3e Dimanche de Pâques - C-

Jésus vient pour la troisième fois au devant de ses disciples après sa mort sur la Croix. L’Évangile utilise deux images pour nous faire comprendre la réalité de cette rencontre étonnante. La première image est celle du passage de la nuit au jour. La rencontre se passe au lever du jour, quand la nuit fait place peu à peu à la lumière. Les apôtres ont péché toute la nuit sans rien prendre. La nuit est le temps de l’échec. Nous avons tous fait l’expérience de ces efforts qui ne servent à rien. C’est la nuit parce que l’on est dans la tristesse, la fatigue, le découragement. Mais voilà qu’au matin un inconnu appelle. Jésus aussi sort de la nuit, la nuit de la Passion, de sa condamnation à la mort de la Croix. Jésus est sorti de cette nuit, mais les disciples ne le reconnaissent pas encore. Il les invite alors à jeter une fois encore leur filet. Cette parole fait renaître la confiance ; elle donne du courage pour recommencer une fois encore et le miracle se produit. Jésus nous rejoint ainsi en toute parole d’encouragement, en toute parole qui réveille la confiance.

Tout devient alors possible au-delà de ce que nous espérions. Jésus est vivant et avec lui notre vie sur terre est possible. Nous avons facilement le sentiment d’être responsables de nos échecs, mais lorsque vient la réussite alors elle nous apparaît comme un véritable miracle, comme quelque chose qui ne vient pas de nous et qui nous est donné. Le Christ lui-même a reçu sa vie de Dieu son Père comme un don inespéré après son échec et sa mort sur la Croix. C’est pourquoi il peut nous faire découvrir que la vie est un cadeau de Dieu.

La deuxième image de ce récit est celle non pas du passage de la nuit au jour, mais de la mer à la terre. Les disciples sont sur la mer et Jésus est sur la terre. La mer représente un lieu difficile et parfois dangereux. Lorsque nous disons qu’il nous faut ramer, nous exprimons combien la vie est difficile. La mer représente la vie dans sa dimension d’effort, de combat, de travail. C’est d’autant plus difficile que parfois on se fatigue pour rien. Il arrive que l’on travaille toute une nuit sans obtenir de résultats : l’expression ramer dit bien cette difficulté de notre vie. Face à la mer sur laquelle les disciples se trouvent épuisés par une nuit d’efforts inutiles, il y a le rivage. Jésus se trouve sur terre en sécurité. Il est sur le lieu de sa victoire sur la mort. En fait, cette terre représente déjà le ciel, car Jésus ressuscité appartient au ciel. Notre vie sans Dieu est comme une vie en pleine mer alors que la terre apparaît comme le lieu de la vie avec Jésus, un commencement du ciel. Parce qu’ils croient en sa Parole, les disciples peuvent rejoindre Jésus sur la terre ferme.

Frères et sœurs, lorsque nous cherchons à nous imaginer ce que sera notre rencontre avec Dieu après la mort, nous pensons à quelque chose de grandiose qui nous fait peut-être un peu peur. Nous serons totalement surpris, déroutés par cette rencontre, mais peut-être pas parce qu’il y aura une fanfare extraordinaire à vous couper le souffle, mais au contraire pas parce que cela sera tout simple, infiniment simple comme est simple l’amour véritable : un feu de bois, quelques poissons grillés et du pain suffiront à Dieu pour nous dire son amour, cette vie qu’il nous donne totalement en son Fils Bien-aimé. Tout l’amour de Dieu est là dans ce repas que Jésus nous offre au lever de ce jour nouveau. Il a préparé lui-même un peu de pain, quelques poissons, un feu de braise. C’est son corps livré au feu de l’amour sur la Croix et donné en nourriture pour que nous vivions pour toujours avec lui. Cette nourriture du ciel nous est offerte en cette messe pour rencontrer le Christ vivant avec Dieu. Déjà, ce repas partagé préparé par Jésus, nous donne de comprendre que Dieu est tout proche, profondément humain. Son amour touche notre cœur par les gestes les plus simples, du pain et du vin partagés. En Jésus, son Fils, sa vie divine s’est faite pour nous infiniment humaine.

Fr. Olivier-Marie Rousseau, o.c.d.