3e Dimanche TO -B- (Avon)

Les maîtres mots des lectures de ce jour semblent être : promptitude et disponibilité ! Comme celles des apôtres qui aussitôt, laissant là leurs filets, ils suivirent Jésus.

Le livre de Jonas nous donne en exemple la ville païenne de Ninive extraordinairement grande, mais qu’une simple journée de prédication du prophète a suffi pour retourner la population. Son appel à la conversion s’est répercuté de bouche à oreille et en quelques heures toute la ville fut en émoi, a pris l’habit de pénitence et reçu en réponse la miséricorde du Seigneur. Comment cette conversion générale fut rendue possible ? Certainement parce que les cœurs et les esprits étaient disponibles, ou pour reprendre les paroles de la parabole du semeur, parce que les soucis du monde et les séductions de la richesse n’avaient pas étouffé la semence de la parole de Dieu dans les cœurs.

C’est dans ce sens qu’il faut entendre l’enseignement de Paul dans sa 1re épître aux corinthiens « le temps est limité. (…) Ce monde tel que nous le voyons est en train de passer. » Pour que nous puissions accueillir et répondre à la parole de Dieu avec la même promptitude et disponibilité que les habitants de Ninive, Paul nous rappelle que nous ne pouvons pas nous laisser envahir par les réalités du monde. Certes elles sont légitimes pour une bonne part, et même bonne, mais à leur juste place, c’est-à-dire au service de la vraie vie, celle qui ne finit pas, la vie spirituelle. Il s’agit de gagner la vraie liberté intérieure, un vrai détachement affectif pour que notre cœur ne s’endorme pas, ne se ferme pas. Sinon, comment pourrions-nous entendre la voix du Seigneur, toujours si douce, délicate et respectueuse de notre liberté ? Comment pourrions-nous entendre et répondre avec promptitude et disponibilité ?

Entendre les appels du Seigneur, ce n’est pas seulement entendre les grands appels tels que les conversions à la foi chrétienne, les vocations qui engagent notre vie, c’est aussi entendre les petits appels de la vie quotidienne qui interpellent notre bonne volonté à suivre le Christ, à vivre selon l’Évangile. Ce peut-être un geste de tendresse, une parole bienveillante, voire un pardon, un regard d’espérance, la renonciation à une gloire passagère, un gain superflu. Pour nous, cette semaine, l’appel du Seigneur est une invitation à prier pour l’unité des chrétiens, comme chaque année entre le 18 et le 25 janvier. Nous connaissons les raisons théologiques profondes pour lesquelles il nous est nécessaire de prier pour cette intention. Tout d’abord parce que le Seigneur nous l’a demandé dans sa grande prière avant de mourir : « Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. » Si nous aimons vraiment Jésus, si sa parole fait autorité pour notre foi et dans notre vie, nous ne pouvons que vivre douloureusement notre infidélité à son testament spirituel.

Au long de l’histoire, nous n’avons pas été capables de maintenir l’unité du corps du Christ, nous avons déchiré la tunique que Jésus nous avait laissée, tissée tout d’une seule pièce. Il ne s’agit pas ici de déterminer les responsabilités d’hier, ni de relativiser les réelles divergences entre nos communautés chrétiennes, mais de simplement reconnaître que l’Esprit Saint avait certainement une volonté et un chemin pour préserver l’unité et que nous n’avons pas été disponibles et prompts pour répondre à cet appel de Jésus dans l’Évangile et au chemin que l’Esprit voulait ouvrir pour nous. Notre responsabilité aujourd’hui est de ne pas continuer sur un chemin de séparation, de montrer des signes de respect mutuel, et de collaborer au mieux pour l’annonce de l’Évangile.

Humainement, à court terme, la réunification des confessions chrétiennes est irréalisable tant les divergences sont importantes. Mais nous pouvons toujours témoigner du respect et de la fraternité, et ce témoignage est d’une grande valeur dans notre société où les différences sont le plus souvent vécues sur le mode de la violence. Et je voudrais souligner un point d’évolution de l’Église catholique qui est peut-être passé inaperçu pour certains et qui va dans le sens de l’accueil de la légitime différence. Face aux évolutions de l’Église anglicane, comme l’ordination des femmes ou l’admission de personnes ouvertement homosexuelles au ministère, un certain nombre de fidèles anglicans ont voulu rejoindre l’Église catholique. Sous l’impulsion de notre pape Benoît XVI, nous avons voulu les accueillir en respectant leur propre tradition et non pas en les incorporant purement et simplement à la tradition catholique latine. C’est pourquoi il a été créé des structures particulières, autonomes des diocèses catholiques, en Grande-Bretagne et aux USA, pour accueillir fidèles, prêtres et évêques anglicans en leur permettant de garder leurs traditions spirituelles et liturgiques et accepter que certains prêtres demeurent mariés. Ainsi devenir catholique, ce n’est pas entrer dans un moule, il y a une légitime diversité, comme avec les Églises catholiques d’Orient, dans la manière de célébrer et d’exprimer une même Foi, d’organiser les communautés.

Aujourd’hui, plus qu’hier, nos communautés religieuses et paroissiales doivent pouvoir signifier ce réel respect des légitimes différences dans l’expression de la Foi pour que le monde croie que ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous différencie, et parce que le respect mutuel est la base de la charité fraternelle. C’est ce que déjà soulignait en son temps St Augustin lorsqu’il affirmait : « In necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus caritas ». Sachons répondre promptement à cet appel de Jésus à le suivre sur ce chemin de l’unité des chrétiens.

Fr. Antoine-Marie Leduc, o.c.d.