23e Dimanche T.O.-C-

Bâtir et faire la guerre

Pour bâtir et aller jusqu’au bout du projet, on n’a jamais assez. Pour vaincre un ennemi puissant, on manque toujours de troupes. Mais pour suivre Jésus, pour marcher sur ses pas et devenir son disciple, on a toujours trop.

Pour pouvoir bâtir encore et combattre de nouveau, il faut amasser et tout avoir en mains. Mais pour répondre à l’appel de Jésus, il faut ouvrir les mains, libérer son cœur, et souvent renoncer à l’avoir, au pouvoir, et au faire-valoir.

Dans les choses d’ici-bas, la sagesse commande de compter d’abord et d’abandonner, s’il le faut, un rêve de construction ou de bataille. Mais quand il s’agit de l’amitié de Jésus, quand lui nous appelle à entrer dans son projet et dans son œuvre, il ne peut être question de se désengager ni de remettre à plus tard, car il y va de notre vie et de notre bonheur.

Nous voici donc à pied d’œuvre pour le projet de Jésus ; et nous nous retrouvons chaque matin trop riches, trop lourds, trop encombrés.

Pourtant ce n’est pas notre désir qui est en cause. Nous avons même posé des actes irréversibles qui nous ont compromis pour le Règne de Dieu et pour la mission de Jésus. Pour lui nous avons tout quitté, père et mère, frères et sœurs ; d’avance nous lui avons donné les enfants que nous n’aurons jamais. Bien des choses qui nous valorisaient aux yeux du monde et à nos propres yeux, les richesses de la culture, de l’art ou du cœur, les responsabilités qui réclamaient le meilleur de nous-mêmes, toutes ces choses « qui étaient pour nous des gains », des atouts et des assurances, nous les avons considérées comme des handicaps à cause du Christ, parce que notre chemin a croisé sa route et que notre regard a rencontré le sien.

Notre don a été authentique, et notre désir d’être tout au Christ demeure vrai et puissant ; mais nous reprenons parfois au quotidien ce que déjà nous avions mis sous le sceau de l’éternel.

Nous avions bien « balayé notre maison » pour Celui qui venait l’habiter (Lc 11,25) ; mais sans doute avions-nous ce jour-là un balai, et pas de pelle : les poussières sont restées en tas, dans un coin de notre cœur, et nous gardons un regard sur les balayures.

Que la force de cette Eucharistie restaure en nous la fermeté du premier don. Qu’elle réveille notre désir de « gagner le Christ » et d’ « être trouvés en lui » (Ph 3,9). Qu’elle nous rende notre élan sur la route, « pour tâcher de saisir le Christ comme déjà nous avons été saisis par lui ».

Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.