Homélie du Dimanche des Rameaux 2013

Une semaine s’ouvre…elle n’est pas comme les autres. Dieu – en son Fils Jésus – va prendre les habits du Serviteur, du Serviteur humilié, du Serviteur mis à mort.

Mais avant toute chose, Jésus a choisi de célébrer la Pâque avec ses disciples. Il leur confiera cette mission de « faire cela en mémoire de lui ». Quittant la table, Jésus prend le tablier du serviteur et vient laver les pieds de ceux qui seront chargés d’annoncer la Bonne Nouvelle de la Résurrection. Jésus s’agenouille devant chacun de ceux qu’Il a appelés et qui l’ont suivi, sans toujours comprendre. Lui, Jésus, était si différent de ce qu’on leur avait enseigné sur Dieu…alors leur désarroi de certains jours peut se comprendre ! Il s’agenouille devant chacun d’eux, malgré une certaine résistance de Pierre.

Jeudi prochain, il s’agenouillera devant chacun de nous. Il nous proposera de nous laver les pieds, ces pieds blessés par tant de marches sans but, tant de pas qui nous conduisent vers nulle part, nous qui refusons le chemin tracé par l’Évangile. Ces pieds blessés et fatigués qui ont suivi tant d’idoles offrant un bonheur passager, éphémère… Devant chacun de nous Jésus posera la même question : « Veux-tu me laisser faire ? » Ultime demande avant son arrestation. Ultime question qui nous plonge dans le cœur de Dieu en son Fils Jésus : « Quand accepteras-tu de vivre de ma vie ? »

Une semaine s’ouvre. Celle du procès du Fils de Dieu. On l’accuse de définir son existence comme Fils bien-aimé du Père éternel. Il est condamné parce qu’il s’est dit Fils de Dieu. Mais que peut-il dire d’autre face aux juges prêts à le condamner ? Il est l’Icône du Père. Le jour de son baptême par Jean le Baptiste au Jourdain, et au mont Thabor lors de la Transfiguration, Dieu son Père nous a demandé de l’écouter. En lui, Il a mis tout son amour. Qu’avons-nous fait de ce commandement ? Comment ses Paroles sont-elles inscrites sur nos cœurs ? Comment sa Parole s’est-elle échappée de nos bibles pour habiter notre vie, nourrir notre agir, renouveler notre témoignage ?

Ce corps que Marie a pris soin de vêtir va être torturé. Ses bourreaux veulent faire taire la Parole et le seul moyen possible est de l’attacher à ce bois, à cette croix. Pourquoi faut-il clouer ses mains qui n’ont eu d’autres fonctions que celles de bénir, d’accueillir, de pardonner et de partager ? Pourquoi attacher les pieds de Celui qui a toujours marché à la rencontre des blessés de la vie, des « sans-espérance », des victimes de tous les maux… ?

Cette semaine, c’est le temps où nous nous rappellerons que désormais toute souffrance est accompagnée, visitée. Dieu remplit de sa présence nos croix humaines. Le Fils crie sa souffrance et rejoint les larmes de ceux qui ne comprennent plus, ne savent plus espérer.

Cette semaine, Dieu a rendez-vous au Golgotha avec l’homme, la femme, le jeune et l’enfant. « Dieu s’était invité dans notre condition : le voici incarcéré dans notre souffrance… » Mais avant de mourir, Jésus, le Christ, le Fils de Dieu, nous léguera sans testament sa Mère, la Vierge Marie : « Voici ta mère. ». Nous serons confiés à sa Mère. Elle est le disciple qui nous conduira à chaque heure vers son Fils.

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Cette semaine, Dieu se met à genoux devant chacun de nous.

Cette semaine, Dieu est mis à nu et les fouets vont blesser et déchirer son corps avant que les clous le fixent au bois de la croix

Cette semaine, Jésus sera déposé dans un tombeau, dans la précipitation. Pour ouvrir le sabbat, ce temps réservé à Dieu, on n’aura pas le temps de prendre soin du cadavre de son Fils.

C’est la semaine de tous les rendez-vous de la dérision et de la violence, de l’incompréhension et du mépris.

Cette semaine, c’est le moment choisi par Dieu pour montrer jusqu’où va l’amour de Dieu. Il n’a aucune limite. De plus il est éternel, plus fort que la mort, que toute mort.

Alors cette semaine, il fallait bien l’appeler la Semaine Sainte : elle nous ouvre un chemin de vie nouvelle : déjà les lueurs de la Résurrection s’annoncent…

Frère Didier Joseph, ocd Avon