Homélie d’Avon : 27e Dimanche TO

AUGMENTE EN NOUS LA FOI

Frères et Sœurs,

Aujourd’hui, nous entendons les Apôtre demander à Jésus : « Augmente en nous la foi. » (Lc 17, 5.) Ils avaient fortement conscience que la foi était un don à recevoir, une grâce à demander. Dans notre prière personnelle, nous intercédons pour telle ou telle personne, nous présentons au Seigneur, telle ou telle situation, mais osons-nous lui demander d’augmenter en nous la foi ? Nous arrive-t-il de formuler cette demande ?

Oui, frères et sœurs, demandons au Seigneur d’augmenter notre foi, cette foi que nous allons proclamer dans quelques instants, la foi en un Dieu créateur. Avoir foi en un Dieu créateur, c’est se découvrir comme créature. C’est se recevoir de Dieu et savoir que notre source n’est pas en nous mais en lui. Il nous faut toujours apprendre à nous situer dans la vérité de notre être, un être créé qui se tient face à son Créateur. Mais notre Créateur a envoyé son Fils dans notre humanité pour qu’il nous soit donné par le Fils de devenir enfants de Dieu, fils et filles dans le Fils unique.

Oui, frères et sœurs, nous croyons en un Dieu Trinité, un Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. Mais ce Dieu Trinité n’est pas resté enclos en lui-même ; la circulation d’amour et de vie qui ne cesse d’irriguer les relations mutuelles des Trois Personnes Divines a jaillit à l’extérieur dans l’acte Créateur. Un acte absolu libre et gratuit. Cet amour jaillit du cœur même de l’Être trinitaire jaillit encore à l’extérieur par l’acte Rédempteur, l’Incarnation du Verbe et son Mystère Pascal, acte qui ne cesse de s’actualiser pour les croyants au cours des temps.

Cette communication que Dieu fait de lui-même, elle est surabondante, gratuite ; elle ne dépend ni de nos mérites, ni de qualités, ni de nos capacités, elle est à recevoir dans l’action de grâce, dans la gratuité totale. Alors face à ce don que Dieu veut faire de lui-même, Jésus invite les croyants à se donner aussi totalement, sans retenue. Il ne faut pas “faire d’épicerie avec le Seigneur. Face au débordement d’amour dont il ne cesse de nous inonder, nous ne serons jamais en règle. Nous ne pouvons pas nous satisfaire d’une pratique dominicale régulière et de la prière du matin et du soir. C’est toute notre vie qui doit se laisser irriguer ainsi par la vie de foi.

Nous pouvons reprendre ici la formule de saint Augustin : « La mesure de l’amour, c’est d’aimer sans mesure. » Nous sommes invités à ne pas calculer, à accueillir la grande libéralité de l’amour divin et à y répondre avec générosité et abandon.

Pour cela, il nous faut entendre les conseils que Paul donne à Timothée : « Réveille en toi le don que Dieu que tu as reçu quand je t’ai imposé les mains. » (2 Tm 1, 6.)

Frères et Sœurs, ne restreignons pas l’imposition des mains dont Paul parle à Timothée à la célébration d’ordination des diacres, prêtres et évêques (ministres ordonnés).

Chacun, chacune de nous a reçu et reçoit encore l’imposition des mains. Au jour de notre baptême, le prêtre nous a imposé les mains pour nous préparer au don que nous allions recevoir. Au jour de notre confirmation, l’évêque ou son délégué nous a imposé les mains avant de nous oindre du Saint Chrême. A chaque eucharistie, l’Esprit saint est appelé par l’imposition des mains sur le pain et sur le vin pour qu’ils deviennent Corps et Sang du Christ, mais également sur notre assemblée pour qu’elle devienne “Corps du Christ. Chaque fois que nous recevons le sacrement de la réconciliation, le prêtre impose la main sur nous en prononçant la formule d’absolution.

Oui, nous avons reçu nous aussi l’imposition des mains et nous sommes donc invités à réveiller en nous le don reçu qui n’est autre que l’Esprit Saint. Paul évoque un « esprit de force, d’amour et de raison. » (2 Tm 1, 7.)

Oui, il nous faut fortifier notre foi. Si nous demandons au Seigneur, “d’augmenter en nous la foi, il nous revient de collaborer à son œuvre en la fortifiant. Et les deux qualificatifs employés par Paul se complètent magnifiquement : amour et raison.

Il nous faut fortifier notre foi par l’usage de notre raison en cherchant à comprendre les Mystères de la foi et du Salut, en essayant de pénétrer les secrets de l’Écriture. Quelle part donnons-nous dans notre existence concrète à la lecture d’ouvrages bibliques ou théologiques. Nous devons nourrir notre raison, notre intelligence. Mais il nous faut aussi nourrir notre affectivité, notre amour pour que nous ayons la joie de vivre en intimité profonde avec le Christ, Jésus et par lui, avec les Trois.

Paul poursuit : « N’aie pas honte de rendre témoignage. » (2 Tm 1, 8.) Dans nos familles, sur nos lieux de travail, dans nos collèges, ils nous arrivent bien souvent d’avoir peur de nous affirmer chrétien. Nous avons honte de notre foi, de notre Église… Nous avons peur des moqueries, de ne pas avoir la bonne réponse, de perdre la face… Or Paul nous invite à prendre notre « part des souffrances pour l’annonce de l’Évangile. » (2 Tm 1, 8.)

Le Verbe de Dieu s’est incarné, il a vécu le Mystère Pascal, mystère de mort et de résurrection. Le chemin qu’il a emprunté, il l’a ouvert pour nous. Notre Mère, sainte Thérèse d’Avila s’exclamait : « Faisons route ensemble, Seigneur ! Où que tu ailles, il me faut aller ; où que tu passes, il me faut passer. » (Chemin de perfection, 26, 6.)

Jésus, dans le mystère de son Incarnation rédemptrice a pris la « condition de serviteur (qui nous était recommandé dans l’évangile de ce jour), il s’est abaissé jusqu’à la mort et la mort de la croix. » (Ph, 2, 7-8.) Nous sommes invités à entrer dans la profondeur du Mystère pascal, non d’une manière intellectuelle ou spirituelle mais d’une manière existentielle, ainsi nous rendrons témoignage au Christ et donc au Père, au Fils et à l’Esprit.

Ce matin, frères et sœurs, nous pouvons entendre de manière personnelle l’appel que Paul lance à Timothée : « Tu es le dépositaire de l’Évangile ; garde-le dans toute sa pureté grâce à l’Esprit Saint qui habite en nous. » (2 Tm 1, 13-14.)

Oui, frères et sœurs, chacun, chacune de nous est “dépositaire de l’Évangile. Quelle responsabilité ! Quelle confiance !

Alors si vous le voulez, soyons les uns pour les autres mendiants de l’Esprit Saint pour qu’il nous aide à être de vrais dépositaires de l’Évangile. C’est-à-dire que nous le mettions, par notre, agir par nos paroles, à la disposition de tous nos frères les hommes pour qu’ils puissent en être éclairés et réchauffés.

Oui, Seigneur Jésus, nous te le demandons les uns pour les autres : “augmente en nous la foi, fortifie-là ; Donne-nous l’Esprit Saint pour que nous puissions être de véritables dépositaires de ton Évangile, de vrais témoins de la foi au cœur de monde.

Amen.

Fr. Didier-Marie Golay, ocd