Homélie d’Avon : 28è T.O.-A-

Si une personne, ne connaissant pas les Évangiles, venait à participer à notre assemblée dominicale aujourd’hui ou la semaine dernière, elle pourrait être surprise de nous entendre affirmer que Dieu est amour. En effet, aujourd’hui comme dimanche dernier, l’Évangile nous offre de parabole de Jésus où Dieu notre Père est présenté comme un maître exigeant faisant périr misérablement les vignerons de son domaine ou comme un roi n’hésitant pas à massacrer ces sujets qui ne répondent pas à son invitation. Avec un tel Dieu, mieux vaudrait filer droit ! Certes, le Seigneur est bon, il nous donne sa vigne et nous invite aux noces, mais gare à celui qui ne rend pas le fruit de son travail ou ne répond pas à son invitation !

C’est parabole de Jésus ne nous sont pas donnés pour nous faire peur, pour remettre en cause l’amour miséricordieux du Seigneur, elle nous invite plutôt à prendre au sérieux notre existence humaine et notre relation avec le Seigneur. Car il y aurait une manière non chrétienne de comprendre et de vivre de la miséricorde de Dieu qui aboutirait à ne pas prendre au sérieux notre propre vie, et notre réponse à l’amour de Dieu. Croire en cet amour, ce n’est pas croire que nos paroles et nos actes, nos choix de vie n’ont aucune importance car quoi que nous fassions cela n’aurait pas de conséquences Dieu recouvrant tout de sa miséricorde. Non, l’amour ne se paie que par l’amour, et à l’inépuisable miséricorde du Seigneur répond mon amour, certes, imparfaite, limitée et toujours à renouveler, mais qui montre le sérieux de ma vie, ma bonne volonté à collaborer à l’œuvre de Dieu. C’est ce que Jésus veut nous faire comprendre aujourd’hui.

Tout d’abord, nous pouvons faire une lecture historique de ce texte. Nous reconnaissons dans cette page de l’Évangile le drame de l’alliance dans l’Ancien Testament, le Seigneur a invité son peuple à entrer en alliance avec lui, à partager son amour. Cette invitation est ici figurée par l’invitation au repas de noces, où l’alliance est célébrée entre son Fils et l’humanité. Invitation à laquelle les hommes ont souvent répondu par l’indifférence, le mépris et même le rejet des prophètes. Cependant le refus de quelques-uns a permis d’ouvrir l’invitation à un plus grand nombre. Le mystère du salut s’accomplit même à travers nos refus ! C’est pourquoi nous ne pouvons pas condamner ceux qui ont refusé d’entrer en alliance. D’autant plus que le rejet de l’homme qui n’avait pas revêtu les vêtements de noces doit nous mettre en garde contre notre propre attitude.

Le roi condamne sévèrement l’homme qui est entré sans avoir les vêtements adéquats pour la célébration. Mais nous pouvons nous poser la question de savoir comment un invité de la dernière heure, rencontré au détour d’un chemin, aurait-il eu le temps de revêtir un costume de fête ? Il ne faut pas s’arrêter au caractère invraisemblable de cette histoire, mais s’ouvrir à la lecture symbolique. Ici le vêtement de noce est à comprendre comme le symbole des œuvres de notre conversion. Nous devons exprimer extérieurement ce que nous avons accueilli intérieurement dans la foi. Nous trouvons aussi cette image du vêtement dans le livre de l’Apocalypse où il est dit que le vêtement de lin, dont sont revêtus les saints, c’est leurs bonnes actions (Ap 19,8). Saint Jérôme commente ce passage de l’Évangile dans ce sens lorsqu’il dit : « À lui seul, cet homme personnifie tout ce que le mal rassemble. Le vêtement des noces, ce sont les préceptes du Seigneur, les œuvres accomplies selon la loi et l’Évangile qu’est le vêtement de l’homme nouveau. »

Heureux sommes-nous d’être invités au repas du Seigneur ! Nous connaissons cette invitation lancée avant la communion, elle nous concerne particulièrement nous qui avons entendu l’appel du Seigneur et qui sommes ici rassemblés. Chacune de nos eucharisties est comme une annonce et même une anticipation de ce grand repas de noce, les noces du Christ qui épouse l’humanité. Nous ne pouvons pas participer aux noces de l’Agneau sans chercher à revêtir notre cœur de tendresse, de bonté, d’humilité et de douceur, de patience. Le vêtement de noces signifie notre transformation en réponse à l’invitation. Par sa conduite et par ses bonnes œuvres, l’invité aux noces s’ajuste à la grandeur de celui qui l’a appelé, à l’honneur qui nous est fait d’entrer en communion avec Dieu. Nous répondons par une généreuse transformation de notre conduite, nous poursuivrons notre transformation intérieure et extérieure inaugurée par notre nouvelle naissance dans la foi au jour de notre baptême.

Vous avez certainement remarqué que durant l’Eucharistie à de nombreuses reprises nous demandons pardon au Seigneur, « Seigneur, prends pitié ! ». C’est une façon de reconnaître que notre préparation à l’accueil du don de Dieu est bien imparfaite en nos vies. Nous ne sommes pas à la hauteur d’une telle invitation, mais nous nous confions à la miséricorde de Dieu et nous désirons y répondre de mieux en mieux chaque jour. Et comme le rappelait la première lecture, quelquefois notre préparation peut ressembler au franchissement de montagne qui demande de la peine. Mais cette peine est bien payée, l’Eucharistie est un repas extraordinaire préparé par le Dieu qui nous sauve. Tous les hommes sont invités sans distinction, sans privilège d’origine. Mais on ne peut s’approcher du Seigneur sans chercher à lui plaire, c’est-à-dire à nous revêtir du Christ, en accomplissant comme lui ce qui plaît au Père.

Nous ne pouvons pas prendre part au repas du Seigneur sans prendre part aussi à son œuvre d’amour en ce monde. Notre participation à l’Eucharistie est liée à une manière de vivre au fil des jours où nous tissons ainsi le vêtement de nos noces que nous célébrerons avec le Seigneur. Heureux sommes-nous si nous participons ainsi au festin des noces de l’Agneau !