21 Dimanche T.O.-C-

La porte étroite et la porte fermée

Jésus veut pour nous la paix du cœur. Il ne cesse de nous inculquer la confiance et de nous révéler, à longueur de paraboles, les ressources de la tendresse de Dieu.

Mais il est une attitude que très souvent il conteste, parce qu’elle est une caricature de la confiance : c’est l’insouciance et la nonchalance irresponsables qui font perdre de vue les grands enjeux de l’existence.

Si l’on a bien saisi que l’Évangile est un ferment dans la vie, et la foi, un cheminement, une aventure quotidienne, on ne peut pas se sécuriser à coups de statistiques, en se disant : « Il y aura tant de sauvés que j’ai mes chances d’être du lot ! » Jésus coupe court à tout calcul, et nous répond en quelque sorte : « Toi, personnellement, où en es-tu ? Reste en marche, continue ton effort pour te présenter à temps à la porte, car elle est étroite, et pas toujours facile à trouver ». De fait, on n’entre pas dans la maison du salut à la faveur d’une bousculade, et il ne suffit pas de se laisser pousser par les autres.

Ce serait un leurre également que de se dire : « Jésus, je connais ! Donc le salut, j’y ai un peu droit : j’ai mangé et bu avec Jésus, je l’ai entendu prêcher sur nos places ! » - Il ne suffit pas d’entendre Jésus proposer le salut ; il faut encore y adhérer à temps, car non seulement la porte est étroite, mais elle sera fermée par le maître de maison, et c’est Jésus lui-même qui le dit en ces termes.

Dieu, le Dieu d’amour, maintient des échéances, parce qu’il nous veut libres et qu’il aime notre liberté.

Et Jésus d’imaginer son dialogue avec ceux qui tambourineraient à la porte : « Seigneur, ouvre-nous ! Tu as été si longtemps avec nous ! chez nous ! » - « Oui, j’étais chez vous, mais étais-tu vraiment avec moi ? Je ne sais d’où tu es : tu ne t’es pas engagé à ma suite ! »

Jésus, dans sa parabole, visait d’abord une partie de ses compatriotes, fils d’Abraham, membres de l’Alliance, et qui tardaient à reconnaître en lui l’Envoyé de Dieu, le Messie, malgré tous les miracles accomplis parmi eux.

Mais nous aussi, aujourd’hui, nous avons à entendre l’invitation pressante de Jésus à croire en lui et à vivre selon notre foi, nous qui, si souvent, avons entendu son Évangile et mangé à la table de son Eucharistie. Que nous soyons en pleine activité ou déjà au soir de notre vie, que nous ayons encore toutes nos forces pour créer et servir ou que nous soyons retenus à la chambre par la maladie ou l’infirmité, pour nous tous le temps presse, chaque jour la vie est un engagement, et l’amitié de Jésus est une chance à saisir.

Car « le maître de la maison se lèvera et fermera la porte » : il y aura donc un dedans et un dehors, un côté « festin » et un côté « regrets ».

Du côté « festin », un coude à coude extraordinaire, comme Dieu seul peut en réussir. Dieu rassemblera des hommes de tous temps, de l’orient et de l’occident, du nord et du midi. On verra côte à côte Abraham et un bantou, Isaac et un hindou, Sarah et une coréenne, Jacob et un esquimau.

Et du côté « regrets », piétinant leur invitation périmée, des hommes et des femmes de tout bord, qui n’auront pas reconnu le temps de la visite.

Mais alors, où est la patience de Dieu ? où est la miséricorde de Jésus ? - Elles sont là ; elles sont intactes, elles sont à l’œuvre puissamment aujourd’hui. Car c’est bien par amour que Jésus, aujourd’hui, vient nous redire : « Rappelle-toi l’enjeu ! » C’est bien par miséricorde que Jésus nous réveille, et nous presse d’ouvrir les mains. C’est bien par fidélité que Jésus nous attend, aujourd’hui, nous les derniers venus, fiers de lui et pas fiers de nous, pour nous faire asseoir dans la salle du banquet, tout près de lui, tout près de Marie qui nous fait signe d’entrer.

Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.