Homélie Assomption 2012

Je voudrais laisser s’exprimer Ste Thérèse de l’Enfant Jésus : voici ce qu’elle confia à sa sœur, Mère Agnès, le 21 Août 1897, quelques mois avant sa mort : « Que j’aurais donc bien voulu être prêtre pour prêcher sur la Sainte Vierge ! Une seule fois suffit pour tout dire ce que je pense à ce sujet. J’aurais d’abord fait comprendre à quel point on connaît peu sa vie. Il ne faudrait pas dire des choses invraisemblables ou qu’on ne sait pas… Pour qu’un sermon sur la Ste Vierge me plaise et me fasse du bien, il faut que je voie sa vie réelle, pas sa vie supposée ; et je suis sûre que sa vie réelle devait être toute simple. On la montre inabordable, il faudrait la monter imitable, faire ressortir ses vertus, qu’elle vivait de foi comme nous… On sait bien que la sainte Vierge est la reine du Ciel et de la terre, mais elle est plus Mère que reine… Que les prêtres nous montrent donc des vertus imitables ! Marie aime mieux l’imitation que l’admiration, et sa vie a été simple ! » (Carnet jaune 21/08).

En ce jour où l’Eglise fête l’Assomption de la Vierge Marie, comment ne pas laisser résonner cet avertissement de Thérèse de l’Enfant Jésus et s’efforcer de parler de la Vierge Marie comme imitable, proche de nous dans sa vie humaine comme dans sa vie de foi. Fille d’Israël, elle est femme, épouse et mère. Nous avons reçu Marie comme mère à l’heure où le Christ pendu au bois du supplice, au bois de la croix, s’apprêtait à remettre sa vie dans les mains du Père. Mais avant cet ultime acte d’offrande, Il voulu nous donner pour mère son seul trésor sur terre, sa Mère. Cette confiance faite à Jean, et par lui à toute l’humanité, se vérifie dès le début des Actes des Apôtres. Marie est en prière avec les apôtres : « Les Apôtres étaient assidus à la prière avec quelques femmes, dont Marie mère de Jésus et avec ses frères. » (Ac. 1,12-14). Marie est de notre histoire humaine, et le 26 juillet dernier, l’Eglise nous invitait à faire mémoire des parents de la Vierge Marie, Ste Anne et St Joachim, mémoire de son insertion familiale. Alors si Marie est si proche de nous, pourquoi célébrer son Assomption ? Celle-là même qui est comme nous, nous ouvre le chemin de la vie de Dieu. Toute l’humanité est promise à la résurrection, et toute l’humanité est confirmée dans cette promesse en reconnaissant que Marie elle-même est prise dans cette vie plus forte que la mort.

Dès le V°siècle, des chrétiens ont voulu célébrer la glorification de Marie. Rapidement cette dévotion va se développer et se propager chez les chrétiens bien avant la proclamation du dogme de l’Assomption de la Vierge Marie par le pape Pie XII en 1950.

En Marie, c’est toute notre vie de foi qui peut être relue, fortifiée et développée. Cette fête d’aujourd’hui vient éclairer notre foi et lui donner tout son développement, grâce à la Parole de Dieu reçue en ce jour.

Quand l’Apocalypse nous montre la Femme « torturée par les douleurs de l’enfantement », ne représente-t-elle pas notre propre histoire de foi qui demande du temps et des souffrances pour venir au jour et à maturité ? Ne sommes-nous pas toujours et encore des croyants en devenir ? Comme Jésus le demandait à Nicodème, nous sommes appelés sans cesse à « naître de nouveau » (Jn 3,1-3), c’est-à-dire à accueillir la vie de Dieu en nous, et cela en devenant des chercheurs de Dieu, habités par la prière du psalmiste : « Dieu tu es mon Dieu je te cherche dès l’aube… » (Ps 62). Dieu vient s’enfanter dans le cœur des croyants, et nous savons bien que pour naître à la foi et persévérer, les disciples doivent sans cesse affronter les dangers des tentations qui les menacent, que l’auteur du livre de l’Apocalypse nomme le dragon. Le chemin de foi de Marie nous montre cette humble femme de Nazareth accueillant la demande de son Dieu et lui offrant sa libre réponse dans le quotidien de son existence. Du matin de l’Annonciation au soir du Vendredi saint, sa vie de croyante va se nourrir de questions et de confiance. Que veut Dieu ? Est-ce possible que la haine humaine se développe au point de supprimer son Enfant qui n’a fait que le bien ? Pourquoi tant de cruauté chez les hommes ? Et Marie rejoint la prière et le cri de tant de mères d’aujourd’hui qui ne comprennent plus : ni le choix ou l’attitude de leurs enfants, ni cette société qui les rejette ou les condamne. La joie de la Vierge de Bethléem est indissociable de la douleur de la mère qui a vu son Fils mourir sur la Croix du Calvaire. Marie a suivi un itinéraire pascal semblable à celui du Christ. La fête de ce jour célèbre la Pâque de Marie, qui préfigure celle de l’Eglise, donc de chacun de nous.

Aussi l’Apôtre Paul dans sa lettre aux Corinthiens nous invite lui aussi à raviver notre foi en la vie, plus forte que la mort, que toute mort. La mort n’est pas une fin, mais comme pour le Christ et avec lui, un passage – une Pâque – vers la vie éternelle. Comme notre Mère du ciel célébrée en ce jour, nous sommes appelés à la vie. Et si la foi de l’Eglise nous invite à entrer dans ce dogme de l’Assomption, c’est pour nous ouvrir, à la suite de Marie, à une vie de ressuscité. L’épreuve peut nous atteindre, la maladie peut faire en nous des dégâts, l’espérance peut s’éteindre, mais nous sommes toujours appelés à la Vie, à cette vie offerte par le Christ, cette vie de ressuscité que nous sommes invités à goûter dès aujourd’hui. Si nous sommes de passage sur cette terre, nous sommes appelés à la VIE, et à la VIE ETERNELE. Alors ne fallait-il pas que notre Maman du ciel nous montrât le chemin ? La Vierge Marie est devenue le modèle du disciple qui met toute sa confiance en son Dieu, car même si l’épreuve peut venir à notre rencontre, nous serons toujours accompagnés par la prière de cette femme Marie, épouse, mère et disciple.

Pourquoi ne pas chanter, à notre tour, notre Magnificat ? C’est le chant de ceux qui, à la suite de Marie, témoignent de la présence de Dieu, célèbrent la rencontre de l’homme et de son Dieu, rendue possible et permanente dans le Christ. Et l’Eglise s’approprie le cantique de Marie, célébrant les merveilles que le Seigneur accomplit pour les croyants de tous les âges et à tous les moments de la vie. Si effacée et petite qu’elle soit, Marie se voit placée au centre de l’Histoire du salut : « Tous les âges me diront bienheureuse ». Mais son regard, loin de rester fixé sur elle-même, contemple, avec émerveillement, l’œuvre que Dieu accomplit par son amour qui « s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent ». Si l’Eglise fête la mère du Christ en son Assomption, Elle invite chacun de ses membres à se lever pour oser chanter à leur tour leur Magnificat.

Malgré toutes les vicissitudes de la vie, n’avons-nous pas à exprimer notre prière d’action de grâce, notre « Magnificat » ? Ne serait-ce pas l’heure et le jour pour nous de lire ou relire notre expérience chrétienne pour nommer les visites de Dieu et leurs traces ? Marie nous accompagne et nous invite à cette audace, l’audace de ceux qui croient que Dieu vient faire en eux de grandes choses. Comme Marie mettons-nous en route rapidement pour chanter les grâces du Seigneur, c’est le sens de notre eucharistie : rendre grâce à Dieu, toujours et toujours. Fr. Didier-Joseph, ocd