Baptême du Seigneur 2010

L’Esprit, tel une colombe !

Il ne faut pas se méprendre sur le Baptême du Seigneur Jésus. Si Jésus vient au Jourdain pour recevoir le baptême de Jean, ce n’est pas qu’il ait, comme tous les autres, besoin de se convertir et de se faire pardonner par Dieu ; mais c’est pour rejoindre les plus fervents de son peuple dans leur volonté de renouveau spirituel et pour inaugurer sa propre mission par une sorte de retraite.

L’évangile d’aujourd’hui le souligne : aussitôt baptisé, Jésus s’est mis en prière, et c’est comme en réponse à cette prière de Jésus que l’Esprit Saint se donne à voir et que la voix de Dieu se donne à entendre. Or ces deux manifestations dévoilent le mystère de la personne de Jésus : l’Esprit, comme une colombe, descend sur lui, et la voix du Père s’adresse à lui : « Tu es mon Fils bien-aimé ; tu as toute ma faveur ». C’est bien Jésus qui est au centre de la scène, lui qui désormais sera le centre de l’histoire du monde.

En un sens, rien ne change à ce moment pour Jésus, car depuis sa conception et sa naissance il a toujours été le Fils de Dieu parmi les hommes ; mais c’est sa mission qui est proclamée par Dieu lui-même. Il sera le mystérieux prophète serviteur de Dieu annoncé dans les prophéties d’Isaïe : « Voici mon élu en qui mon âme se complaît. J’ai mis sur lui mon Esprit » Is 42,1-7).

Et Jésus peut retrouver son propre programme de salut et de miséricorde dans le programme que Dieu assignait à son prophète serviteur dans le même texte d’Isaïe : « Il ne crie pas, il n’élève pas le ton, il ne brise pas le roseau froissé, il n’éteint pas la mèche qui faiblit … »

« J’ai fait de toi, dit Dieu, l’alliance du peuple et la lumière des nations pour ouvrir les yeux des aveugles, pour tirer du cachot le prisonnier et de la prison ceux qui habitent les ténèbres. » Mais, direz-vous, tout ici concerne le Christ ! Qu’y a-t-il à tirer pour nous de ce passage de l’Évangile ? Qu’est-ce qu’il éclaire de notre vie ?

Il est vrai que tous les projecteurs sont braqués sur Jésus ; mais c’est justement cela qui est essentiel, même pour notre vie quotidienne : nous savons qui est notre sauveur, nous savons qui nous devons regarder, appeler, saisir, pour trouver la paix et le chemin vers Dieu. Et c’est cette lumière décisive que nous fêtons en célébrant le Baptême de Jésus. Ce jour-là, Dieu le Père a parlé, pour commenter Noël et Nazareth, pour donner le sens de l’Incarnation de son Fils. Ce jour-là, l’Esprit Saint a désigné le Bien-aimé de Dieu, celui qui, totalement investi de la force d’en-haut, allait pouvoir nous plonger dans l’Esprit de la promesse.

Frères et sœurs, dans un monde déchiré, menacé, malheureux, où tant d’hommes cherchent vainement une raison d’espérer, un guide à suivre ou une cause à servir, la voix de Dieu, de notre Dieu Père, se fait entendre encore aujourd’hui, et l’Esprit Saint ramène nos yeux et notre cœur vers Jésus qui est à lui seul toute l’espérance, toute la certitude des humains.

Nous cherchons la voie de l’unité communautaire, la vérité qui ensemble nous éveillera, la vie qui comblera notre désir. Il suffit de saisir ce que notre Dieu aujourd’hui nous donne à voir et à entendre : l’Esprit Saint, par son vol silencieux, nous désigne le Fils, Jésus sauveur, et la voix du Père nous redit patiemment : « Lui, lui, rien que lui ! »

Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.