5e Dimanche de Pâques -C-

Le commandement nouveau

« Vous me chercherez », voilà l’une des premières confidences de Jésus après le départ de Judas ; et depuis l’Heure de Jésus, l’heure de sa passion glorifiante, ceux et celles qui ont entendu l’appel de Jésus et sont devenus pour lui des disciples, ne cessent de le chercher.

Nous cherchons celui qui nous cherche, et c’est une espérance paradoxale et une certitude un peu folle qui nous animent, car Jésus nous a prévenus : « Là où je vais, vous ne pouvez venir ». Il l’a dit à ses ennemis qui voulaient sa mort (8,21), et il nous le redit, à nous qui avons soif de sa vie : « Là où je vais, dans cette gloire où le Père va me prendre, vous ne pouvez venir, pour l’instant ». Le Christ s’en est allé dans ce pays qui n’est ni lointain ni proche, mais qui est tout autre, tout autant que Dieu est Dieu ; et désormais le Seigneur de notre appel, sans cesser de nous appeler, nous demeure caché par un excès de gloire.

Il a dit : « Vous ne pouvez venir. » Il n’a pas dit : « Je suis absent pour vous. » Il nous a donné le moyen de lui rester unis malgré l’écran de gloire : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. »

La prophétie et la consigne sont liées : « vous me chercherez… Aimez-vous… C’est en vous aimant que vous me trouverez ; c’est en vous aimant que vous resterez en quête de moi. » Nous voulons savoir si nous cherchons encore le Sauveur qui a pris notre vie ? Demandons-nous si l’amour fraternel reste notre tourment, ou plutôt s’il ensoleille chacune de nos journées. Cherchons-nous Jésus en évitant les frères ou les soeurs de Jésus, ou bien, au contraire, acceptons-nous d’attendre de Jésus, enfouis dans la charité quotidienne, qu’il nous donne un cœur universel, un cœur qui aime comme lui a aimé ? Aimer comme il a aimé, c’est le vrai chemin de la quête de Jésus, et c’est le seul moyen de savoir qu’on l’aime. Tant que nous vivons sur cette terre, c’est par ce sentier de l’amour fraternel que nous approchons le plus vite et le plus près de Jésus, jusqu’à l’écran de gloire.

« La charité, c’est tout sur la terre », disait Thérèse de Lisieux. Sa source, c’est l’amour dont Jésus a aimé ; son modèle inaccessible, c’est l’amour dont Jésus est mort, donnant sa vie pour que nous ayons la vie en abondance.

Très souvent, Dieu seul est témoin de l’amour qui rapproche, qui réunit, qui réconcilie les frères ou les sœurs ; mais Dieu, par son Esprit, rend cet amour universel. L’amour que les frères ou les sœurs se donnent ici et maintenant, au nom de Jésus, Dieu semble le cacher, l’entourer d’un mur de silence. En fait, si Dieu l’enclôt, c’est dans le creux de sa main, pour le lancer ensuite jusqu’aux confins du monde, comme la colombe de son arche de paix.

« Si vous avez de l’amour les uns pour les autres, dit Jésus, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples. » Le monde nous reconnaît comme disciples de Jésus lorsque, pour le trouver, nous choisissons de le chercher ensemble, solidaires avec d’autres à la vie et à la mort dans cet amour fraternel auquel lui-même est venu nous appeler, et qui nous conduira tout près de lui, en pleine gloire.

Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.