Baptême de Jésus 2011

« Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force »

Avec les fêtes de Noël et de l’Épiphanie, nous commémorions les manifestations de Jésus enfant, aujourd’hui, avec le baptême de Jésus, c’est sa première manifestation d’adulte et le début de son ministère que nous célébrons.

La prédication de Jean-Baptiste avait suscité en Israël un formidable élan de conversion. Tous ceux qui se décidaient à changer de vie et à faire à Dieu toute sa place venaient se plonger dans les eaux du Jourdain en signe de renouveau intérieur. Jésus, volontairement, a voulu rejoindre l’élite de son peuple, non pas l’élite du pouvoir, mais une élite de la foi et de la confiance en Dieu. C’est pourquoi, bien que sans péché, Jésus est venu participer à ce baptême. Jean-Baptiste est là pour accomplir sa propre mission de le désigner comme le Messie. Après avoir entendu son portrait par Isaïe, nous mesurons à quel point l’événement du baptême de Jésus se passe dans l’obéissance et l’humilité : voici le Sauveur du monde venant demander le baptême que Jean donne pour préparer les hommes à recevoir la grâce du salut.

Si Jésus vient au Jourdain pour recevoir le baptême de Jean, ce n’est pas qu’il ait, comme tous les autres, besoin de se convertir et de se faire pardonner par Dieu, mais c’est pour rejoindre les plus fervents de son peuple dans leur volonté de renouveau spirituel et pour inaugurer sa propre mission par une sorte de retraite. L’évangile d’aujourd’hui le souligne, aussitôt baptisé, Jésus s’est mis en prière, et c’est comme en réponse à cette prière de Jésus que l’Esprit Saint se donne à voir et que la voix de Dieu se donne à entendre. Ces manifestations dévoilent le mystère de la personne de Jésus : l’Esprit, comme une colombe, descend sur lui, et la voix du Père s’adresse à lui : « Tu es mon Fils bien-aimé ; tu as toute ma faveur ». C’est bien Jésus qui est au centre de la scène, lui qui désormais sera le centre de l’histoire du monde.

Car aucune personne de la Trinité ne pouvait manquer en ce moment où Jésus prenait toute sa mesure de fils d’homme et de Fils de Dieu, en ce moment où Dieu est pleinement révélé dans l’humble et royale nudité de son corps humain, aucune personne de la Trinité ne pouvait manquer à cet Événement et c’est la voix du Père qui résonne et qui proclame solennellement l’origine divine et éternelle de Jésus et l’amour de son Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en lui j’ai mis tout mon amour. » Le mystère de Jésus, les origines de Jésus se confondent avec cette déclaration d’amour.

En un sens, rien ne change à ce moment pour Jésus, car depuis sa conception et sa naissance, il a toujours été le Fils de Dieu parmi les hommes ; mais c’est sa mission qui est proclamée par Dieu lui-même. Il sera le mystérieux prophète serviteur de Dieu annoncé dans les prophéties d’Isaïe : « Voici mon élu en qui mon âme se complaît. J’ai mis sur lui mon Esprit ». Et Jésus peut retrouver son propre programme de salut et de miséricorde dans le programme que Dieu assignait à son prophète serviteur dans le même texte d’Isaïe : « Il ne crie pas, il n’élève pas le ton, il ne brise pas le roseau froissé, il n’éteint pas la mèche qui faiblit (…) J’ai fait de toi, dit Dieu, l’alliance du peuple et la lumière des nations pour ouvrir les yeux des aveugles, pour tirer du cachot le prisonnier et de la prison ceux qui habitent les ténèbres. »

Toute proportion gardée, c’est bien cette grâce filiale que nous vivons lorsque nous laissons faire Dieu, dès que, loyalement, nous cherchons la route de l’humilité. En effet, saint Pierre l’explique dans la deuxième lecture, « Dieu ne fait pas de différence entre les hommes », car Il les regarde en son Fils unique, en Jésus-Christ. « C’est lui, Jésus, qui est le Seigneur de tous », c’est lui, Jésus, qui est le Serviteur dont le prophète disait « j’ai fait reposer sur lui mon esprit ». Tel est bien le témoignage que nous livre Jean-Baptiste et que Pierre atteste : « Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force ». Par la parole de saint Pierre, l’Église entière atteste qu’elle a vu l’accomplissement de la prophétie en Jésus-Christ. C’est de cela que l’Esprit Saint témoigne aujourd’hui dans l’Église, c’est tout le mystère de Jésus qui nous sauve, de Noël au Cénacle, du Baptême à la Croix ; et le Jourdain qui nous baptise, c’est le fleuve d’eau vive, c’est l’Esprit Saint qui a jailli pour nous de la vie filiale de Jésus.

Le temps de Noël ne peut avoir meilleure conclusion que la célébration du baptême du Seigneur. C’est en effet ainsi que nous terminons ce temps liturgique qui est le temps de la révélation de la grâce du salut en Jésus-Christ. Dans la Crèche, nous avons contemplé le Verbe fait chair, à l’Épiphanie nous avons vu la lumière du Christ illuminer les nations, au jour de son baptême, l’œuvre de Dieu se révèle dans sa plénitude : le Père veut sauver tous les hommes et confie à son Fils de leur révéler son amour. Nous abordons donc le temps ordinaire riches de la révélation que le jugement de Dieu sur les hommes pécheurs consiste à faire d’eux ses enfants d’adoption, des fils dans le Fils.

Que l’Esprit Saint grave sur nos cœurs ces paroles d’amour du Père, afin que nous puissions sans cesse faire mémoire de quel amour nous sommes aimés, et puiser dans cette filiation divine, la force de vivre chaque jour en chrétien, jusqu’au jour où nous verrons notre Père face à face, dans la pleine lumière de sa gloire. Amen !