1er Dimanche de l’Avent -C-

« Redressez-vous, relevez la tête ! »

Deux images, en surimpression : cela suffit à saint Luc pour évoquer la pensée de Jésus sur l’histoire des hommes et la fin des temps. Au premier plan : la chute de Jérusalem, avec le cortège habituel des catastrophes nationales : massacres, dispersion, captivité. En arrière-fond : la venue en gloire du Fils de l’Homme, que Luc peint avec les couleurs vives tradition-nelles des apocalypses, sur l’horizon de la fin du monde.

Entre les deux : « le temps des nations », ou des païens, qui donne au tableau la profondeur de champ, mais dont Jésus n’a jamais précisé la durée : « Il ne vous appartient pas, disait-il, de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité » (Ac 1,7). Le temps des nations, c’est le temps de la mission, le temps de l’Église, de la patience et du service ; c’est notre temps de disciples, témoins de Jésus-Christ.

Toutes les composantes du malheur semblent s’être donné rendez-vous dans ce fragment de discours. Jésus y parle de dévastation, de détresse, d’angoisse et de frayeur. Puis, brusquement, balayant d’un revers de main toutes les ombres et tous les fantasmes de souffrance, il exhorte les disciples à l’espérance et à la fierté :

« Lorsque cela commencera d’arriver, redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche ! » Quand les épreuves commenceront à s’accumuler, quand toute issue sera fermée, quand la violence semblera victorieuse, « redressez-vous, relevez la tête ! » Quand tout appui se sera éloigné, quand Dieu lui-même vous paraîtra trop absent pour écouter, trop lointain pour répondre, redites-vous : « La délivrance est proche ; le Fils de l’Homme vient nous sauver ! »

Cette consigne d’espérance, la génération du Christ l’a ressaisie lors de la chute de la Ville sainte ; le peuple de Dieu tout entier l’entendra de nouveau au terme de l’histoire ; mais elle vient nous surprendre et nous réconforter, nous les témoins de Jésus, tout au long du temps des nations, en chaque aujourd’hui de l’Église.

Chaque épreuve du peuple saint réédite en effet la détresse de Jérusalem et anticipe sur les douleurs dernières qui marqueront l’avènement du Fils de l’Homme. Mais, en raison de la folie d’amour que Dieu a faite pour le monde, il est encore plus vrai de dire que chaque épreuve, personnelle ou communautaire, nous situe, dans la foi, entre les deux victoires du Christ : sa victoire de Pâques, après le Golgotha, et sa victoire à la fin des temps, qui nous fera surgir de la mort.

C’est pourquoi, dans toutes ces paroles de Jésus sur les détresses de l’histoire et sur la fin du monde, nous avons à entendre avant tout un appel à la vigilance, personnelle et communautaire, et une promesse de la gloire.

Certes, le monde connaît des soubresauts, en ce début du nouveau millénaire ; certes nous percevons le désarroi de tant d’hommes et de femmes, de tant de jeunes, qui ne trouvent plus de repères face à un avenir qui leur semble menaçant ; et nous nous surprenons nous-mêmes à retomber dans la crainte, comme sous le coup d’un esprit de servitude (Rm 8,15). Mais nous avons reçu, en réalité, l’Esprit de filiation, qui nous fait crier, depuis la terre des hommes : « Abba, Père ! »

Voilà pourquoi, par fidélité au Dieu de notre appel, et en solidarité avec ceux qui n’ont pas d’espérance, humblement, joyeusement, « nous nous redressons et relevons la tête », pour rendre témoignage, dès aujour-d’hui, à la victoire de Jésus.

Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.