1er Dimanche de l’Avent -A-

« Veillez donc, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra. »

La venue du Seigneur fait partie intégrante du mystère chrétien. Entrer dans le temps de l’Avent, c’est entrer dans le temps où l’Église fait mémoire de la venue glorieuse du Seigneur, où elle l’invoque et où elle l’attend. Au cœur de la prière eucharistique, après le récit de l’institution, nous proclamons le mystère de la foi en affirmant : « Nous attendons ta venue dans la gloire » ou bien en reprenant l’ancienne invocation des chrétiens : « Viens, Seigneur Jésus. » Lorsque nous professons notre foi, nous confessons : « Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts. »

C’est sous l’aspect du jugement que les lectures de ce dimanche nous proposent de considérer l’événement final et décisif de l’histoire du salut, prophétisé par Isaïe, annoncé par l’évangile comme la venue du Fils de l’Homme, et présenté par saint Paul comme une norme de notre vie quotidienne.

Au dire du prophète Isaïe, proclamer la venue du Seigneur a un impact puissant sur l’histoire des peuples. En effet cet événement final juge les violences et les guerres que les hommes déchainent. Les armes seront détruites et transformées : « On ne s’entrainera plus pour la guerre. »

Au dire de Jésus et de l’apôtre Paul, proclamer la venue du Seigneur a un impact puissant également sur notre vie quotidienne. L’inconscience et l’ignorance coupables où les hommes s’anesthésient sont dénoncées. Les comportements immoraux où ils se perdent sont rejetés.

En faisant un parallèle entre le déluge qui bouleverse la routine peinarde de la génération de Noé et la venue du Fils de l’Homme, l’évangile nous avertit de ne pas faire naufrage, de ne pas couler dans la banalité des jours. La génération de Noé n’est pas décrite par Jésus comme mauvaise ou incroyante, mais simplement comme inconsciente. « Les gens ne se sont doutés de rien ». Ils périssent par manque de discernement, sans savoir pourquoi. Par contre, Noé a su discerner : ainsi il se sauve lui-même et sauve l’avenir. Discerner l’aujourd’hui sauve l’avenir. C’est cela qu’on appelle la responsabilité. La faute, s’il faut parler de faute, entrevue dans l’évangile, est l’irresponsabilité par absence de discernement.

La venue du Seigneur n’engage pas seulement à veiller pour ne pas nous laisser surprendre par les catastrophes qui tissent l’histoire dramatique de ce monde. La venue glorieuse du Seigneur nous engage aussi à veiller sur la vérité de notre propre cœur. La mention des deux personnes engagées dans un même travail, que rien ne semble distinguer, dont l’une cependant est prise et l’autre laissée, indique que ce qui peut rester caché dans la vie quotidienne sera manifesté à la venue du Seigneur. La différence se fait dans l’intériorité invisible. « Ne va pas au dehors, rentre en toi-même. C’est dans l’homme intérieur qu’habite la vérité », nous rappelle saint Augustin.

« Veillez donc, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra. »

Dans un magnifique sermon, le bienheureux John Henry Newman considère que « ce mot veiller est un mot remarquable parce que l’idée n’est pas si évidente qu’il pourrait sembler à première vue. Nous ne devons pas seulement croire, mais veiller ; pas seulement craindre mais veiller ; pas seulement aimer mais veiller ; pas seulement obéir mais veiller… Veiller pourquoi ? Pour ce grand événement, la venue du Christ. La plupart d’entre nous ont une idée générale de ce que l’on entend par croire, craindre, aimer, obéir ; mais peut-être ne comprenons-nous pas ce que l’on entend par veiller ? »

Veiller c’est, nous dit-il, le seul critère qui départage et distingue les chrétiens : « Les vrais chrétiens, quels qu’ils soient, veillent, les chrétiens inconséquents ne veillent pas. »

« Veillez… Tenez-vous donc prêts, vous aussi. » La petite Thérèse exprime cette dimension essentielle de notre vie chrétienne lorsque dans son rêve du mois de mai 1896 elle demande à la Vénérable Anne de Jésus : « Dites-moi si le bon Dieu me laissera longtemps sur terre ? Viendra-t-il bientôt me chercher ?… Dites-moi encore si le bon Dieu ne me demande pas quelque chose de plus que mes pauvres petites actions et mes désirs ? Est-il content de moi ? »

Et nous-mêmes, attendons-nous avec ardeur la venue du Seigneur, qui mettra à nu la vérité sur la relation de chaque homme à Dieu et prononcera la parole définitive sur toute l’histoire ?

Fr. Philippe Hugelé, o.c.d.