moments intenses de son activité de Médiateur, et sa Résurrection, en libérant Jésus de toutes les limites du temps et de l’espace, lui a permis de poursuivre sans interruption, dans la gloire, sa prière sacerdotale, « toujours vivant pour intercéder en notre faveur ». Toute la vie de Jésus a été une longue aspiration vers le Père, et c’est maintenant à nous qu’il donne de poursuivre cette attente, dans les moments du service et surtout aux heures privilégiées de la prière.

Ce jour-là, Jésus était en prière. Quand il eut fini, un de ses disciples lui dit : « Apprends-nous à prier ».

Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.