2e Dimanche de l’Avent -C-

Dans cet Évangile, St Luc indique avec un luxe inaccoutumé de précision, le moment exact où la parole de Dieu se fit entendre à Jean le Baptiste au désert. Il parle presque en historiens modernes soucieux de rigueur scientifique, et de ce fait son annonce revêt un caractère tout à fait solennel. Il est vrai que ce moment précis était d’une importance capitale, bouleversante même, et il importait donc de le circonscrire correctement dans le temps, dans l’histoire.

Car en ce moment précis, Dieu, l’Éternel, allait s’insérer dans le temps, celui qui est sans commencement et sans fin, allait se couler dans notre histoire, il consentait à être mesuré par le temps, à avoir, comme chacun de nous, un passé et un avenir, une naissance, une jeunesse, une maturité, une mort. Ce moment, d’une extrême importance, allait changer le cours du temps. Avant Jésus, le temps avançait et convergeait vers lui. Depuis le passage de Jésus, le temps, tout en continuant de progresser, reste, pour ainsi dire, adossé à Jésus. En effet, depuis 2000 ans des générations de chrétiens s’appuient sur lui, font mémoire de lui, répètent les paroles et les gestes de Jésus. Mais nous ne restons pas seulement fixer sur le passé, notre regard se porte aussi sur l’avenir. Car il n’y a pas seulement le souvenir de Jésus, passant autrefois, il y a aussi la promesse du retour en gloire de Jésus. De sorte que l’Église se trouve comme doublement marquée et aspirée entre le souvenir de Jésus devenu autrefois et l’attente de Jésus au revenant bientôt.

Dans cette tension entre le passé et l’avenir, le temps a aussi changé de qualité. En Jésus, naissant et évoluant sur cette terre à une date précise il y a 20 siècles, c’est notre temps des hommes qui a été comme ensemencés par l’éternité de Dieu. Les instants qui se succèdent depuis Jésus ne ressemblent plus aux instants qui étaient avant Jésus. Désormais chaque instant qui passe possède une dimension nouvelle, au cœur de chaque instant, reçu de la main de Dieu, se cache un possible Avent, un avènement de Jésus. À chaque instant, nous sommes appelés à une rencontre. La terre n’a pas changé, mais elle est désormais pleine de Dieu, les jours n’ont pas changé de visage, et cependant le jour au jour et la nuit à la nuit se redise les merveilles de Dieu. Pour cela, il nous faut ouvrir notre regard de foi pour recevoir à chaque instant de la main de Dieu la dimension d’éternité qui marque désormais la création. Jean-Baptiste l’annonçait après le prophète Baruch, les monts élevés seront abaissés, les combes et les vallées seront nivelées, les chemins tortueux seront rendus droits. Et Dieu guidera de nouveau son peuple, au milieu des fêtes, à la lumière de sa gloire, avec sa sainteté et sa miséricorde.

Un jour, quand nos yeux souffriront de cette façon, capable de percevoir la délicatesse de Dieu, nous serons tout étonnés et nous dirons : vraiment, Dieu était tout proche de nous, à chaque instant, et nous ne l’apercevions pas. Notre histoire était une histoire sainte, écrit avec le cœur et le doigt de Dieu, et nous ne le savions pas.

L’Avent liturgique nous revient chaque année pour nous rappeler l’inlassable densité du temps, c’est-à-dire que chaque instant est un avènement de Jésus, un Avent. Depuis son incarnation, et son œuvre de rédemption, le temps est devenu le temps de Jésus. Et nous sommes invités à attendre la pleine réalisation des promesses, à désirer intensément cette réalisation. Non pas qu’il est disparu de notre horizon, parce qu’il est toujours là, mais parce que nous risquons de dévaloriser l’instant présent, d’oublier que désormais l’instant présent et la plénitude du temps. La plénitude du temps car c’est un temps plein de sa grâce et de sa miséricorde. L’Avent liturgique est un temps sacré, où chaque instant de s’ouvre comme naturellement sur l’éternité, où Jésus ne cesse de nous advenir. « Ainsi, dans la droiture, vous marcherez sans trébucher vers le jour du Christ ; et vous aurez en plénitude la justice obtenue grâce à Jésus-Christ, pour la gloire et la louange de Dieu. »

Il en est de même, d’une façon particulière, pour chacune de nos liturgies où il nous est donné de célébrer en même temps le Jésus de l’histoire, les yeux tournés vers le passé, et le Jésus de la gloire, le cœur ouvert vers l’avenir. Nous faisons en mémoire de lui, nous écoutons sa parole, nous revivons les gestes qu’il a posés, dans le cours de cette histoire qui attend son accomplissement. Chacune de nos liturgies nous libère d’une certaine manière du temps qui passe en nous rendant présent à l’éternité de Dieu à l’œuvre aujourd’hui, le présent accueille l’éternité, mais c’est aussi l’éternité qui accueille notre présent. Avec Jésus au milieu de nous, nous nous tenons déjà devant le trône de l’agneau, avec lui en rendant grâce, loue en Dieu et intercédant pour tous les hommes d’aujourd’hui.