Homélie d’Avon : 5e Dimanche de Carême

RESSUSCITÉS DANS LE CHRIST

Il y a quinze jours, vous vous en souvenez, nous étions invités à contempler le dialogue de Jésus avec la femme de Samarie dans lequel Jésus se révélait comme la source d’eau vive. La semaine dernière, nous entendions le dialogue de Jésus et de l’aveugle-né. Jésus se manifestait alors comme la lumière du monde, comme la lumière véritable. Aujourd’hui, dans ce dialogue avec Marthe et Marie, la révélation culmine à son sommet. Jésus se révèle comme « la Résurrection et la Vie » (cf. Jn 11, 25). Et cette Bonne Nouvelle, il nous faut l’accueillir.

Quand Jésus se présente comme « la Résurrection et la Vie », nous sommes tournés vers sa divinité ; mais ce qui est frappant dans ce passage de l’évangile selon saint Jean, c’est la manière dont sont étroitement mêlées la divinité de Jésus et son humanité. Dans ce passage, saint Jean nous montre vraiment que Jésus est pleinement homme et pleinement Dieu. Qu’il est vrai homme et vrai Dieu. Son humanité transparaît à travers l’amitié qu’il noue avec Marthe, Marie et Lazare. À plusieurs reprises l’évangéliste précise que Jésus les aimait (Cf. Jn 11, 3.5.36).

Les deux sœurs font dire à Jésus : « Celui que tu aimes est malade » (Jn 11, 3). Il sera profondément ému de la peine des deux sœurs. Il sera bouleversé en approchant de la tombe de son ami Lazare et il pleurera (Cf. Jn 11, 33.35). Toute l’humanité du Christ Jésus nous est présentée ici et c’est dans la plénitude de cette humanité, rejoignant notre propre humanité, qu’il va pouvoir se révéler comme « Résurrection et Vie ».

Mais avant d’aller plus loin dans cet évangile, arrêtons-nous quelques instants sur ce verset 3 : « Seigneur, celui que tu aimes est malade » Cette prière que Marthe et Marie font à Jésus peut nous mettre chacun et chacune sur un chemin de conversion par rapport à nos prières d’intercession et à nos demandes. Bien souvent, quand nous faisons des prières d’intercession, sans nous en rendre compte, nous donnons des ordres à Dieu : « fais ceci ; fais cela ; donne la guérison à telle personne ; fais que telle personne ait du travail ; fais que mon petit-fils ait son diplôme ; etc. » Finalement nous donnons des ordres à Dieu pour qu’il soit à notre service.

Saint Jean de la Croix, dans son Cantique Spirituel (CS B, strophe 2, § 8) nous indique de quelle manière intercéder. Il nous donne d’abord l’exemple de la Vierge Marie à Cana qui se contente de présenter la situation : « Ils n’ont plus de vin » (Jn 2, 3), puis il évoque notre passage : « Les sœurs de Lazare, au lieu d’envoyer demander au Sauveur la guérison de leur frère, se bornèrent à lui représenter que celui qu’il aimait était malade (Jn 11, 3) ». Présenter simplement la situation pour que Dieu puisse agir selon les desseins de son amour ; que son Règne puisse advenir dans cette situation ; pour que son Nom soit sanctifié dans cette situation… Il y a là un chemin de conversion de nos mentalités et de nos manières de faire pour évangéliser nos prières d’intercession.

Jésus accueille la demande, mais malgré les sentiments d’affection qu’il nourrit à l’égard de Lazare, il va attendre deux jours avant de se mettre en route. Deux jours pour permettre à l’œuvre de Dieu de se manifester. Jésus donne à ses disciples un premier enseignement en leur parlant de la mort comme d’un sommeil, comme d’un temps de passage entre cette vie et la vraie Vie. Sur les pierres tombales de nos cimetières, nous pouvons lire : « Ici repose… », laissant bien entendre que, pour nous chrétiens, la mort n’est qu’un temps de sommeil dans l’espérance d’un éveil. Cet enseignement de Jésus est très important. L’épître aux Hébreux affirme que Jésus est venu « affranchir tous ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage par crainte de la mort. » (He 2, 14-15). Avouons, frères et sœurs, que parfois nous sommes bien souvent tenus en esclavage par crainte de la mort. Nous n’envisageons pas spontanément notre mort comme un sommeil, comme un passage vers le Père. Nous avons sur ce point à vivre une profonde conversion au plus intime de notre être, pour consentir à notre être mortel, à l’être mortel de nos proches, mais avec cette certitude de foi que la mort n’est qu’un sommeil qui débouche sur la plénitude de la vie.

Jésus revient à Béthanie avec ses disciples et rencontre d’abord Marthe qui affirme sa foi en la Résurrection aux derniers jours. Mais Jésus lui affirme : « Moi, je suis la Résurrection et la Vie, tout homme qui vit et qui croit en moi ne pourra jamais » (cf. Jn 11, 25-26). Cette parole est très importante car Jésus nous indique que, si nous avons foi en lui, nous ne ressusciterons pas simplement aux derniers jours mais que nous sommes déjà ressuscités.

Frères et sœurs, est-ce que vous vous sentez être des ressuscités ? Est-ce que déjà cette Vie nouvelle est déjà à l’œuvre en vous ? à l’œuvre en nous ? Est-ce que nous avons pleinement conscience que la grâce du baptême nous a fait mourir au péché pour renaître en Christ conscience ? Est-ce que nous cherchons à faire en sorte que ce germe de vie divine, de vie ressuscitée, puisse d’épanouir dans toutes les fibres de notre être.

Nous sommes déjà des Ressuscités ! Nous le deviendrons pleinement quand nous serons passés par la mort ; mais nous sommes déjà ressuscités avec le Christ puisque nous croyons en lui et que nous vivons de lui, nous nourrissant de son Corps et de son Sang dans cette Eucharistie qui est le mémorial de son Mystère Pascal. Répondrons-nous comme Marthe : « Oui, Seigneur, je crois. » (Jn 11, 27).

Puis le texte évoque la rencontre de Jésus avec Marie. L’évangile nous dit que Marie et que les juifs pleuraient bruyamment (selon le terme grec) alors que Jésus pleurait silencieusement. L’évangéliste nous montre ainsi que même dans la peine et la douleur, Jésus reste maître de lui-même. Après s’être tourné vers son Père dans l’action de Grâce, Jésus « éveille » son ami Lazare. La description qui est faite de la « résurrection » de Lazare nous renvoie à la Résurrection du Christ Jésus mais avec de notables différences :

La grotte reste fermée par une pierre (Jn 11, 39) alors qu’au matin de Pâques, la pierre a été roulée (Jn 20, 1). Le corps sent déjà (Jn 11, 39), alors qu’au matin de Pâques le tombeau sera vide (Jn 20, 2). Les bandelettes enserrent les membres de Lazare et le suaire couvre son visage (Jn 11, 44). Au matin de Pâques, Pierre et Jean, entrant dans le tombeau vide, découvriront les bandelettes rangées et le suaire posé à part (Jn 20, 6-7). Cela nous rappelle qu’il n’y a qu’une Résurrection véritable, celle du Christ Jésus au matin de Pâques ; et c’est en lui, et en lui seul, que nous ressuscitons pleinement et vréritablement.

Notre évangile s’achève sur le fait que ceux qui étaient là autour de Marie crurent en lui. À la fin de ce onzième chapitre de l’évangile selon saint Jean, nous entrerons dans la Passion (Jn 12). Dans une semaine s’ouvrira pour nous la Semaine Sainte qui nous fera vivre la plénitude de ce Mystère Pascal, plénitude de notre foi chrétienne.

En cette eucharistie, frères et sœurs, demandons l’intercession de Marthe et de Marie :

  • qu’elles nous apprennent à être des intercesseurs selon le cœur de Dieu,
  • qu’elles nous apprennent à être des croyants qui accueillent pour eux-mêmes et pour le monde la Bonne Nouvelle de la Résurrection.

Oui, en cette eucharistie, le Ressuscité se fait ressuscitant pour chacun et chacune d’entre nous. Que cela nous conduise, par lui, avec lui et en lui, à rendre gloire, à rendre grâce au Père tout-puissant.

Amen.

Fr. Didier-Marie Golay, ocd