Homélie d’Avon : Pentecôte

LA VIE DANS L’ESPRIT

Roi céleste, Paraclet, Esprit de Vérité, partout présent et remplissant tout, Trésor de tout bien, et Donateur de vie, Viens et demeure en nous, Purifie-nous de tous péchés, Et dans ta bonté sauve nos âmes, Toi qui règnes avec le Père et le Fils, pour les siècles des siècles.

Je voudrais vous rappeler tout de suite une phrase de St Jean de la Croix, que je considère comme une des plus belles : « Elle est donc souverainement désirable, cette brise de l’Esprit Saint, et chaque âme doit demander qu’elle souffle au travers de son jardin, afin que les divins parfums de Dieu s’en exhalent. » (Cantique Spirituel B, Strophe 17, § 9.)

Ce matin, demandons cette brise de l’Esprit Saint, pour pouvoir vivre de l’Esprit, mieux encore pour pouvoir vivre dans l’Esprit. Cet Esprit, qui est donateur de vie, c’est ce que nous proclamons tous les dimanches dans le symbole de Nicée-Constantinople : « Je crois en l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie ».

Posons-nous ce matin une question à laquelle nous répondrons dans le secret de notre cœur : Aujourd’hui pour moi, l’Esprit Saint est-il Celui qui me donne la vie ?

L’Esprit Saint nous entraîne dans le rythme de la vie divine ; Il est cette circulation d’amour entre le Père et le Fils, entre le Fils et le Père ; et c’est par Lui que l’homme peut participer à la vie de Dieu.

L’Esprit Saint est un Esprit d’Amour, un Esprit de Liberté, un Esprit de Vérité. Esprit d’Amour : Si le souffle évoque l’Esprit, son nom véritable est : agapè. Il est l’Amour authentique, il est la source de toute tendresse. Il est Celui qui vient restaurer en nous notre capacité d’aimer. En effet, à cause du péché, notre capacité d’aimer a été abîmée, désorientée. Nous quand nous aimons, nous prenons et finalement nous détruisons ce que nous aimons pour nous l’approprier. Or, l’Esprit d’Amour nous restaure dans notre capacité d’aimer, il nous fait passer d’un amour captatif à un amour oblatif. Nous passons avec lui du « pour Moi », « pour mon plaisir » au « pour Toi », « pour ton bien » ; nous apprenons à donner au lieu de prendre. Cette conversion profonde de l’être, il n’y a que l’Esprit Saint qui peut la réaliser en nous ; un Esprit que le Père veut répandre en nos cœurs : « L’espérance ne déçoit point parce que l’Amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous fut donné » (Rm 5, 5).

S’il y a de l’amour, de l’amour vrai, dans nos cœurs, dans nos vies, c’est parce que le Saint-Esprit nous a été donné. Cet Esprit d’Amour, il est le lien de communion, et j’aime à dire qu’il devrait être le tiers présent de toutes nos rencontres. Car en lui, et seulement en lui, toute rencontre peut devenir une vraie rencontre. Parce que s’il est le tiers présent, nous nous tiendrons à bonne distance, sans fusion et sans indifférence ; la rencontre peut alors être une rencontre féconde qui fera croître chacun de ceux qui se rencontrent.

D’où l’importance de se livrer à lui et de l’appeler de tout notre être. L’Esprit d’Amour en restaurant notre capacité d’aimer nous ouvre à une vraie liberté.

Esprit de Liberté : L’amour, quand il est vrai, quand il est oblatif, ouvre à la Liberté. Nous pouvons citer ici la parole de saint Augustin qui est universellement connue : « Aime et ce que tu veux, fais-le ! » (Première Lettre de saint Jean, Traité VII, § 9.) Une parole qui ne peut se comprendre qu’avec les caractéristiques de l’amour oblatif. Si nous aimons, de cet amour, nous savons bien, nous sentons bien que nous ne pourrons pas faire n’importe quoi. Saint Augustin écrit cela après un long développement sur le fait que nous ne pouvons pas évaluer un acte ou une parole car seule la racine qui va donner naissance à l’acte ou la parole permet de l’évaluer. Et tout ce qui a pour racine l’amour, sera bon. La racine de l’amour offre une vraie liberté. Pas la fausse liberté qui consiste à faire ce que je pense, ce que je veux ou ce dont j’ai envie ; cela n’est pas de la liberté c’est de l’esclavage. Je suis esclave de mes passions et de mes désirs.

La véritable liberté consiste à faire ce pourquoi je suis fait, à entrer dans le dessein du Père, à me tenir comme créature devant mon Créateur, accueillant son désir de me faire devenir fils dans son Fils unique et collaborant à son œuvre de Salut. Sachant que la première collaboration est de l’accueillir pour soi. L’Esprit, qui est l’Esprit d’amour, nous conduit à une vraie liberté ; c’est à dire à une liberté de Fils. Et nous avons besoin de l’œuvre en nous de l’Esprit en nous pour acquérir cette vraie liberté des enfants de Dieu.

Il y a là pour chacun, et pour tous, un appel de la part de Dieu : « Vous avez été appelés à la liberté » (Ga 5, 13). Qui dit liberté dit aussi « libération », car il faut devenir libre, il faut être libérer de ce qui vient gêner la liberté. Il s’agit donc de se laisser mener par l’Esprit pour que triomphe le dynamisme de vie sur les pulsions de mort. Il s’agit de se laisser conduire par l’Esprit parce que la loi n’est plus extérieure, c’est la loi nouvelle qui est dans notre cœur. L’Esprit en nous dévoilant le projet d’amour du Père pour nous et pour le monde, vient également contester ce qui en nous fait obstacle à se dessein d’amour. Ce qui nous est demandé finalement, c’est de vivre pleinement la grâce de notre baptême qui est renonciation au mal et à Satan, qui est l’auteur du mal. Grégoire de Nysse dit : « Chaque fois que tu renonces au mal, tu es baptisé dans l’Esprit Saint. »

L’Esprit Saint nous fait croître en amour et en liberté. Il nous fait croître en Vérité.

Esprit de Vérité : Dans les chapitres 14, 15 et 16 de l’Évangile selon saint Jean, l’évangéliste insiste beaucoup sur l’Esprit, comme Esprit de vérité. Nous pouvons même lire dans la première épître de saint Jean : « C’est l’Esprit qui rend témoignage, parce que l’Esprit est la Vérité » (I Jn 5, 6). L’Esprit saint si nous nous mettons sous sa motion, nous conduit à faire que notre oui soit oui et que notre non soit non (Cf. Mt 5, 37 ; Jc 5, 12). C’est l’Esprit qui fait de nous des êtres vrais, véridiques.

Mais nous l’expérimentons au quotidien, cette vie dans l’Esprit Saint est un véritable combat, un combat spirituel. Il ne peut pas en être autrement car s’il y a bien l’Esprit Saint qui œuvre, il n’y a pas que lui. Et il me semble que nous pouvons faire nôtre la parole que Jésus adresse aux fils du tonnerre que sont Jacques et Jean : « Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes » (Lc 9, 55).

Oui, nous ne savons pas de quel esprit nous sommes, parce qu’il y a un autre esprit : l’esprit du privé d’amour ! du diviseur. Il me divise intérieurement et il nous divise entre nous. Souvent il nous prend dans les filets de l’avoir (à tous niveaux : matériel, intellectuel, spirituel), de l’honneur, du pouvoir et de la puissance d’où la nécessité d’opérer un discernement.

C’est l’amour vécu au quotidien qui sera le signe indiscutable de la présence et de l’action de l’Esprit en notre vie.

Nous pouvons faire nôtre l’exclamation de saint Jean de la Croix : « Elle est donc souverainement désirable, cette brise de l’Esprit Saint. » (Cantique Spirituel B, Strophe 17, § 9). Demandons les uns pour les autres qu’elle souffle dans nos jardins, dans nos jardins pour qu’ensemble nous exhalions des parfums merveilleux.

Confions-nous à la prière maternelle de la Vierge Marie qui fut comblée de l’Esprit Saint. Si nous nous approchons d’elle, si nous la prenons chez nous, l’Esprit Saint débordera de son cœur dans le nôtre. (Cf. Lc 1, 41.) Oui, viens Esprit Saint, emplis le cœur de tes fidèles ! Amen.

Fr Didier-Marie Golay, ocd